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CHAPITRE IX GRÈVES D'ANTAN

Ancienneté des grèves : révoltes antiques ; la plèbe

sur TAventin.

Grèves du moyen âge.

Histoire d'une grève au seizième siècle. Coalitions ouvrières au dix-septième siècle. Les grandes grèves de Lyon au dix-huitième siècle. « Chapeliers mutins. »

La révolte des tisseurs en 1744.

La grève du tarif de 1779.

La grève générale de 1786.

1789, l'énigme du pillage Réveillon.

On dit parfois que les grèves sont un produit récent de l'industrialisation progressive ou de la turbulence ouvrière. C'est une illusion. Il y eut des grèves au temps jadis. La grève n'est peut-être pas aussi vieille que la souffrance des travailleurs, mais elle paraît aussi vieille que l'exploitation des hommes par d'autres hommes.

Il y eut autrefois, raconte Lamennais, un homme méchant et maudit du ciel. Et cet homme était fort, et il haïssait le travail, de sorte qu'il se dit : « Comment ferai-je? Si je ne travaille point, je mourrai, et le travail m'est insupportable. » Alors il lui entra une pensée dans le cœur : il s'en alla de nuit et saisit quelques-uns de ses frères pendant qu'ils dormaient et les chargea de chaînes. «Gar, disait-il, je les forcerai, avec les verges et le fouet, à travailler pour moi, et je mangerai le fruit de leur travail. » Et il fit ce qu'il avait pensé, et d'autres, voyant cela, en firent autant, et il n'y eut plus de frères : il y eut des maîtres et des esclaves.

Mais les esclaves se révoltèrent. C'est l'histoire de

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Spartacus. Cependant toutes les grèves de l'antiquité ne furent pas des révoltes. Quand la plèbe romaine, un peu libre, elle, et pourtant misérable, se retirait sur l' Aven- Un, se croisait les bras et refusait de travailler, elle faisait instinctivement le geste de résistance que devaient répéter spontanément les travailleurs modernes.

Le moyen âge lui-même eut ses « grévistes ». L'histoire a gardé le souvenir du maire de la ville d'Ypres et de la ville de Provins tués la même année, en 1280, à la suite d'une émeute d'ouvriers tisserands. L'anné.e précédente, les tisserands de Douai — des artisans ceux-là — s'étaient révoltés contre une taxe sur les draps, et, dans leur fureur qu'on imagine à peine, ils avaient tué onze échevins ! C'était une «jacquerie ». Les hommes d'armes étaient intervenus comme à Rome; le comte de Flandre avait réduit l'émeute par la force, il avait fait pendre ou bannir les plus « mutins ».

Dans les siècles lointains du moyen âge, les « gueux », affamés, écrasés sous le poids de formidables puissances d'oppression, eurent de terribles désespoirs, obscurs et sanglants efforts vers un peu moins de misère.

Histoire d'une grève au seizième siècle1.

Passons trois siècles. Voici une grève moins violente, plus moderne, une grève où l'on est surpris de trouver presque tous les caractères des grèves de nos jours.

C'était à Lyon, au printemps de l'année 1539. Lyon était déjà une cité importante, où battaient de nombreux métiers à tisser la soie, où florissaient les plus belles imprimeries « de ce royaume, voire de la chrétienté ».

Subitement, dans tous les ateliers à la fois, les compagnons typographes « ont tous ensemble laissé leur besogne ». C'était la « grève générale » de l'imprimerie lyonnaise au xvie siècle!

Celte grève était le résultat d'une entente préalable,

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