V. Hauscr, Ouvriers du temps passé
d'un monopole, comme on disait alors. Ces chômages concertés, ces « grèves générales », n'étaient sans doute pas rares chez les « typos » de Lyon, car ils avaient créé un mot pour les désigner : le trie.
Trie, dit en son curieux langage le Règlement de 1696, est un mot inventé par les compagnons, « pour lequel, incontinent après la prononciation d'icelui, ils délaissent leur ouvrage pour faire quelque débauche ».
Les compagnons typographes, qui ont toujours précédé les autres compagnons dans la voie de l'organisation ouvrière, étaient groupés en une vaste confrérie, sorte de compagnonnage où le serment avait été prêté de « cesser l'œuvre quand l'un d'eux veut cesser ». Ainsi, au xvie siècle, chez les « typos » de Lyon, il suffisait qu'un seul compagnon — un seul ! — eût à se plaindre d'un maître, pour qu'immédiatement tout le travail cessât.
La confrérie avait des chefs connus et une « bourse commune » : ce n'est pas d'hier qu'on verse des cotisations.
Une fois le trie prononcé, les compagnons, portant « armes, dagues, poignards et bâtons », menacèrent de « battre et mutiler et, en outre, d'expulser de la confrérie » les autres compagnons et les apprentis qui ne voulaient pas « laisser leur besogne ». Mais il paraît bien qu'ils n'eurent guère l'occasion de « battre et mutiler » les réfractaires, puisque tout le travail avait cessé.
Ils se rattrapèrent en « rossant » les patrons et même aussi le guet! (C'était alors une mode.) En effet, le procureur du roi accuse formellement les compagnons d'avoir battu « le prévôt et les sergents jusqu'à mutilation et effusion de sang », — si bien que le guet n'osait plus sortir! Ils avaient l'énergie rude, les typographes du xvie siècle! De vrais insurgés! Ces curieux « grévistes» possédaient une véritable organisation militaire, avec bannières, enseignes, marches par grosses compagnies « bien formées et bien conduites », commandées par un capitaine, des lieutenants et chefs de bandes, bref, des officiers de grève !
Mais pourquoi donc cette mobilisation ouvrière dans la vieille cité lyonnaise ? Que voulaient donc les compagnons typographes?
D'abord, une augmentation de salaires. Les salaires comprenaient des gages et la nourriture (on se souvient que jadis les ouvriers étaient nourris le plus souvent par les maîtres). Or, les patrons rognaient sur la nourriture. Ils trouvaient les compagnons trop gourmands, qu'on ne pouvait « contenter de nourriture » !
Ensuite , la diminution du nombre des apprentis. Ces apprentis, que les maîtres ne payaient pas, qui, au contraire, payaient les maîtres, avilissaient les salaires des compagnons en prenant leur place. Les compagnons leur adressèrent des menaces... et aussi des coups.
Enfin, lesdits compagnons, d'un naturel assez capricieux, il faut le dire, se plaignaient de « ne pouToir travailler à leur guise ». Gomment cela? Les maîtres organisaient donc le chômage? — Non, mais, disent-ils, les compagnons voudraient travailler en « amateurs » quand bon leur semble, quand le cœur leur en dit, pas à la tâche, à la journée, — et encore à leurs heures » ! Ainsi, compagnons « veulent faire la fête d'un jour ouvrier et besogner aux jours de fête » : mariages, baptêmes, enterrements, tout leur est prétexte à chômage. Les maîtres étaient fort scandalisés.
Ils disaient aussi que les compagnons étaient menés par une minorité violente, que la confrérie les obligeait à la grève forcée, alors que beaucoup d'entre eux « voudraient faire leur devoir et besogner » : c'est la moderne accusation contre les meneurs, contre les gréviculteurs : tout cela n'est pas nouveau.
Au gré des maîtres, le travail des compagnons est trop irrégulier, trop fantaisiste : ils font le trie pour des raisons futiles. Eux, les maîtres, préfèrent augmenter les salaires-gages et ne pas nourrir de pareils gourmands : ils offrent aux compositeurs, c'est-à-dire aux meilleurs ouvriers, 6 sols 6 deniers tournois par jour, à peu près,
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selon M. Hauser, cinq francs de nos jours, sans tenir compte du pouvoir d'achat de l'argent, qui était peut-être à cette époque quatre fois plus grand qu'aujourd'hui : mais faut-il croire que les compositeurs de Lyon gagnaient alors la valeur de 20 francs actuels ?
C'était assez joli. Mais le pain était cher. Aussi les compagnons refusèrent-ils, préférant gagner moins et être nourris dans les économats des maîtres. Us prétendaient que leur travail les obligeait à vivre ensemble en la maison du maître, « et que, si on les forçait à se nourrir au dehors, il leur serait donné occasion de se débaucher, allant ainsi vivre par tavernes » !
Voilà où en étaient les choses au printemps de 1539. Elles avaient une physionomie qu'on croirait presque du xxe siècle. Qu'advint-il?
Il advint qu'après trois mois de lutte, la misère s'étant abattue sur le logis des compagnons à tel point que la Grande Aumône de Lyon (véritable assistance publique qui fournissait indirectement des secours de grève) déclarait que ses ressources étaient presque épuisées, le sénéchal rendit un jugement très dur pour les ouvriers. 11 leur retirait le droit de coalition (c'est-à-dire qu'il supprimait leur confrérie, leur « syndicat », et le droit de grève : « Les compagnons ne peuvent quitter leur tâche, sous peine de payer au maître et la forme et la valeur des journées de chômage. » Le sénéchal menace les ouvriers d'amendes et de bannissement, les condamne pour « excitation à la grève », pour « port d'armes » et « entraves à la liberté du travail ». C'est tout à fait moderne.
Le représentant de la justice royale déclara en outre que les maîtres pouvaient faire travailler autant d'apprentis que bon leur semblerait. Ils seront tenus seulement de mieux nourrir les compagnons : les contestations à propos de la nourriture seront examinées par le bureau de Y Aumône.
A cette sentence était joint un règlement d'atelier qui stipulait que tout travail commencé par le compagnon
devait être terminé, que lesdits compagnons n'auraient pas le droit de travailler les jours de fête et de faire la fête les jours de travail. C'était la victoire des maîtres. L'affaire chemina jusqu'au roi. Dans l'ordonnance du 21 août 1539, François Ier se place au point de vue de l'intérêt public, — point de vue de tous les gouvernements, de tous les temps. Il dit que la continuation de la grève des imprimeurs pourrait provoquer l'émigration hors de France d'une industrie remarquable; il observe que les compagnons sont « en état de rébellion » et « troublent l'ordre public » (autre formule moderne), et il termine en approuvant la sentence du sénéchal. Il ajoute même que celui-ci pourra condamner les compagnons, non seulement à prison et bannissement, mais à la torture et à la mort!.. .
A la même époque, un article du célèbre édit de Villers- Cotterets (1539) supprimait dans le royaume le droit de « coalition », toutes les confréries, aussi bien celles des maîtres que celles des compagnons. Mais on sait qu'il ne fut pas appliqué, car il ne pouvait pas l'être.
La terreur n'avait point rétabli l'ordre. Alors le roi poussa son sénéchal à « procéder » contre les grévistes, qui n'auront pas le droit d'en appeler au Parlement. Ceci n'empêcha nullement les ouvriers d'en obtenir un arrêt contre les'apprentis « besognants » aux grands jours de Moulins (octobre 1540). Forts de cet arrêt, les compagnons poursuivirent les maîtres qui refusaient de s'y conformer. Alors ceux-ci méditèrent d'émigrer à Vienne. Grand émoi ! On envoie un délégué à la cour : il obtient pour les maîtres le droit d'avoir autant d'apprentis qu'ils voudront (mars 1541).
Mais voilà que les maîtres imprimeurs de Paris — dont les compagnons s'étaient mis en grève quelques semaines seulement après ceux de Lyon, pour la même question des apprentis — réclament la même faveur. Lors le roi ajourne sa décision à l'égard des Lyonnais.
Sa décision fut très dure pour les compagnons de
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Lyon. L'édit du 28 décembre 1541 leur donne tort une fois de plus. Il leur reproche « de s'être bandés ensemble pour contraindre les maîtres imprimeurs de leur fournir plus gros gages et nourriture plus opulente que par la coutume ancienne ils n'ont jamais eue ». Le roi était plus dur que le sénéchal. Il consacrait le droit de renvoi à peu près illimité. Il fixait la durée de la journée de travail de cinq heures du matin à huit heures du soir, et les maîtres en profitèrent pour prolonger jusqu'à seize heures la journée de travail de leurs ouvriers.
C'était la défaite. Les compagnons imprimeurs de Lyon succombèrent en 1542, après trois ans de grève !
La défaite des compagnons de Paris datait de novembre 1541. Le roi, après avoir longtemps hésité, avait fini par décider en faveur des maîtres, car, disait-il, — c'est le savant Guillaume Budé qui parle, — l'imprimerie a rendu de grands services à l'esprit humain. Elle travaille aussi à « l'honneur et louange de Dieu notre créateur, manutention, soutènement et dilatation de la sainte foi catholique et sainte chrétienté par l'universel monde ».
Les compagnons de Lyon ne se tinrent pas pour battus. Mais en vain firent-ils appel de l'édit royal devant le roi lui-même. Le Parlement de Paris, défenseur de la bourgeoisie, intervint en faveur des maîtres imprimeurs, et un nouvel édit de 1544 accabla encore les ouvriers. Nouvelle défaite. Et la lutte dura encore plus d'un quart de siècle.
En 1571, nouvelle protestation, nouveau faction des ouvriers. Leur plainte véhémente est curieuse : elle est moderne. « Si l'on a jamais remarqué en aucuns états et métiers les maîtres et supérieurs tâcher, par infinis moyens, de subjuguer, assujettir et traiter avec toute rigueur et servitude les compagnons et domestiques de leur vocation, cela a été pratiqué de tout temps et à présent en l'art d'imprimerie, en laquelle les libraires et imprimeurs (et notamment de la ville de Lyon) ont toujours recherché toutes voies obliques et dressé tous leurs
engins pour opprimer et vilement asservir les compagnons. »
Et pourtant ce sont les compagnons qui ont acquis aux maîtres « et leur acquièrent journellement de grandes et honorables richesses au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et même plus souvent de leur sang ». Car si les compagnons « peuvent suffire aux fatigues extrêmes de leur état si violent, ils n'en rapportent en leur vieillesse, chargés de femmes et d'enfants, pour tout loyer et récompense, que pauvreté, goutte et autres maladies causées par les travaux incroyables qu'ils ont été contraints d'endurer... Aussi l'on ne voit que trop d'exemples de pauvres compagnons imprimeurs réduits, après une longue servitude, en une nécessité calamiteuse et indigne, après avoir consommé leur âge, jeunesse et industrie audit état. »
Vaincus, tour à tour humbles et révoltés, les « pauvres compagnons » abandonnent le droit de grève; ils demandent seulement qu'aux maîtres aussi on retire le droit de coalition. « Il est bien et saintement défendu de ne faire monopole, mais cela se doit non seulement adresser aux compagnons, mais aussi aux libraires et maîtres, qui ont toujours conjuré, comme monopoleurs, la ruine desdits compagnons ». Enfin ils demandent que les maîtres soient désarmés comme les compagnons, que les salaires ne soient plus fixés « au gré et jugement des libraires et maîtres imprimeurs qui seraient juges en leur cause, « mais par une commission arbitraire composée d'un nombre égal et pareil des maîtres et compagnons plus anciens, qui savent et connaissent le labeur, auquel s'ajouteront quelques notables bourgeois ou marchands nommés par les deux parties ». Notre époque n'a pas même inventé les commissions mixtes!
La requête des compagnons se termine par de poignantes paroles où gémit leur dignité de travailleurs humiliés, priant que les fautes soient punies par des amendes, et non par peine corporelle et ignominieuse,
car ce serait violer indignement la liberté naturelle des hommes, « disant qu'ils sont personnes libres », qui « s'emploient volontairement à un état si excellent et noble et de telle importance pour les sciences et les lettres, et non comme esclaves ou galériens et forçats ».
A ce factum, les maîtres ripostèrent par un Mémoire pour l'imprimerie, en affirmant que les ouvriers étaient contents de leur sort, mais que « quelques partiaux ou mutins en bien peu de nombre tiennent tous les autres en bride, les contraignant suivre tous leurs monopoles, quelque déréglés qu'ils soient ».
Finalement, le roi trancha le différend par la déclaration de 1572. Les compagnons obtenaient que le nombre des apprentis serait limité à deux par presse, que ce nombre ne pourrait être dépassé qu'avec le consentement des ouvriers, que la durée de l'apprentissage serait de trois ans, que le salaire à Paris serait, outre la nourriture, de 18 livres par mois, à peu près 56 francs en monnaie actuelle, que l'obligation de prévenir huit jours d'avance en cas de rupture serait réciproque, etc.
Est-ce à dire que la paix régna dans le domaine d'imprimerie ? S'il en eût été ainsi, le règlement de 1618 n'aurait pas interdit de nouveau l'assemblée, le serment, le port d'arme, le trie.
Coalitions ouvrières au dix-septième siècle. Passons encore un siècle, puisque, au lieu de faire l'histoire, d'ailleurs inconnue, des grèves d'autrefois, nous n'en cherchons que des exemples. Nous voici à la fin du xvne siècle. Boisguilbert signale des coalitions d'ouvriers en vue de hausser les salaires quand le prix de la vie haussait, ou de les empêcher de baisser quand le prix de la vie baissait. On lit dans son Traité des grains :
Il y a un esprit de rébellion si fort établi contre la justice dans ces occasions entre les ouvriers, que l'on voit dans les villes de commerce des sept à huit cents ouvriers d'une seule manufacture s'absenter tout à coup et en un moment, en quittant les ouvrages
imparfaits, parce que l'on voulait diminuer d'un sou leur journée, le prix de leurs ouvrages étant baissé quatre fois davantage; les plus mutins usant de violence envers ceux qui auraient pu être raisonnables. Il y a même des statuts parmi eux, dont quelques-uns sont par écrit, et qu'ils se remettent de main en main, quoique la plupart forains et étrangers, par lesquels il est porté que si l'un d'eux entreprend de diminuer le prix ordinaire, il soit aussitôt interdit de faire le métier; et outre la voie de fait dont ils usent en ces occasions, le maître même s'en ressent par une défense générale à tous les ouvriers de travailler jamais cbez lui : on a vu des marchands considérables faire banqueroute par cette seule raison qu'ils avaient été deux ou trois ans sans pouvoir trouver personne pour faire leurs ouvrages, quoiqu'il y en eût quantité sur le lieu, du même art, qui ne trouvaient point de maître.
Il y eut même des émeutes à Caen : les compagnons toiliers forcent les maîtres à augmenter les salaires. A Darnétal, près de Rouen, les compagnons drapiers excluent des ateliers quiconque n'est pas de leur cabale ou de leur compagnonnage; en juin 1697, certains patrons ayant employé des ouvriers étrangers, les compagnons « descendent dans la rue », s'ameutent au nombre de trois ou quatre mille, font fermer les fabriques et, malgré l'intervention de toutes les autorités de la province, demeurent un mois sans reprendre le travail.
Vers la même époque, à Paris, le commissaire de la place Maubert opérait une descente chez la « mère » des compagnons maréchaux, parce que lesdits compagnons, pour faire augmenter leurs salaires, provoquaient des émeutes devant la porte des maîtres.
Les grandes grèves de Lyon au dix-huitième siècle.
Chapeliers mutins. — Nous sommes enfin à la veille du « beau tapage » de 1789, à Lyon. Lyon fut souvent agitée par des mouvements ouvriers. Sous l'ancien régime, elle était déjà le théâtre de bien des conflits « entre le capital et le travail ».
ntaient-ils assez « mutins », ces compagnons chapeliers lyonnais qui, en 1777, menacèrent les maîtres pour les obliger à renvoyer des ouvriers étrangers ? Les « étran-
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gers » paraissent souvent avoir été la cause d'émeutes, tant les ouvriers d'autrefois pratiquaient la solidarité de classe ! Ceux de Lyon allèrent jusqu'à s'armer de couteaux, de bâtons et de pierres, à s'ameuter au nombre d'environ deux cents et à provoquer des bagarres au cours desquelles cinq personnes furent blessées. Le lieutenant de police dut rendre une ordonnance contre les attroupements.
La révolte des tisseurs en 1744.
Mais c'est surtout parmi les tisseurs que les agitations étaient fréquentes, car leur misère était profonde. Rien qu'en un demi-siècle, au xvme, il y eut à Lyon trois grandes grèves de tisseurs : en 1744, en 1779 et en 1788.
L'année 1744 fut marquée par une grande effervescence ouvrière dans le bassin textile du Forez et du Lyonnais. D'Argenson, dans ses Mémoires, note qu'à cette époque 40,000 travailleurs avaient cessé le travail dans les manufactures de Saint-Etienne.
A Lyon, les tisseurs firent une véritable révolution. En juin 1844, avait été promulgué un règlement qui favorisait encore les maîtres fabricants au détriment des maîtres ouvriers et des compagnons. Alors, contre l'aristocratie des grands fabricants, les maîtres ouvriers travaillant à façon pour le compte des premiers complotèrent secrètement avec leurs ouvriers. La grève éclata. Ce fut une révolte. Les grévistes s'emparèrent de la ville, dont ils furent maîtres pendant plusieurs jours. Des marchands furent arrêtés et maltraités, des caves pillées, la maison de l'intendant de Lyon envahie. Le malheureux intendant écrivait à son beau-frère, le 7 août : « Le coeur me saigne de les voir nos maîtres, et que le prévôt des marchands, les juges, moi, personne en un mot, ne puisse arrêter un tel désordre et soutenir ceux qu'on veut opprimer. Gela est horrible, et je vous écris les larmes aux yeux. » Encore une fois, le représentant du gouvernement était du côté des grands fabricants.
Cette « étrange dictature ouvrière » ne put résister aux
soldats du roi; un ouvrier fut pendu, d'autres furent condamnés aux galères. Le roi publia, le 1er avril 1745, des lettres d'amnistie (ainsi même l'amnistie pour « fait de grève » n'est pas une invention de notre époque). Malgré tout, les grands fabricants, effrayés, avaient dû céder et consentir un nouveau règlement. Les fusils aidant, le calme se rétablit dans la rue, sinon dans les esprits « et dans les hautes maisons de la Croix-Rousse, où montaient les brouillards du Rhône, les pauvres lampes des tisseurs se rallumèrent, étoilant la nuit triste de leur cercle fumeux1. »
La grève du tarif (1779),
Les esprits étaient si peu calmés, les intérêts ouvriers si peu satisfaits, que la guerre recommença en 1779. Les ouvriers demandaient un tarif général pour toutes les étoffes et une augmentation de 2 sous par aune. Nouvelle émeute, nouvelle intervention de la force armée : trois ouvriers sont pendus, après quoi une nouvelle amnistie plénière est accordée par le roi. C'était une défaite pour la classe ouvrière.
La grève générale de 1786.
En 1786, un mouvement ouvrier considérable agita de nouveau la ville de Lyon. Question de salaires. Les maçons, que les entrepreneurs payaient tous les trois ou quatre mois et sans daigner leur faire un compte, réclament un payement plus régulier. Les chapeliers demandent que leur journée, en raison du prix croissant des loyers et des vivres, soit portée de 32 à 40 sous pour douze heures de travail. »
Et les malheureux tisseurs disent avec amertume : « Quand on ne considérerait les ouvriers en soie que comme des instruments mécaniques nécessaires à la fabrication des étoffes, ou qu'abstraction faite de leur qualité d'homme qui doit intéresser à leur sort, on eût l'inhumanité de ne vouloir les traiter que comme des animaux