MORT DE SAVONAROLE ET RETOUR DES MEDICI
emmenées en esclavage, les hommes mis à la torture qui devait les forcer à révéler où était leur argent. Les aventuriers vainqueurs vendirent du butin dans toutes les villes voisines ; quelques-uns môme se hasardèrent à venir en ofl'rir jusqu'à Florence, où le peuple indigné les jeta dans TArno.
Cette rouge exécution de Prato n'était qu'un prélude. A P'iorence, les cris de Palle^ Palle retentirent, poussés par les riches et par la fraction fainéante du petit peuple qui était à leur solde. Soderini fut faible devant l'émeute. — Ame d'enfant, a dit de lui Macîhiavel, qui aurait eu plus d'énergie. — Le gonfalonier à vie n'essaie pas de résister; il quitte Florence, se retire à Raguse. La ville abandonnée par son chef paie 150.000 florins aux vainqueurs de Prato. Les Médici rentrent triomphalement (1512). On leur permet de racheter leurs biens, à condition qu'ils paieront les réparations faites à leurs maisons et les améliorations faites à leurs terres par ceux qui les avaient achetées. La réaction monarchique garde d'abord quelque mesure. Mais, l'année suivante, les partisans des Médici prennent d'assaut le palais de la Seigneurie. Un Parlamento (ou Assemblée du peuple) est convoqué. C'est toujours la même comédie. Une balia de soixante-quinze membres nomme les magistrats, proscrit, emprisonne les adversaires de la famille toute-puissante, casse ce qui avait été fait en son absence. Machiavel, coupable d'avoir été fidèle à la République, est révoqué de son emploi. Des gardes sont donnés aux
deux fils de Laurent, le cardinal Jean et Julien, qui sont, de fait, les maîtres de la ville. Ils créent aussitôt des compagnies de jeunes gens pour organiser des fêtes et des mascarades. Les citoyens ne sont plus citoyens. Les plus légers se jettent à corps perdu dans le plaisir; les plus sérieux cherchent dans les lettres, les arts, la philosophie un refuge serein, où ils échappent à la laideur et au souci des choses ambiantes. La même année (1513), Jean devient le pape Léon X. Le triomphe des Médici est complet.
Florence a perdu sa liberté. Elle a encore son indépendance. Mais un espace de seize ans allait suffire pour lui enlever ce reste de son ancienne grandeur.
Consulter :
ViLLARi (Pasquale;, yicc. Machiavelli ecl i siioi iempi (Firenze, 1877;. GuicciARDiNi, Opère. Sloria d' Ilalia (Fivenze,i>^o{)). Machiavelli, Opère.
Varchi, Siorie florentine (Firenzc, 1843).