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II. — SALAIRES DU XVIie ET DU XVIII e SIÈCLE

Travailleurs des champs.

Cette misère fut aggravée par la disparition progressive des droits moyenâgeux d'usage et de vaine pâture. Ces droits avaient constitué jusque-là de bienfaisants appoints aux humbles budgets des campagnes. Grâce au droit d'usage dans les forêts, le paysan se fournissait de bois pour le chauffage, la construction et les meubles. Le droit de vaine pâture dans les forêts royales et seigneuriales ou sur les terrains communaux lui permettait d'élever le porc, les chèvres ou la vache, sur lesquels il fondait autant d'espérance que Perrette sur son pot au lait. Il s'engagea entre les paysans d'une part, le roi et les seigneurs d'autre part, une lutte pour l'existence qui dura jusqu'à la Révolution. De nombreux procès firent reculer les vieux droits et refoulèrent les ruraux jusqu'en leur étroite et pauvre cabane.

A ce moment, comme pour augmenter leur détresse, les salaires réels diminuaient. Celui du journalier était tombé de 3 fr. 60 au temps de Charles VIII, à 1 fr. 60 au temps de Colbert.

La journée moyenne du travailleur rural paraît ressortir à 1 fr. 85 sous le ministère de Louvois. En 1700, Bois-Guillebert l'estime à 1 fr. 28, et Vauban à 2 fr. 17. On trouve des chiffres plus hauts (3 fr. 20 pour un cribleur de grains à Soissons),mais aussi de plus bas (88 centimes pour un journalier de Mende). Après avoir un instant remonté, au temps de la Régence et de Fleury, le salaire des ruraux se remet à descendre, pour atteindre une moyenne de 1 fr. 64, sans nourriture, sous Louis XVI.

Vers le milieu du xviii6 siècle, on voit des journaliers, nourris, il est vrai, gagner 51 ou 63 centimes. Il y avait des femmes nourries qui ne gagnaient que 28 centimes! Encore le travail est-il rare. « Les vignerons, disent les intendants, sont en partie réduits à l'aumône durant la

saison morte. » Limousins et Auvergnats s'en allaient en Espagne comme manœuvres, vieille habitude qui remontait au temps où l'Espagne, gorgée d'argent, renonçait au travail. ,

Cette misère allait traverser la Révolution et toute la première moitié du xixe siècle; encore n'est-elle pas éteinte. L'augmentation, récente, est due aux progrès de l'industrie et à la hausse du prix de la vie. En 1838, dans l'Indre, on ne payait les ouvriers nourris que 85 centimes en hiver, 1 franc en été, et 1 fr. 25 pendant la moisson. En 1860, au pays breton, on trouve encore des manœuvres nourris à 60 centimes par jour.

Même baisse de 1600 à 1810 pour les salaires des domestiques de ferme (valets de labour, charretiers, vachers, etc.) payés à l'année. Moyennes : 189 francs sous Henri IV, 172 francs sous Louis XIII, 160 francs sous Louis XIV, 175 sous Louis XV, et 160 sous Louis XVI. Ces moyennes rassemblent des prix bien différents : au xvne siècle on donne 254 francs à un charretier de Sens et 70 francs à un valet de labour en Berri; au xvine siècle, un charretier au service de l'archevêque de Rouen gagne 285 francs, et un domestique de Saint-Amand, dans le Berri, 33 francs seulement.

Les gages des domestiques de ville, attachés à la personne, restent toujours inférieurs aux gages des domestiques de campagne, quels que soient ceux du petit nombre de privilégiés (600 francs au chef cuisinier d'un évêque, 540 francs au cocher d'un financier, 300 francs au suisse d'un grand seigneur, etc.).

Le salaire des journalières et des servantes avait baissé parallèlement aux salaires des hommes. Et c'est à peine si les servantes de ville rattrapaient les sommes perdues en « ferrant la mule», c'est-à-dire en faisant danser l'anse du panier ou bien en touchant le sol pour livre et les étrennes dont l'usage existait déjà.

Ouvriers de métiers.

Dans les métiers, on observe la même chute progressive des salaires. La journée du maçon tombe de 3 francs, sous Henri IV, à 2 fr. 30, sous Colbert; elle remonte à 2 fr. 84 au temps de Fleury, pour revenir à 2 fr. 30 au moment de la Révolution. Au début de la Révolution (1790), les maîtres maçons de Paris touchent 3 fr. 60; les compagnons, 3 francs ; et les garçons, 2 fr. 16 ; les mêmes ouvriers gagnent aujourd'hui respectivement 8 francs, 6 fr. 50 et 5 francs1.

Manœuvres aux mêmes époques : 2,28, 1,70, 2,10 et 1,64.

La journée du charpentier tombe de 3,18 à 2 fr. ; celle du peintre et celle du couvreur, de 3,50 à 2,50.

La moyenne des salaires quotidiens des ouvriers de métiers non nourris était de 2,20 au moment de la Révolution; elle est aujourd'hui de 3,55 dans la grande industrie, et de 3,28 dans la petite.

Les salaires annuels ou mensuels sont encore beaucoup plus bas que les salaires journaliers, bien qu'ils comprennent la table et parfois le couvert. En comptant 250 jours de travail, il y a des salaires de boulangers nourris qui ressortent à 64 centimes par jour j de cordonniers à 60 centimes, de tanneurs à 42 centimes.

Les prix de façon accusent, naturellement, la même baisse. Si le célèbre joaillier Lopez, au temps de Richelieu, donnait 37,000 francs par an à son tailleur de diamants, on donnait 4 centimes pour le cirage d'une paire de bottes, et, sous Louis XV, 12 centimes pour le creusement d'une fosse dans le cimetière de Soissons. Le vêtement, la coiffure et la chaussure ont tellement suivi les caprices de la mode, qu'ils ne sauraient fournir des termes de comparaison sûre. Il faut chercher des chiffres ailleurs. Le filage d'un kilo de chanvre coûtait 3,15 à la

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