‹ Histoire du travail à Florence (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · L INDUSTRIE FLORENTINE AUX XIV^ ET XV^ SIECLES SU · texte numérisé non relu

L INDUSTRIE FLORENTINE AUX XIV^ ET XV^ SIECLES SU

la corporation préférait avoir des établissements lui appartenant et exploités à son propre compte. Par exemple il lui faut de l'huile en quantité pour fabriquer le savon qui lui est nécessaire. Elle prend le parti de l'importer à ses risques et périls. Dans le palais môme de VArfe est creusée une citerne, qu'on remplit d'huile achetée à Ancône, à Gaëto, et, sous le contrôle d'une commission élue de huit membres, l'huile est distribuée aux sociétaires à proportion de leurs besoins. Autre exemple de la même façon d'agir : pour carder la laine on a inventé des cardes de fer solides et souples qui viennent de Lombardie ; mais les occasions de guerre avec Milan sont fréquentes ; l'outillage qui s'y fabrique peut venir à manquer ; alors VArte achète en gros ces cardes métalliques et les répartit entre ses membres au prorata de la taxe qu'ils paient. Cette taxe, levée par VArfe à son profit, était proportionnée à la fabrication du drapier. Chaque maître devait, au début de l'année, déclarer ce qu'il comptait produire; le maximum était fixé à 220 pièces ])ar an. Chacune était marquée, estampillée, avant d'être mise en vente : il y avait de la sorte un contrôle efficace. La taxe variait, d'ailleurs, selon qu'il s'agissait de drap fin ou de drap grossier.

L'A/'te procédait encore de même pour l'importation de la laine. Ce fut surtout au commencement du quinzième siècle. Pise venait d'être prise et soumise, en 1406, Livourne achetée en 1421. Florence s'essayait à devenir une puissance maritime. h'Arle

délia lana fait alors construire à ses frais ou bien achète toutes construites de orrandes oalères ; il en eut trois qui allaient chercher au loin les ballots de laine en Angleterre, en Espagne, au Maroc. Mais ce n'est pas tout. 11 exportait dans tout l'Orient ; longtemps il avait eu pour cela recours à des vaisseaux étrangers ; Mocenigo, doge de Venise, disait que 1.600 pièces de drap florentins passaient ainsi annuellement par Venise. Mais on était parfois en - querelle avec Venise. \JAiie fait un grand elîort pour s'épargner ce détour coûteux et pour se passer d'intermédiaire ; il charge ses marchandises sur ses propres vaisseaux.

Ainsi le grand syndicat patronal des drapiers agit collectivement au profit des individus qui le composent. J'en citerai un dernier exemple. Les salaires étaient payés aux ouvriers en petite monnaie de cuivre et d'argent. Gril se pouvait qu'elle fût rare et haussât de valeur. En ce cas VArte faisait lui-même l'achat du numéraire nécessaire qu'il cédait ensuite à ses membres. Il ne cherchait pas dans cette opération un bénéfice direct : il opérait même parfois à perte. Mais ce n'était qu'une perte apparente, puisque tous les maîtres de la corporation profitaient personnellement de ce qui [)Ouvait coûter à l'ensemble. On voit à quel point l'organisation était savante, concentrée, vraiment capitaliste.

Si nous considérons maintenant la politique commerciale qui prévaut, on s'aperçoit vite que VArte délia lana est la corporation dirigeante.

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