‹ Histoire du travail à Florence (volume 2)Chapitre 21 sur 31 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'industrie florentine au xiv'' et au xv^ siècles

Du commerce nous passons naturellement à l'industrie. Parmi les Arts majeurs, il yeuttrois grandes corporations, organisées selon le mode capitaliste, qui firent la fortune de Florence et qui occupèrent tour à tour le premier rang.

C'est, d'abord, VAfte di Calimala^ qui comprenait les banquiers et les finisseurs de draps achetés à l'étranger. Sa grande époque va de la seconde moitié du treizième siècle à 1340 environ.

C'est ensuite, YArte délia lana qui comprend les fabricants de draps. Sa grande époque va de 1340 à

C'est enfin VArte délia Seta ou, comme on l'appelle plus ordinairement, VArte di Por San Maria^ qui comprend les fabricants de soieries et dont la prospérité va de la fin du quinzième siècle au milieu du seizième.

LWrte (Il Calimidd . dès le début du quatorzième siècle, où il est à son apogée, est atteint par les faillites des grandes banques, dont nous avons parlé. Cependant les marchands qui achètent, finissent et exportent les draps d'outre-monts, ont encore une grande importance. En 1338, d'après Yillani, ils ont le monopole des draps venant de l'occident de l'Europe. Les marchands de V Arte délia lana n'ont pas le droit d'en vendre. Vingt grandes maisons de Calimala en importent 20.000 pièces, ayant une valeur de 300.000 florins. Mais V Arte dcUa lana a déjà l'avantage. 11 contient deux cents maisons qui fabriquent 80.000 pièces ayant une valeur de 1.200.000 florins.

Cette disproportion ne fait que s'accroître. UArte di Caliniala est décidément en baisse. Ses importations diminuent, entravées par la décadence des foires de Champagne et par Tinfluence croissante de la corporation rivale. Une garde plus que sa grande puissance financière et la considération traditionnelle dont il jouit. 11 se consacre à la frappe de monnaies, à l'entretien et à l'embellissement de certains bâtiments dont il a la charge, le baptistère, l'église San ^liniato, Ihopital des lépreux. 11 s'efface de plus en plus devant YArie délia lana. qui prend la première place.

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Cette corporation (1), qui va chercher en Orient et aussi clans quelques régions de l'Italie ses matières colorantes, et la laine en Occident surtout, est alorsen pleine activité; elle fait travailler au moins 30.000 personnes dans la ville et dans sa banlieue ; elle est comme un Etat dans l'Etat, car elle juge ses ressortissants et lève sur eux de véritables impôts. Elle aussi, elle a, comme VArte di Calimala^ une église dontle soin particulier lui est remis; et cette église, destinée à éclipser le baptistère de Saint- Jean, c'est la Cathédrale, le Dôme, Sainte-Marie de la Fleur. Cela seul suffirait à démontrer son avènement à la suprématie.

Elle traverse un moment critique dans la seconde moitié du quatorzième siècle. Nous avons conté la lutte terrible qu'elle eut à soutenir contre ses ouvriers : Tinsurrection des Ciompi, en 1378, fut surtout dirigée contre elle. Mais après la victoire de l'aristocratie marchande et industrielle sur ce prolétariat — auquel on interdit toute organisation politique et économique — c'est elle qui bénéficie le plus de ce triomphe. L'époque où gouvernent les Albizzi, où Cavalcanti, en 1425, prononce contre le peuple son discours méprisant et insultant, est aussi celle où les maîtres drapiers sont les plus

(1) Pour tout ce qui la concerne, consulter l'excellente monographie d'Alfred Doren.

puissants et dirigent à leur gré les affaires publiques.

Pour s'en rendre compte.il suffit d'examiner successivement l'organisation intérieure de VA/te et sa politique commerciale.

Le trait essentiel de son organisation est l'assujettissement des diverses catégories d'ouvriers aux fabricants capitalistes. Tisserands, fileurs, savonniers, cardeurs, laveurs de laine sont échelonnés à différents degrés de la hiérarchie. Au lendemain de la révolte des Giompi, on a consenti quelques habiles concessions aux travailleurs, peut-être parce qu'ils étaient devenus rares dans la ville. Tous ceux qui faisaient partie de VArte à un titre quelconque ont été immatriculés sur trois registres. Sur le premier, les maîtres ; sur le second, les teinturiers considérés comme ouvriers qualifiés; on leur accorde dix sièges dans le Conseil deVA/'te et le droit de coopérer à l'élection de la Commission qui s'occupe de Santa Maria del Fiore ; sur le troisième figurent les autres ouvriers qui, après cinq ans de bons et loyaux services, moyennant un paiement de 11 livres i/2, peuvent passer au rang de veri hmiflces et artifices, c'est-à-dire devenir des maîtres inscrits sur la première liste. Hélas ! Concessions plus apparentes que réelles ! Comment ces ouvriers pouvaient-ils réaliser la somme qui leur aurait permis cette ascension ? Il ne paraît pas qu'ils aient beaucoup profité

(1) A. DoREX, Entivicklung iind Organisation der Florenliner Zunfte, p. 88.

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de la faculté ([ui leur était ofl'erte ; d'ailleurs, dès 1393, sous les Albizzi, on leur enlevait et aux teinturiers du môme coup tout ce qui leur avait été octroyé ; et la révision des statuts, qui eut lieu en 1428, les maintenait dans leurs conditions primitives de soumission et d'infériorité. Dès lors ils travaillent d'après les tarifs que fixent les maîtres et ils ne paraissent plus avoir ni l'espoir ni l'idée de s'affranchir. Pour les mieux tenir en bride, les maîtres ont fait venir des ouvriers étrangers, brabançons, hollandais, allemands, qui ont moins de besoins et de prétentions que les Florentins, qui besognent pour un moindre salaire et ({ui, n'étant pas du pays, ne peuvent exercer aucune action politique. Donc, pendant un siècle, tant que ces étrangers afflueront, les fabricants drapiers seront tranquilles : ils auront la main-d'œuvre en suffisance et à bon marché.

Un second trait nous frappe, si nous regardons non plus la situation respective des difTérents membres de VA/'te, mais le sens dans lequel marche son évolution. Gomme il vise un marché de plus en plus étendu, comme il cherche à s'ouvrir sans cesse de nouveaux débouchés, il a besoin de concentrer ses forces et, de plus en plus, à l'effort individuel il substitue l'effort collectif ; de plus en plus il augmente sa puissance par l'union de ses capitaux; de plus en plus il subventionne, crée, dirige des entreprises qui sont, en partie ou en totalité, administrées par lui. Ce sont des lavoirs, des étendoirs, des séchoirs. Ce sont aussi des importations de matières

premières, laine, alun, guède, safran. Ce seront enfin des exportations de produits fabriqués. Tout cela, au lieu de rester aux mains de maisons ou même de compagnies particulières, passera peu à peu sous le contrôle de cette espèce de fédération patronale, qui ressemble sur ce point aux trusts et cartells d'aujourd'hui.

Voici par quelles étapes s'opère ce changement grave. D'abord VArte a laissé des compagnies ou des capitalistes isolés, qui n'étaient pas inscrits sur ses registres, fonder des établissements dont l'industrie de la laine ne pouvait se ])asser. Puis il s'est dit qu'il serait avantageux de se libérer de cette dépendance, de posséder ces instruments de travail; et d'abord il s'est associé avec les propriétaires; frais, gains, pertes ont été partagés par moitié ; tous les maîtres ont dû s'y fournira des prix et à des conditions déterminés. Au casoùcetteassociation viendrait à se dissoudre (on le voit en 1377, dans une affaire où il s'agit d'un magasin de guèdé), VArte s'engage à racheter au prix fort une partie des marchandises et à payer la moitié des dettes éventuelles.

Un autre moyen employé par ÏA/ie, c'est la commandite. 11 prête ■ — avec ou sans intérêt — de l'argent à un entrepreneur ou à une compagnie (jiii, pour des prix fixés, met à la disposition des fabricants certains ateliers ou certaines matières premières. Dès 1345, le procédé est pratiqué. Mais ce n'était qu'un acheminement vers un système plus radical ; à mesure que ses ressources augmentaient,

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