‹ Histoire du travail et des travailleursChapitre 54 sur 100 · II. — LA TERRE QUI PLEURE · texte numérisé non relu

II. — LA TERRE QUI PLEURE

« Tu as pleuré en venant au monde, parce que tu as vu que ton père avait un pantalon de toile. . »

C'est ce vieux dicton qu'il faudrait mettre en épigraphe à l'histoire navrante de la terre qui pleure. Sans doute le paysan n'a pas été perpétuellement misérable depuis le moyen âge jusqu'à la Révolution. Mais la vie lui a été cruelle aux époques où la terre ne donnait pas le blé qu'il attendait, où la guerre ravageait tout, où l'impôt royal, la dîme et les redevances féodales prenaient tout, cruelle surtout au temps des rois absolus, car c'est le

temps où le paysan aurait pu dire devant ses moissons, comme « le chemineau » de Richepin :

Ce sont les blés coupés qui ne sont pas les nôtres, Et dont les épis mûrs font du pain pour les autres.

Doléances des Cahiers de 1789.

Il semble que le temps aurait dû améliorer le sort de l'homme des champs, l'ancien serf du moyen âge. Or, pour commencer par la fin, les cahiers de 1789 ne laissent aucun doute sur l'état lamentable des campagnes à la veille de la Révolution1.

« Réduits à la plus affreuse indigence, nous n'entendons que les cris d'une famille affamée à laquelle nous regrettons presque d'avoir donné le jour. » Ces plaintes des gens de Pontcarré sont comme l'écho de celles du paysan du Danube.

A Roquencourt, les habitants appelés à exposer leurs vœux répondent qu'ils meurent de faim :

« Je ne sais quoi demander, dit l'un d'eux; la misère est si grande qu'on ne peut pas avoir de pain. » Même dénuement à Châtellerault, où le pain noir fait défaut; à Suresnes, village de 300 feux, où 150 chefs de famille ont besoin de secours.

Le collecteur de la paroisse de Yillechauve, en Touraine, est « bien affligé, attendu qu'étant allé retirer l'argent des cotisés, la moitié des ménages font réponse qu'ils n'ont pas de pain, versant des larmes, se désirant hors de ce monde ».

Les gens de Montaigut-en-Combraille expliquent la contrebande qu'ils font par détresse et nécessité de vivre pourtant. Ceux de Ghatelard, dans la vallée de Barcelonnette, n'osent pas trop insister sur leur misérable condition, « de peur d'être indiscrets ou d'attrister un souverain si bon ».

On comprend que Mme Roland ait pu dire : « Nos pay-

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