IL — L'ARTISAN CHEZ LUI
Passons des siècles pendant lesquels l'aspect des choses n'a guère varié, et entrons, à la suite de M. Babeau1, chez l'artisan provincial du xvne et du xvm* siècle.
La maison.
En province, le maître artisan a presque toujours sa maison; il a sa façade, son « pignon sur rue », avec son enseigne et son nom; il a son atelier, sa boutique et sa cour : il est « chez lui ».
Être chez soi, c'est le rêve de l'artisan; il veut être « chef d'hôtel » comme un bourgeois cossu, parce que cela lui confère des « droits de bourgeoisie ». S'il ne peut pas acheter sa maison, par un long bail il se donne l'illusion de la propriété. Au xve et au xvie siècle, les baux à longs termes, à une, à deux, à trois vies, ne sont pas rares. On loue à la famille : au locataire, à sa femme, à ses enfants et même à ses petits-enfants.
Au xvne siècle encore, — jusqu'alors on avait bâti perpendiculairement à la rue — « la façade révèle les habitudes et les occupations de l'artisan ». La large baie du rez-de-chaussée, c'est la boutique ou l'atelier. Les deux fenêtres du premier étage, c'est la chambre à coucher du maître et de la maîtresse du logis; la petite fenêtre voisine, c'est le cabinet sans feu où couchent les enfants; plus haut, sous le pignon aigu, au faîte parfois historié, ouvre la lucarne du grenier, où s'attache souvent une poulie destinée à faire monter les fardeaux.
La façade est étroite. Chacun a voulu sa part de la rue, de sorte que la maison, pour se développer, a dû s'étendre en profondeur. On dirait, dans certaines villes,