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(3) FiLiPPi, p. 42, introduction.
dirions-nous aujourd'hui, par la corporation entière.
Ce tribunal consulaire, si ligoureux qu'il assimile la faillite à la banqueroute, met encore son honneur à réduire au minimum les formalités, les subtilités, les lenteurs, les frais de la justice ordinaire. Les affaires doivent être tranchées souvent en quinze jours, et en quarante au plus. On se vante d'y éviter (( les subterfuges des procureurs, notaires et avocats ». Les frais mis à la charge du perdant sont de six deniers par livre, c'est-à-dire de 2 1/2 p. 100 de la somme sur laquelle porte le litige (1). Les débats ont lieu en langue vulgaire; en langue vulgaire sont aussi transcrits les arrêts rendus (2). Ainsi s'élabore un droit commercial, qui, grâce aux nombreuses affaires où sont impliqués des étrangers, rayonnera sur plusieurs contrées de l'Europe (3). Ainsi se développe la langue vulgaire écrite, de sorte que, si le dialecte toscan est devenu la langue italienne, il le doit peut-être autant ( je ne sais si le fait a été suffisamment mis en relief) aux grands commerçants qu'aux grands écrivains de Florence.
Voilà comment les choses se passent, quand les opérations se font dans la cité. ^Nlais la corporation de Galimala opère souvent loin de sa patrie; et il lui faut alors de nouveaux procédés, de nouvelles règles.
Sur son activité en Orient, ses statuts ne nous
(1) s/., II, 2, U, 35.
(3) Bévue de sijnlhèse historic^ue, août ^903, article de M. Huvo-. Un,
renseignent point. Nous savons seulement que, seuls ou avec d'autres Italiens, les marchands florentins ont une série d'escales et de comptoirs dans le Levant et sur la cote d'Afrique; que là, possédant dans le quartier franc ou européen des entrepôts, une église, un hôpital, des hôtelleries, parfois un tribunal, ils apportent sur des vaisseaux battant pavillon pisan, mais surtout génois ou vénitien, des marchandises qu'ils écoulent moyennant le paiement de certains droits. Nous savons que les conditions qui leur sont faites varient suivant les conventions particulières qu'ils arrachent ou achètent au seigneur de l'endroit ou du moment (1). Ils ont même des marchands voyageurs qui se risquent hardiment au cœur de l'Asie; dès la fin du douzième siècle, on trouve cité parmi eux un Buonarrota, fils de Michel, qui paraît bien être un ancêtre de Michel- Ange (2).
En Occident, les voyages, pour être moins lointains, n'en restaient pas moins hasardeux. On organisait souvent, avec des marchands d'autres villes, des convois semi-guerriers, que dirigeait un capitaine élu. On se munissait de sauf-conduits achetés aux seigneurs et qui étaient valables sur leurs terres, à condition qu'on n'y voyageât pas de nuit. On allait ainsi, soit par mer, soit à travers les Alpes, en Pro-
(1) Voir MuLLER, Dociimenti salle relaiioni délie cilla Toscane coW Oriente crisliano e coi Turchi Firenze, 1879,. 11 y a dans les Archives de Florence beaucoup de documents orientaux qui pourraient éclaircir cette question ; mais ils n'ont pas encore été dépouillés. Nous sii^nalons, en la regrettant, cette lacune.
(2) Davidsohn. Geschichle von Florenz, I, 789.
vence, en Champagne, à Paris (c'était un voyage de vingt à vingt-deux jours), en Flandre, en Angleterre, en Allemagne. Beaucoup de ceux qui étaient partis ne revenaient pas tout de suite : beaucoup demeuraient dans le pays où ils étaient venus pour trafiquer. De vraies colonies se fondaient ainsi, en Italie même. Les marchands florentins résidant à Bologne avaient, par exemple, leur quartier, leurs églises et leurs privilèges (1) ; ils formaient une petite république qui se donnait un chef, s'administrait ellemême, signait des traités avec des compagnies de voituriers et de courtiers. Hors d'Italie, à Avignon, à Nîmes, à Paris, ailleurs encore, ils étaient englobés dans une société qui comprenait, sous le nom de Lombards, tous les marchands de langue italienne, et avait ses consuls élus pour veiller aux intérêts généraux de l'association. Mais cela n'empêchait pas ceux qui appartenaient à l'Arte di Galimala d'avoir, en sus, des consuls particuliers ^2), qui étaient désignés par la corporation de Florence.
Ceux qui fréquentaient les foires restaient en rapports plus directs encore avec la corporation-mère.
On sait quelle importance singulière avaient alors les foires, grands rendez-vous d'hommes de tous pays, vraies Expositions universelles de ce temps-là. Rien n'était épargné pour y attirer les marchands. En route, ils jouissaient d'une protection exception-
(1) Archivio siorico italiano, V, 1, Staluti dei merc.anli fiorentini dimoranti in Bologna (1279-1289). Article de Gaudenzi.