‹ Histoire du travail et des travailleursChapitre 50 sur 100 · Jaurès, Histoire de la Révolution · texte numérisé non relu

Jaurès, Histoire de la Révolution

domestiques que l'on entretient et ne conserve que pour les bénéfices que leur travail procure, toujours faudrait-il leur accorder la substance qu'on est forcé de fournir à ceux-ci, si on ne voulait pas s'exposer à se voir frustré du fruit de leur travail.

Aussi, le 7 août 1786, à la pointe du jour, sur un mot d'ordre, tisseurs, chapeliers, maçons et manœuvres désertent les ateliers, les manufactures, les chantiers, et, comme les plébéiens de Rome, ils se retirent aux portes de la ville et signifient qu'ils ne rentreront à Lyon que lorsque satisfaction leur sera donnée. La révolte ouvrière fut écrasée par l'armée ; Bonaparte était là : il servait comme lieutenant d'artillerie.

1789. L'énigme du pillage Réveillon.

Les États généraux vont se réunir. Le 27 avril 1789, le bruit se répand dans le faubourg Saint-Antoine, à Paris, que Réveillon, le riche fabricant de papiers peints, a demandé, devant l'assemblée des électeurs aux Etats généraux, que les salaires ne soient que de 15 sous par jour. Au prix du pain, c'était la famine pour les ouvriers.

Mais Réveillon, qui avait fondé une caisse de secours pour son personnel, avait-il réellement tenu ces propos? N'avait-il pas demandé, au contraire, que le prix du blé fût abaissé de manière que l'ouvrier pût vivre avec 15 sous par jour? Il y a eu de ces équivoques. On ne sait pas et on ne saura probablement jamais.

Toujours est-il qu'une troupe menaçante de cinq à six cents individus se porta devant la fabrique, brûla Réveillon en effigie, pilla la maison de Henriot, manufacturier accusé d'avoir prononcé les mêmes paroles. On connaît l'aveugle fureur des foules. Le lendemain, la maison de Réveillon fut également saccagée. La révolte fut éteinte dans le sang : la troupe fit feu et coucha plusieurs victimes sur le pavé.

Quel fut le sens de cette révolte? Camille Desmoulins a déclaré que ces violences furent l'œuvre de brigands,

suscités par la monarchie pour compromettre la cause du peuple. Michelet observe que la cour laissa complaisamment se développer l'insurrection, afin d'effrayer Paris et la France au moment où les Etats généraux allaient se réunir. Les pillards n'étaient pas tous des ouvriers de Réveillon; il y en avait de la manufacture des glaces, il y en avait qui n'étaient pas du faubourg. Alors? Alors on ne sait pas.

Faut-il croire que ces révoltés étaient sincèrement poussés par la peur de la faim? Faut-il croire qu'ils étaient des « grévistes », ou faut-il supposer qu'ils étaient des pillards saccageant pour voler? Furent-ils des misérables payés par on ne sait quelle entreprise de réaction? ou furent-ils les revendicateurs violents du droit de tous les hommes au pain de via? L'histoire garde son secret.

Ainsi, les grèves étaient déjà nombreuses sous l'ancien régime, moins qu'aujourd'hui pourtant, parce que la petite industrie ne s'y prêtait pas comme la grande.

En parcourant quelques-uns de ces champs de grève, nous avons noté chemin faisant presque tous les faits qui caractérisent les grèves contemporaines : grèves partielles et grèves générales, grèves pour des questions de salaires, d'heures de travail, de renvois d'ouvriers, caisse de secours de grève, accusations contre les meneurs, guerre des tarifs, violences, intervention du pouvoir central, du pouvoir communal, de la police et de l'armée.

Il n'est donc pas historique de se demander : « Où sont les grèves d'antan? »

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