Pigeonneau, Histoire du commerce
LA RÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU XVIe SIÈCLE 123
rait lentement une révolution sociale par le déplacement de la propriété et des richesses.
L'organisation du travail se transformait, nous l'avons vu, comme celle de la propriété féodale. Dans le corps de métier, le compagnon se séparait du maître, comme le .paysan du seigneur : là encore était battu en brèche le système aristocratique sur lequel était bâtie la société du moyen âge. Quant aux règlements, remparts de la citadelle du travail, ils étaient menacés par le progrès, car ils devenaient de plus en plus le « code de la routine », obstacle à la production industrielle.
Dans le commerce, transformation analogue. « Dans toute l'Europe, les mœurs s'adoucissaient, les coutumes internationales prenaient un caractère plus stable ; la formation des grands Etats, en améliorant la police et en faisant tomber une partie des barrières intérieures, favorisait les échanges. Le rôle du commerçant grandissait; il sentait s'ouvrir devant lui un horizon plus large, il était prêt pour l'exploitation de ces terres nouvelles que les découvertes maritimes allaient lui révéler. » (Pigeonneau.)
Découverte de l'Italie par les Français,
Parmi les découvertes, il faudrait compter la -découverte de l'Italie par les Français, au temps des guerres célèbres commencées par Charles VIII. La guerre de Cent ans avait semé des ruines, et la paix fut justement une des causes qui préparèrent la révolution du xvie siècle. Pour une fois, des guerres suscitèrent un mouvement industriel pacifique. C'est que leurs folles équipées au delà des monts révélèrent aux « barbares » de France non seulement le talent des artistes, mais encore la richesse des industries et le luxe de l'Italie : manufactures de drap d'or, d'argent et de soie à Gênes, à Venise et dans toute la péninsule; faïences de Bologne, orfèvrerie et joaillerie de Venise, de Florence et de Rome; dentelles, verreries, bientôt les miroirs de Venise, etc.
On l'a dit avec raison, « ce qui frappait les imaginations, c'était moins encore l'éclat des lettres et des arts que la magnificence du costume, les étrangetés de la mode, la somptuosité de la table et du mobilier ». Et les gants brodés , les robes de brocart, les pourpoints de velours et de satin, les parquets de mosaïque, les plafonds sculptés, font l'admiration des compagnons de Charles VIII au moins autant que les tableaux et les statues des maîtres. Faut-il s'étonner qu'à son retour en France le roi ait ramené pêle-mêle, avec des architectes, des peintres, des sculpteurs ou des savants, une armée de parfumeurs, de joailliers, de brodeurs, de tailleurs pour dames, de menuisiers, de jardiniers, de facteurs d'orgues, de tourneurs d'albâtre, etc. ? Et ce genre d'importation continua sous Louis XII et François Ier : la France avait envahi l'Italie, l'Italie à son tour envahissait la France.