INTRODUCTION VII
donnés que plus tard aux hommes du dix-neuvième siècle par la Révolution française. De même il n est pas exagéré de dire que la Révolution de 1848, la Commune de 1871 et le grand mouvement ouvrier qui nous enveloppe de sa rumeur d'Océan donnent à leur tour aux hommes du vingtième siècle commençant la signification vraie, la compréhension intime des luttes économiques et sociales dont le moyen âge a été le sanglant théâtre. On dirait un instrument nouveau, un microscope perfectionné qui s'adapte à l'œil de l'historien et le rend capable de saisir dans le passé qu'il dissèque des fibres plus déliées restées jusqu'alors inaperçues. Permettez-moi une comparaison scientifique : on faisait, et fort bien, l'anatomie des sociétés disparues; on peut en faire aujourd'hui l'histologie.
Ainsi l'histoire de l'Italie médiévale apparaît, à première vue, comme un chaos inextricable. Querelles de ville à ville, de quartier à quartier, de famille à famille, et, pour emprunter au vieux français un mot savoureux, « entreinangeries » des guelfes et des gibelins, des noirs et des blancs, des nobles et des bourgeois, des gras et des maigres ; inlerminable et monotone kyrielle de vendettas, d'émeutes, d'incendies, de meurtres, de barricades, d'exils, de confiscations, voilà le spectacle désordonné, tumultueux, tourbillonnant, qu'offrent pendant des siècles les communes italiennes^ Florence la belle aussi bien que les autres. Quelqu'un s'est amusé à faire le tolal de leurs révolutions ; il en a compté 7.000 et il en a oublié. Gênes, pour elle seule, en a douze en quarante ans. Qu'est-ce à côté, je vous le demande, que la France contemporaine avec ses quatre pauvres révolutions en l'espace d'un siècle ? En Italie on croirait à certains moments qu'on descend avec Dante dans un de ces cercles infernaux où se pour-