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L INDUSTRIE AU TEMPS DE NAPOLEON

mérique et du Levant, dont les croisières anglaises privaient nos manufactures, il en cultivait clans le royaume de Naples. Mais les douanes étaient un obstacle. Napoléon lui vint en aide en lui prêtant 1,500,000 francs. Richard fonda jusqu'à 40 filatures de laine et de coton, de nombreux ateliers de tissage, employa des milliers d'ouvriers et perfectionna l'outillage. Son activité dans le sens de la grande industrie fut couronnée de succès.

La science au service de l'industrie.

C'est à partir de cette époque que l'on vit la science descendre vers l'industrie et lui offrir ses- services, comme elle l'avait fait au temps de la Révolution, sous le coup de la guerre étrangère.

La teinture, auxiliaire indispensable de l'industrie textile, faisait de notables progrès. On revenait au pastel et à la garance, un instant délaissés pour l'indigo et la cochenille exotiques. L'emploi du bleu Raymond, imitation du bleu de Prusse, se généralisa.

On appliquait le procédé récemment inventé par Leblanc à la fabrication de la soucie artificielle. Mollerat, s'inspirant des travaux de Vauquelin et de Foucroy, produisait le vinaigre de bois. Edouard Adam distillait Y alcool avec des alambics nouveaux. La gélatine, extraite des os par Darcet, fournissait une colle d'une qualité supérieure. Le gaz d'éclairage, découvert par Lebon, employé en Angleterre dès 1790, brilla à quelques devantures dans quelques villes de France.

Grâce aux progrès de la chimie, les produits chimiques devinrent une branche importante de l'industrie française : on améliora la fabrication de l'acide « nitrique » ; on créa celles des acides chlorhyclrique et sulfurique, de l'ammoniaque, du blanc de céruse, de l'alun purifié, des sulfates de fer et de magnésie. La méthode « bertholléenne » de blanchiment au chlore fut appliquée aux chiffons destinés à la fabrication du papier, aux toiles, qui devaient faire auparavant de longs séjours sur les prés.

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La porte des usines était donc largement ouverte aux chimistes, à tous les savants. Ils en savaient le chemin ; ils ne l'oublieront plus , et désormais la science jouera un rôle industriel de plus en plus important, si bien qu'aujourd'hui, en Allemagne, chaque usine a son laboratoire, signe des temps.

Expositions industrielles.

Les expositions industrielles constatèrent ces progrès.

Au début du Consulat, c'est un manufacturier doublé d'un inventeur et d'un savant, c'est Chaptal qui fut appelé au ministère de l'intérieur. Il en profita pour reprendre, en faveur de l'industrie, l'ingénieuse idée de François de Neufchâteau, et il ouvrit une autre exposition nationale à Paris en 1801. Il y eut 229 exposants. L'année suivante il y en eut 540, dont 38 obtinrent la médaille d'or.

Parmi les récompensés de ces deux expositions, citons : Conté (crayons), Didot (stéréotypie), Deharme et Dubaux (tôle vernie), Ternaux (draps). Poucher, de Rouen (cotons filés); Richard-Lenoir et Dufresne (tissus), Jubié frères, de l'Isère (soies fdées), Montgolfier (papiers peints, bélier hydraulique), Bréguet, de Paris (horlogerie).

A l'exposition de 1802, il y eut un incident significatif. Chaptal en faisait les honneurs à lord Cornwallis et à Fox, que les négociations de la paix d'Amiens avaient amenés en France. Fox admirait les richesses, les produits de luxe étalés sous ses yeux, mais il remarqua malicieusement qu'on ne voyait aucun de ces objets d'un usage vulgaire réunissant, comme en Angleterre, la bonne qualité et le bon marché. Chaptal le conduisit aussitôt devant l'étalage d'un coutelier de Thiers et lui montra des eustaclies à 3 sous et des rasoirs à 12 sous dont Fox fut ravi. On dit qu'il remplit ses poches de ces petits couteaux et qu'il acheta toute la caisse. Ayant vu des montres en argent à 13 francs, il « avoua franchement, raconte Chaptal, qu'il venait de prendre de l'industrie française une idée toute différente de celle qu'il en avait eue jusqu'alors. »

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Cet incident prouve que l'industrie française « variait vers le mieux ». Aux industries de luxe, réservées au petit nombre des privilégiés de la fortune et qui peuvent fleurir dans un pays misérable, s'ajoutaient peu à peu les industries communes, les industries populaires qui seules attestent les progrès du bien-être parmi les classes ouvrières.

A l'exposition de 1806, qui éclipsa les précédentes, il y eut 1,422 exposants, 54 médailles d'or, 97 médailles d'argent, 80 médailles de bronze. On remarqua les glaces de Saint-Gobain, les fontes du Greusot, la tréfilerie d'acier, les machines à filer le coton et la laine, les mousselines de Saint-Quentin et de Tarare, industrie récente qui existe encore.

C'est à la vue de ces richesses et en songeant aux progrès réalisés que Napoléon manifestait un enthousiasme et formulait des espérances auxquels la crise finale de son règne a bien mal répondu.

Ainsi, malgré la guerre continuelle, sous le coup de fouet du blocus continental, sous l'influence de la science du perfectionnement de l'outillage, du développement de la consommation dans les campagnes , l'industrie française continue sa marche en avant.

Sans doute ce n'est pas encore la grande industrie généralisée, car la vapeur et le machinisme ne font qu'apparaître et n'ont pas opéré leur révolution économique, mais déjà leur œuvre est ébauchée, déjà certains indices annoncent l'évolution de l'industrie vers la grande production, vers la production populaire, et déjà les grands ateliers, les sociétés industrielles, préparent la concentration des industries en d'immenses manufactures.

Les salaires.

Pendant la période napoléonienne, le travail et les prix

sont plus réguliers que sous la Révolution. Mais il est

impossible néanmoins de faire une étude sérieuse sur les

salaires réels, en l'absence de statistique sur les salaires

nominaux, les jours de chômage et les prix des denrées. Les chiffres qu'on peut hasarder demeurent incertains.

Voici quelques salaires payés sous le Consulat : journaliers cl'Evreux : 2 fr. (1 fr. 50 en 1789); verriers de la Moselle, 1 fr. (0 fr. 75 en 1789); faïenciers, de 0 fr. 75 à 1 fr. 20; mineurs, de 0 fr. 50 à 2 fr. 25; bûcherons, de 0 fr. 90 à 1 fr. 80; maîtres fondeurs, 1 fr. 50 ou 1 fr. 80; manœuvres, de 0 fr. 80 à 1 fr. ; à Orléans, manufactures de laine et de coton, 1 fr. 50, 2 fr. et 2 fr. 50 pour les hommes, de 0 fr. 60 à 1 fr. 25 pour les femmes; de 0 fr. 40 à 0fr.75 pour les enfants; drapiers de Saint-Omer, 1 fr. (0 fr. 75 en 1789) ; tisserands de l'Orne, de 0 fr. 60 à 0 fr. 75 ; un fiïeur de laine, dans le Nord, 1 fr. 75 ; il y avait des dentellières, dans la région d'Arras, qui ne gagnaient que 5 ou 6 sous (les plus favorisées, 25 ou 30 sous) et dont la journée, commencée à 6 heures, terminée à la nuit, n'était coupée que d'une heure de repos, à midi.

Ces salaires, parmi lesquels il en est qui sont de véritables salaires de famine, étaient pourtant un peu plus élevés qu'en 1789. Mais le prix de la vie avait augmenté, et son accroissement avait peut-être dépassé celui des salaires.

Sous l'Empire, dit M. Levasseur, certains salaires montèrent, parce que la demande du travail s'accrut plus rapidement que le nombre des travailleurs, et le niveau moyen du salaire nominal semble s'être maintenu pendant les sept premières années à un niveau relativement élevé, plus élevé que sous l'ancien régime, et plus régulier que sous la Révolution, lorsque le payement se faisait en assignats.

A Paris, un compagnon maçon ou un tailleur de pierres, pour une journée de 12 heures, gagnait 3 fr. 25; un scieur de pierres, 4 fr. ; un forgeron, 5 fr. ; un garçon de forge, 2 fr. 50. Un rapport du préfet de police (1807) dit que la moyenne des bas salaires, dans les industries autres que celles du bâtiment, oscillait entre 1 fr. 15 et 2 fr. 50; celle des salaires supérieurs, entre 3 et 5 fr.

En province, les salaires sont moindres. Ils baissent

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encore après la crise de 1812. Le chômage augmente, et il devient impossible de hasarder aucun chiffre.

En somme, la situation de l'ouvrier n'a guère varié pendant les périodes révolutionnaire et napoléonienne. Son salaire a augmenté un peu; mais le prix de la vie l'a suivi ou même dépassé. Les lois de la Révolution et de l'Empire maintenaient le travailleur dans l'étroite dépendance de l'employeur et de l'Etat; l'Empire avait beau administrer au corps social le remède de la charité, la charité restait impuissante, et la misère sévissait toujours parmi les salariés.

La crise finale.

Cette misère devint profonde au cours de la crise économique des dernières années de l'Empire.

Les premiers symptômes de la crise de surproduction et de spéculation se manifestèrent dès Tannée 1810. La mauvaise récolte de 1811 la fit éclater. Il semble que le signal du sauve-qui-peut ait été donné par la chute d'une grosse maison de Lubeck. Bientôt les ruines s'entassèrent; les banques et les maisons de commerce s'entraînaient mutuellement et s'écrasaient les unes les autres. A Lyon, à Saint-Quentin, à Lille, à Mulhouse, ailleurs, bien des fabriques fermèrent leurs portes et beaucoup d'ouvriers demeurèrent sans travail.

L'Angleterre aussi était blessée par le blocus; elle gémissait sous le poids de sa dette; elle se plaignait des dommages causés par la fermeture du marché, par les corsaires français, l'avilissement des prix, la baisse de son papier-monnaie; ses négociants faisaient faillite, ses fabriques se fermaient et ses ouvriers tombaient dans la misère.

Ainsi, dans les désastres commerciaux, le désarroi industriel et la misère ouvrière, s'achevèrent l'expérience folle du blocus continental et la domination napoléonienne.

Tant que Napoléon avait fait les affaires des industriels et des commerçants, la bourgeoisie, qui l'avait laissé

prendre le pouvoir au 18 brumaire, lui resta fidèle. Mais quand, par son militarisme insensé, il compromit la richesse du pays, quand la bourgeoisie se vit acculée à la faillite, à la ruine, par les guerres, les impôts, le blocus, quand l'étoile du conquérant pâlit, la bourgeoisie se détourna de lui, et Napoléon, perdant son point d'appui, disparut dans la tourmente que sa politique démente avait déchaînée.

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