IV. — La vie ouvrière
Xe drame du pain; effroi de la disette et de l'accaparement, les émeutes; le prix du blé; le salaire et le blé;
le pain quotidien; la table ouvrière : viandes, légumes, vin, etc.; l'intérieur d'un compagnon tisserand.
Voici des chiffres, — des chiffres rebutants pour l'indifférent qui jette sur l'histoire du passé un coup d'œil distrait, mais passionnants pour celui qui veut voir dans les siècles révolus autre chose que les guerres, les intrigues de la diplomatie, la grandeur et la décadence des •empires et des rois. Voici des chiffres passionnants pour ceux qui s'intéressent à l'histoire du travail et des travailleurs, aux joies et aux misères de ces ouvriers du temps jadis qui ont déblayé obscurément, au long des siècles, le chemin du progrès moderne.
Car « l'histoire des salaires, comme l'a dit M. d'Avenel, c'est l'histoire des quatre cinquièmes de la nation qui sont tenus de signer en naissant un pacte avec le travail manuel, qui vendent leur vie pour avoir de quoi vivre... » Et qui dira jamais les « mille émotions secrètes de nos pères » que cachent ces chiffres en apparence rébarbatifs ?
C'est pourquoi il faut remercier l'économiste laborieux et patient qui a passé une partie de son existence à recueillir ces chiffres trop rares encore et si précieux. M. le vicomte d'Avenel a glané dans les archives plus de 60,000 chiffres concernant « la propriété, les salaires, .es denrées et tous les prix en général, depuis l'an 1200 Jusqu'à l'an 1800 i ».
C'est à cet historien que nous emprunterons les nôtres, sans oublier qu'ils ne sauraient être d'une exactitude
1. Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et de tous les prix en général, depuis l'an 1200 jusqu'en l'an 1800, 4 vol. gr. in-8°, réduits en 2 vol. in-12 : la Fortune privée à travers sept siècles, et Paysans et Ouvriers depuis sept cents ans. Dans deux derniers volumes de vulgarisation, M. d'Avenel a traduit les prix en monnaie d'aujourd'hui, en tenant compte de la valeur intrinsèque du métal et de sa valeur relative par rapportait prix de la vie (puissance d'achat de l'argent). Ainsi le journalier de 1240 touche 6 deniers tournois; ces six deniers représentent 2 gr. et demi d'argent fin, c'est-à-dire 50 centimes; comme ces 2 gr. et demi d'argent fin ont une puissance d'achat 4 fois plus forte que celle d'aujourd'hui, les 50 centimes de 1240 correspondent à 2 fr.. de 1905.
rigoureuse et que leur traduction en monnaie actuelle est hérissée de difficultés qui tiennent à la variété des monnaies, aux variations du pouvoir commercial et social de l'argent, du prix des denrées et des besoins de la classe ouvrière.