L INDUSTRIE FLORENTINE AUX KIY*" ET XV* SIÈCLES
mencé, et il est aisé de le prouver, en reprenant les deux chemins que nous venons de parcourir, en considérant de nouveau son organisation intérieure et la politique commei'ciale delà Commune.
D'abord la main-d'œuvre se raréfie. Trop durement traités, les ouvriers se mettent en grève. Il y a grève, en 1435, des étendeurs ; en 1440, des tisserands allemands; en 1460 et en 1464, des teinturiers. Cela indique une nouvelle fermentation de la classe ouvrière. Cette classe était en passe d'être redoutable, si elle savait et pouvait s'unir ; mais on lui interdit toute union ; il existait encore en son sein des confréries pieuses pour l'entretien d'une chapelle, pour la célébration des funérailles; on les trouve dangereuses et on les supprime.
A cette oppression croissante la classe ouvrière est trop faible pour répondre par une résistance ouverte. Elle y répond par un exode. Les ouvriers étrangers, allemands, flamands, cessent de venir, non seulement parce qu'ils rencontrent à Florence des conditions désavantageuses, mais parce qu'ils trouvent de l'emploi dans leurs pays où les manufactures se multiplient. Et quant aux travailleurs florentins, malgré les peines sévères infligées à ceux qui colportent et trahissent les secrets des fabrications indigènes, ils s'en vont sur les grandes routes d'Italie, et personne ne saurait arrêter ce prolétariat vagabond. Un certain nombre se transportent à l'étranger; d'autant que de grandes maisons florentines sont les premières à les y appeler.
Ainsi Laurent et Julien de Médici fondent, en Angleterre, des fabriques de drap, qui, trouvant la laine sur place, font une concurrence terrible à celles de leur patrie. Les ouvriers florentins qu'ils attirèrent sont, de la sorte, avec ceux de Provins, les premiers maîtres des ouvriers anglais. Pendant ce temps VArte délia laiia souffre à Florence de la disette de main-d'œuvre. Pour y parer, en 1452, il loue lui-même seize maisons pour y établir des tisserands étrangers ; et aux tisserands indigènes il offre gratuitement des métiers. Mais ces mesures venaient trop tard. Les travailleurs étaient de plus en plus rares et de plus en plus chers.
En même temps, malgré la concentration des forces patronales en vue d'une action collective, VArte délia lana subissait des échecs cuisants. En 1472, il avait été la cause déterminante de la guerre qui fut faite à la ville de Volterra pour ses mines d'alun. Il eut les bénéfices de la victoire. On lui concédait les mines découvertes et à découvrir, le droit d'exproprier les terrains où elles seraient, de prendre du bois dans les forêts, de l'eau dans les rivières et ruisseaux. L'A;te payait 40.000 florins par an pour cette concession qui était inaliénable; et il o])tenait du même coup la défense d'importer de l'alun; il se trouvait donc en possession d'un monopole. Mais il n'en tira pas grand profit. Il cédait bientôt sa concession à une com|)agnie, avec laquelle il ne tardait pas à avoir des difficultés, des procès. L'interdiction d'importer de l'alun était levée en 1483.
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L'exploitation des mines toscanes ne couvrait pas ses frais, ne donnait qu'un rendement insuffisant, et, comme autrefois, il fallait recourir à celles d'Asie Mineure.
h'Arte délia lana avait encore d'autres raisons d'être mécontent. Il se heurtait à la concurrence jusque dans les villes soumises à Florence. Pise se relevait. Prato, grâce aux eaux qui lui arrivent en cascade des flancs de l'Apennin, réussissait mieux dans la teinture que Florence elle-même. On faisait bien défendre aux gens d'y porter des étoffes à teindre (1450-1460). Mais la défense était mal observée et bientôt rapportée.
Cela déjà est un signe que la politique commerciale de \ Arte devient hésitante et peu efficace. Les draps étrangers ont été tour à tour proscrits et admis, parce que les Florentins se sont plaints de ne pas être servis à leur goût. Les villes sujettes, Pise, Prato, ont fait des remontrances contre les mesures prohibitives dont elles étaient frappées. Puis — chose plus grave — les villes d'Italie et les Etats étrangers se ferment comme faisait Florence ellemême ; ils mettent mille obstacles à l'entrée des produits florentins. Cet effet de la propagation du mouvement industriel se prolonge à l'étranger. L'Angleterre, qui fabrique, permet encore quelque temps l'exportation des laines ; mais déjà ses marchands, en 1485, ont une colonie à Pise; ses draps arrivent directement à Venise qui les exporte en Orient; et elle finira, en 1614, par garder pour elle
toute la laine qu'elle produit, par frapper ainsi mortellement l'industrie du drap à Florence.
Autre danger non moins grave ! L'Orient semljle aussi sur le point de se fermer. L'invasion turque, comme un fleuve qui dél^orde lentement, sul^merge peu à peu les restes de lEmpire grec. Gonstanlinople est prise, la vallée du Danul^e envahie, les îles de PArchipel et la Grèce menacées. Que va devenir le commerce européen dans le Levant ? Les premiers atteints sont ceux (jui avaient en cette région la situation la plus haute ; les Vénitiens, possesseurs de nombreux territoires, sont dépossédés, rejetés vers l'Adriatique ; les Génois, qui ont tout un quartier de Constantinople et des colonies jusqu'au fond de la mer Noire, sont dépouillés de leurs conquêtes et de leurs privilèges. Les Florentins, habiles diplomates, profitent des désastres de leurs voisins pour se glisser à leur place. Ils donnent une vigoureuse impulsion à leur marine, afin que, comme dit une provision de 1458, les pauvres puissent vivre de leur travail, et non d'aumônes qui sont avilissantes. Ils établissent des comptoirs sur les côtes de l'Archipel, jusque dans la mer Noire, à Brousse, à Andrinople, à Trébizonde. Alors qu'on prêche la croisade en Italie, ils ne craignent pas de faire les doux yeux à l'ennemi de la chrétienté. En 1488, XArte délia lana envoie au sultan un présent de 950 florins, cadeau intéressé pour lequel il obtient des privilèges. Ils peuvent ainsi lutter et ils lutteront jusqu'aux premières années du seizième siècle, où les denrées