‹ Histoire du travail à FlorenceChapitre 7 sur 29 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

suivent, se battent, se mordent, se dévorent des troupes de monstres, de démons et de damnés.

Et pourtant, si dans l'enchevêtrement de ces guerres civiles et plus que civiles on sait démêler les groupes réunis par une communauté d'origine, d'opinions ou d'intérêts ; si Ton s'attache à distinguer les classes placées forcément en antagonisme par les conditions économiques de la société, alors l'histoire se simplifie et se clarifie, alors on est étonné et ravi de voir les révolutions de Florence, suivant l'expression de l'éminent historien Pasquale Villari, u se succéder dans un ordre logique merveilleux ».

Sans doute l'histoire ainsi conçue exige des sacrifices. Adieu légendes poétiques, anecdotes piquantes, aventures romanesques, portraits amoureusement léchés dont le modèle semble avoir posé de longues heures devant les regards du peintre ! L'individuel s'efface pour laisser la première place au collectif. On n'ose plus répéter, sur la foi des vieux chroniqueurs, que le motif des combats séculaires qui mirent aux prises les guelfes et les gibelins florentins fut la préférence donnée par un grand seigneur à une fiancée sur une autre ; on renvoie à la guerre de Troie cette explication commode et naïve. On se permet de soutenir, malgré des récits fameux, que la lutte implacable entre Pise et Florence eut d'autres causes qu'une jalousie entre les ambassadeurs de l'une et de l'autre ville pour la possession d'un chien de race. Est-ce tout profit que cet abatis de contes vénérables ? Je n'oserais l'affirmer. On perd évidemment en intérêt dramatique ce qu'on gagne en sérieuse intelligence des choses. Etje sais des amoureux de Florence qui tremblent de la sentir livrée ainsi aux impitoyables analyses de la critique. Florence n'est-elle pas un objet d'art qu'il faut manier avec des mains pieuses et

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