II. — L'INDUSTRIE AU TEMP3 DE NAPOLÉON
Réveil industriel.
Avant que la politique insensée du blocus continental aboutît à la crise finale, la grande industrie française fut animée d'une vie factice, car elle paraissait devoir remplacer l'industrie anglaise pour la fourniture du continent.
Les fabriques, surtout celles de l'industrie textile, s'étaient armées pour la conquête industrielle ; elles avaient fait de grosses provisions de matières premières payées très cher; elles avaient beaucoup travaillé, beaucoup vendu, réalisé de beaux bénéfices avant de faire du stock, précurseur de la crise.
« Le moment de la prospérité est venu; qui oserait en fixer les limites? » s'écriait Napoléon à l'exposition de 1806. En effet, l'industrie minière et l'industrie métallurgique reprenaient leur activité d'avant 1789. En 1807, sur le territoire de l'ancienne France, la statistique signalait 13 houillères dans le Nord, 6 dans l'Isère, 5 dans l'Allier, 5 en Maine-et-Loire. La production allait vers 850,000 tonnes à 10 francs la tonne.
A la veille de la catastrophe des dernières années, le ministre des travaux publics indiquait une production de 100,000 tonnes de fonte à 900 francs la tonne, et 1,200 usines à fer sur le territoire de l'ancienne France.
« Les ateliers de tréfilerie sont devenus si nombreux, écrivait Chaptal, que les fabricants de la Franche-Comté se sont vus forcés d'en réduire le nombre en accordant une indemnité à ceux qui ont consenti à suspendre leurs travaux, et que, par une convention tacite, ils se sont partagé les heures de travail. » C'était déjà quelque chose comme le trust français de la tréfilerie!