SIÈCLE
que le prix des marchandises; et voilà pourquoi les trésors du Pérou, qui enrichissaient la bourgeoisie, poussaient en même temps les salariés vers la misère.
Pluie d'ordonnances.
Et le pis du destin fut que les rois, qui ne comprenaient rien à cette révolution économique contradictoire, prétendirent arrêter par des ordonnances la hausse nominale des salaires. L'une d'elles, en 1572, fixait le salaire des maçons à 12 sous et celui des manœuvres à 6 sous, « sans qu'ils puissent ni leur soit loisible prendre ni recevoir plus grand prix ». Les salaires continuèrent leur ascension lente. Les salaires n'obéissent pas aux rois.
De même, effrayée par le renchérissement de toutes choses, la royauté essaya de fixer le prix maximum des marchandises (1567-1577); elle décida qu'un pigeon valait 12 deniers; une perdrix, 5 sols; une caille, 18 deniers; un canard sauvage, 4 sols! Elle porta des ordonnances contre les « regrattiers » et les « monopoleurs », créa, singulier moyen, des offices de vendeurs de bois, de foin, de charbon, de poisson, grevant ainsi la marchandise d'un nouvel impôt; elle réglementa les métiers d'hôtelier, de cabaretier, de marchand de vin. Le prix des vivres n'en fut pas ému1.
La royauté régenta aussi l'exportation et l'importation, mit un droit à la sortie des blés, des vins, des toiles, prohiba celle des laines, chanvres et lins, interdit l'entrée des draps, velours, satins, taffetas et autres tissus riches, ferma toutes les portes de France aux épices, sauf celles
1. Au contraire, il y eut des tavernes à la mode : celles de Havart, Sanson Lemore, à Paris, qui jamais ne furent plus fréquentées qu'après une ordonnance réglant le nombre des plats et celui des pièces de gibier ou de volaille qu'on pouvait servir sur chacun d'eux, tarifant les viandes et rendant responsables des infractions convives, maîtres d'hôtel, et jusqu'aux marmitons (ordonnances de 1564 et de 1567). Les ordonnances somptuaires furent légion. Il y en eut pour interdire les dorures sur plomb, fer ou bois, les parfums, les bijoux, les habits de velours, les soieries, sauf aux duchesses et princesses; il y en eut pour réglementer la façon des robes et les ornements des coiffures, etc.
de Marseille, Bordeaux, la Rochelle et Rouen. La hausse continua.
Cette pluie d'ordonnances n'avait servi à rien. Ce n'est pas avec des ordonnances que l'on fait la baisse; ce n'est pas avec des lois que l'on fait du pain.