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II. — LE COMPAGNON

Qu'est-ce que le compagnon?

Son apprentissage fini, le travailleur devenait compagnon, s'il n'avait pas été reçu ou ne s'était pas présenté au chef-d'œuvre, ou bien si, possédant son brevet de maîtrise, il n'avait pas l'argent suffisant pour s'établir à son compte. Le compagnon, c'est le salarié d'autrefois. On l'appelle encore serviteur, alloué, varlet, plus tard garçon, quelquefois ouvrier, comme aujourd'hui. Mais l'ouvrier (celui qui ouvre, qui travaille) désigne indifféremment le maître ou le salarié.

Dans les métiers jurés, où le nombre des maîtres était limité, le compagnon était au second degré de l'échelle corporative, au-dessus de l'apprenti, mais au-dessous du maître; dans les métiers libres, sans maîtrise ni jurande, il était libre : aujourd'hui compagnon, maître demain, si la fortune lui souriait. Ces deux situations étaient fort différentes. Dans le premier cas, l'ouvrier était comme rivé à sa place et condamné au salariat perpétuel par des règlements étroits, des droits énormes, la complication voulue du chef-d'œuvre, souvent par l'âpreté des maîtres, qui redoutaient les concurrents nouveaux. Dans le second cas, l'état de compagnon était transitoire : un typo-

graphe de Lyon, gréviste lors de la grande grève de 1539, était devenu maître imprimeur en 1545.

En général, il fallait avoir été apprenti pour devenir compagnon. C'était une obligation de fait dans les métiers libres, et une obligation de principe dans les métiers jurés1. Les jurandes imposaient même, au moyen âge, la production d'un brevet d'apprentissage délivré dans la ville où l'on voulait être compagnon : Paris, dont les règlements étaient sévères et les jurandes exclusivistes, considérait souvent les brevets d'apprentissage issus des autres villes a comme des chiffons de parchemin sans valeur ». L'ordonnance de 1581 décidera que l'apprentissage fait dans une ville française quelconque est valable pour tout le royaume : encore les libraires-imprimeurs de Paris refusaient-ils de s'y conformer en 1618.

Si l'apprentissage était nécessaire pour être compagnon, la situation de compagnon, sauf en de rares métiers, n'était pas obligatoire, et il s'en faut que la majorité des maîtres ait gravi les trois échelons de la hiérarchie corporative.

Pour achever de définir le compagnon, il faut le distinguer du manœuvre et des forains.

Qu'étaient-ce que ces manœuvres? « Probablement, dit M. Hauser, des journaliers, des ouvriers qui n'étaient pas attachés d'une façon stable à un atelier déterminé, qui peut-être n'avaient pas fait d'apprentissage régulier et dont sans doute le travail se payait moins cher. Il aurait donc existé, en dehors des communautés, une masse flottante d'ouvriers non organisés, irrégulièrement occupés, bons à peu près à tout faire, correspondant à ce que les Anglais appellent de nos jours unskilled labour et auxquels les maîtres faisaient appel, soit lorsque le travail était surabondant, soit lorsque la main-d'œuvre était trop chère. » Les paveurs de Paris n'employaient pas

1. C'est pourquoi l'on a pu dire avec raison que l'apprentissage était, sous l'ancien régime, la « clef de voûte de l'organisation industrielle ». (Paul Pic, Traité de législation industrielle.)

seulement de nombreux apprentis, main-d'œuvre pas payée, mais encore des manœuvres, main-d'œuvre mail payée.

Quant au forain, c'était l'ouvrier « étranger » venu d'ailleurs, d'une autre ville ou d'un autre pays. Or, la main-d'œuvre des compagnons de la ville était privilégiée par rapport à celle des forains. Dans certaines villes, ceux-ci n'étaient pas admis au métier à moins de faire un nouvel apprentissage ou de payer d'assez fortes redevances; dans certaines autres, ils ne devaient fairequ'un bref séjour ( à Toulouse, les ménétriers ne pouvaient rester et travailler que huit jours durant); ailleurs, les maîtres, sous peine d'amende, étaient tenus d'employer d'abord les compagnons de la ville, etc. Les obstacles se multipliaient sur la route du pauvre compagnon qui s'en allait de ville en ville.

Encore une légende qui s'en va, la légende, gracieuse entre toutes,, du compagnon du tour de France. Dans l'idylle industrielle que certains de nos contemporains prennent pour le miroir fidèle du passé, il va, le compagnon du tour de France, son bâton à la main, quelques sols dans sa poche, ses outils dans sa besace, — et c'est tout son capital, il ne lui en faut point d'autre, — la gaieté dans les yeux, la chanson aux lèvres ; il va, comme l'alouette s'élance du sillon, comme ses ancêtres les Gaulois, aux casques couronnés, d'alouettes, marchaient en chantant à la conquête des terres lointaines. Devant ses yeux éblouis se déroule la terre de France; il va de ville en ville, sûr de trouver partout le gîte, le couvert et du travail, des camarades accueillants et de bons maîtres. (Hauser.)

Pourtant, les obstacles de la route n'étaient ni insurmontables ni insurmontés; car si 1' « intérêt de classe » et de clocher des compagnons de la ville les poussait à sacrifier les « forains », il avait pour contrepoids 1' « intérêt de classe » des maîtres, ceux-ci évitant la raréfaction de la main-d'œuvre pour en éviter la cherté. Et c'est ainsi que l'antagonisme des intérêts des compagnons et des maîtres ouvrait aux forains les portes de la ville.

Le contrat de travail»

Si vous passez, par un matin d'été, avant le lever du

soleil, sur la place d'un petit village, il vous arrive d'y apercevoir des hommes discutant avec quelque animation. Si vous vous informez, vous apprenez que ce sont des moissonneurs journaliers débattant, avec les paysans des environs, le prix de leur journée, de leur semaine ou de leur saison. C'est la « loue ». C'est le marché du travail.

Eh bien, ce qui n'existe plus aujourd'hui qu'à l'état de vestige et d'exception au fond de lointaines campagnes, était autrefois l'habitude. Le matin, les compagnons étaient obligés de se rendre sur la place ou dans le carrefour où ils avaient coutume d'attendre les maîtres qui venaient les embaucher. Ainsi, à Paris, les foulons se réunissaient tous les jours sur la place de l'Aigle; à Saint- Denis, les tisserands ne venaient au lieu accoutumé que tous les lundis, parce qu'on les embauchait toujours pour une semaine entière; mais les foulons de Saint-Denis, comme ceux de Paris, devaient y aller tous les jours après la « messe de la croûte », et, s'ils n'étaient pas engagés aussitôt, ils devaient y rester jusqu'à ce que la cloche leur eût donné le signal du départ.

L'engagement se prenait pour un jour, pour une semaine, pour une saison, pour une année. Il était verbal, le plus souvent, quelquefois écrit, même notarié. Voici un exemple de contrat écrit passé en 1580, à Lyon :

« DenysCotterel, compagnon imprimeur, s'afferme, lui et ses services, à Pierre Michel, maître imprimeur, pour un an à partir du 1er mars prochain, pour le prix de 15 écus d'or, payables par quart de trois en trois mois; promet servir bien et loyalement en toutes choses licites et honnêtes. Pierre Michel promet le nourrir des dépens de bouche, lui fournir couche et logis comme il est de coutume; promet aussi ledit Cotterel non absenter, ni servir à autre s'il n'y a cause légitime. »

A Paris, avant d'engager un valet, le maître s'assurait s'il avait fait son apprentissage dans la ville, ou un apprentissage équivalent dans une autre ville, s'il avait des

certificats de capacité et de bonne conduite (encore exigés aujourd'hui dans certains métiers), parfois s'il était quitte de tout engagement dans le pays d'où il venait, parfois même s'il avait la tenue décente et le nombre de vêtements, trois ou cinq robes, qu'exigeaient certaines corporations, afin que la mauvaise tenue n'éloignât pas des boutiques les nobles acheteurs.

Tous les compagnons étaient forcés d'offrir leur travail. Le chômage était un délit sévèrement puni! « Tous les compagnons dudit métier (cordonniers de Paris, 1574) lesquels seront trouvés avoir été sans maîtres trois jours consécutifs, seront amenés prisonniers es prisons du Ghâtelet. » Il pleuvait des ordonnances contre les « gens oiseux », les sans-travail d'autrefois. L'une des plus curieuses est celle que rendit François Ier en 1534 :

Gens oisifs, vagabonds et autres qui ne veulent s'employer à aucune chose pour gagner leur vie, mais veulent être bien vêtus et demeurer tous les jours aux tavernes, gourmander et jouer; et les nuits, pour entretenir leur méchante vie, vont aux champs et à la" ville armés et embâtonnés pour piller, dérober et détrousser ceux qu'ils trouvent... Que tous vagabonds oisifs, gens sans aveu et autres qui n'ont aucuns biens pour les entretenir et qui ne travaillent ne labourent pour gagner leur vie, — qui est à présumer qu'ils vivent et s'habillent de pilleries et rançonnements qu'ils font, — sortent et s'absentent du ressort de la prévôté dans les trois jours, sous peine de fouet, bannissement et confiscation de leurs biens.

Admirable haine des « gens oiseux » : on confisquait les biens des va-nu-pieds ! Et le roi les menaçait au surplus « ou de les envoyer en galère par force de perpétuité » ou de les enchaîner deux à deux et de leur donner à manger seulement du pain et à boire de l'eau, ou de les faire « travailler aux œuvres publiques de ladite ville, tant à curer les fossés, les canaux, rues », etc.

Gomme l'a dit M. Hauser, « c'est le travail forcé appliqué à la classe ouvrière ». On doit penser aussi avec lui qu'« avec une législation pareille » l'industrie, contrairement à l'agriculture du xxe siècle, « ne devait pas souvent manquer de bras ».

Ce qu'il faut voir dans ladite législation, c'est la main de la classe patronale : le maître ne devait pas manquer d?ouvriers, et, nous l'avons déjà constaté, son intérêt le poussait à éviter la raréfaction de la main-d'œuvre pour en éviter la cherté. Voilà pourquoi la classe des compagnons était condamnée aux travaux forcés et devait s'offrir sur le marché du travail.

Quand un compagnon s'était loué à terme ou à la tâche, il ne pouvait rompre contrat qu'en prévenant son maître huit jours, un mois, six semaines, voire trois mois à l'avance. Faute par lui de le faire, il était puni d'une amende et devait payer son remplaçant. On voit que les « huit jours » constituent une antique habitude.

Dans les métiers où il travaillait aux pièces (imprimeurs, miroitiers, etc.), c'était chose difficile pour le compagnon d'observer cette prescription, car, comme le disaient au xvie siècle des compagnons imprimeurs, il « ne peut savoir quand la besogne s'achève ».

L'obligation du délai paraît avoir été unilatérale, imposée aux compagnons seulement. Dans la plupart des métiers, il ne semble pas, en effet, que les maîtres aient été obligés de donner « leurs huit jours » *u « leur mois » aux ouvriers qu'ils désiraient congédier: nouvel exemple de l'inégalité qui séparait les deux classes.

D'autre part, les corporations usaient de moyens détournés pour empêcher les compagnons de rompre leur contrat de travail : l'obligation de produire un congé écrit, signé du maître qu'il quittait, obligation qui datait au moins du xvie siècle, aboutit à la création du livret par ordonnance royale de 1781 : le livret était un nouvel instrument de sujétion ; l'amende qui frappait le fugitif frappait également le patron qui l'employait sans s'être assuré s'il était quitte de tout engagement antérieur; les règlements interdisaient à un maître de « débaucher » les valets d'un autre.

Les résiliations anticipées des contrats de travail ont donné lieu à de nombreux procès. Certaines corpora-

tions, les enlumineurs de Toulouse, par exemple, imposaient d'abord le recours à X arbitrage; mais les arbitres, pris parmi les autorités corporatives, favorisaient à tel point les intérêts des patrons, que souvent les compagnons préféraient appeler leur maître devant les tribunaux du roi, au risque de se faire mettre à l'index par le patronat local tout entier.

Le compagnon au travail.

Le compagnon « ouvrait » du jour au jour. A l'aube, il arrivait. à l'atelier; il en partait à la tombée de la nuit quand il n'était pas logé chez son patron. La journée de travail variait donc suivant les saisons, ou plutôt, il y en avait deux, en général :

la journée d'été (15 mars- 15 septembre), de 5 heures-du matin à 7 heures du soir, et la journée d'hiver (15 septembre-15 mars), de 6 heures du matin à 6 heures du soir. Donc 14 heures en été, 12 heures en hiver, telle était la durée moyenne de la journée de travail. Il y avait une interruption d'une à deux heures pour les repas. C'était souvent la cloche du guet qui « réglait le soleil » , en sonnant l'heure de commencer ou de cesser le travail de la journée. Aux champs seuls, le soleil était le vrai régulateur.

Mais il y avait des journées de travail beaucoup plus longues : en 1571, les imprimeurs de Lyon se plaignaient de commencer à deux heures du matin pour ne finir qu'à 8 ou 9 heures du soir, hiver comme été. Dans d'autres métiers, la journée allait de 4 heures du matin à 9 heures du soir, ou de 5 heures du matin à 10 heures du soir. Ainsi,

Miroitier.

en 1639, il est interdit aux miroitiers de Rouen de faire travailler leurs ouvriers avant 4 heures du matin et après 9 heures du soir. En 1666, les crieurs de vin allaient réveiller les artisans dès 3 heures du matin pour leur offrir le petit verre du réveil. A la fin du xviii* siècle, les garçons maréchaux devaient travailler de 4 heures du matin à 8 heures du soir. A la veille de la Révolution, les canuts de Lyon travaillaient 16 et 18 heures par jour; en 1831, ils travailleront encore 16 et 18 heures et recevront dix-huit sous.

Pourtant, ces longues journées n'accablaient pas tous les travailleurs. « En mai 1750, dit le marquis de Mirabeau, je traversai tout Paris à six heures du matin sonnant, à travers la partie populeuse et marchande de la ville, et je n'y vis d'ouvertes que quelques échoppes de vendeurs d'eau-de-vie. »

Mais si la journée était longue, l'année était courte. M. d'Avenel a calculé qu'il n'y avait, en moyenne, pas plus de 250 journées de travail par an; et M. Franklin, dans la Vie privée d'autrefois, a compté jusqu'à 141 jours chômés. C'est que le travail était interdit les dimanches et fêtes. Or les fêtes étaient si nombreuses que plus d'un ouvrier, que plus d'un artisan, comme le savetier de La Fontaine, a dû en gémir.

On nous ruine en fêtes,

Et monsieur le curé

De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

Il y avait chômage le samedi soir et la veille des fêtes, chômage à la fête du saint de la confrérie, chômage quand on enterrait un des maîtres de la corporation.

Outre ces chômages d'origine religieuse, il y avait les chômages forcés des mortes saisons, qui immobilisaient les malheureux compagnons pendant de longues semaines.

Enfin, il y avait les chômages volontaires des joyeux compagnons qui faisaient le lundi. Du moins, c'était, à Paris, une habitude prise au xvme siècle. « Ordinaire-

ment, l'ouvrier fait le lundi. Tous les ouvriers chôment ce jour-là, » dit Mercier dans son Tableau de Paris. Et ailleurs : « Les ouvriers font ce qu'ils appellent le lundi et même le mardi. »

Le compagnon de Paris s'en allait le dimanche vers les faubourgs boire et danser à la guinguette (de guinguet, vin aigre). Mais faut-il voir, avec M. Babeau, des « régiments d'ivrognes, venant des faubourgs où ils se sont grisés de vin frelaté, rentrant à Paris, le dimanche soir, chancelant , battant la muraille » ? et faut-il croire que tant de « garçons maçons, charpentiers et couvreurs » périssaient le lundi parce qu'ils avaient « la tête chargée de vin » ?

En général, le travail de nuit était interdit sous peine d'amende. Quand le guet faisait sa ronde après le couvrefeu, nulle lumière ne devait briller derrière les fenêtres. C'était avant tout, semble-t-il, un « règlement de bonne fabrication » , la lumière des torches résineuses et des chandelles graisseuses étant insuffisante pour permettre aux ouvriers de soigner leur travail; on craignait aussi les incendies : la moindre imprudence pouvait faire flamber en un clin d'œil les boutiques en bois où régnaient des matières inflammables. C'est pour ces deux raisons, « pour les périls du feu et la malfaçon et fraude qui se pourrait commettre de nuit dans ledit ouvrage », que les cordiers toulousains avaient interdit le travail à la lumière.

Pourtant, il y a des exceptions. Les potiers de terre peuvent enfourner à toute heure : Bernard Palissy travaillait toute la nuit. « Les foulons de draps et leurs varlets pourront ouvrer et besogner à toutes heures, ainsi que bon leur semblera touchant le fait dudit métier, sans pour ce encourir aucune amende ou forfaiture. » Même faveur aux tailleurs en cas de presse; ils pouvaient même travailler les jours fériés pour « achever » un habit commencé ou pour « les besognes de nos seigneurs et de nos dames les royaux ». Les cordonniers, si l'on en croit un

conte de Bonaventure des Périers, profitaient d'identiques libertés :

« Mon ami (dit Pierre Faifeu à un cordonnier d'Angers), ne me feras-tu pas bien une paire de bottes pour demain le matin ? — Oui-dà, Monsieur, dit le cordouanier. — Mais je les voudrais avoir une heure avant le jour. — Monsieur, vous les aurez à telle heure et si bon matin que vous voudrez. » Même scène avec un second cordonnier : « Et mes deux cordouaniers travaillèrent toute la nuit environ ces bottes... »

Compagnons et maîtres.

Au temps de la monarchie absolue comme au moyen âge, les statuts des corporations plaçaient les compagnons dansja dépendance des maîtres. Ces statuts étaient comme le code du travail, où les patrons inscrivaient en première ligne leur intérêt personnel et collectif.

Le compagnon n'avait pas le droit de concurrencer les maîtres, soit en travaillant chez lui, — où il ne pouvait même pas apporter ses outils, — soit en travaillant « es chambres des bourgeois ». A Paris, l'ouvrier en orfèvrerie qui travaillait dans sa chambre encourait la peine des galères. Ces mesures sévères existaient encore au xvme siècle : en 1765, à Troyes, raconte M. Babeau, « un bourgeois fait venir chez lui un compagnon tailleur pour qu'il lui fasse un habit à meilleur compte; les gardes, assistés d'huissiers et de commissaires, envahissent le domicile du bourgeois, poursuivent le tail-

Cordonnier.

leur, qui s'enfuit dans le bûcher, déduisent sa culpabilité de son silence, et saisissent, malgré les réclamations du bourgeois , le drap qui est la propriété de ce dernier. »

Mais, en dépit des monopoles et des privilèges, le travail clandestin s'exerçait au profit des compagnons habiles qui avaient réussi à se faire une clientèle sans avoir passé par l'épreuve du chef-d'œuvre et sans avoir supporté les frais de la maîtrise : c'était comme la revanche du travail libre contre le travail privilégié, contre l'esprit des communautés de métiers.

Il était interdit aux compagnons de faire des assemblées, cabales et coalitions. Il leur était interdit de demander des augmentations de salaire. Il leur était interdit de se placer eux-mêmes : ils devaient s'adresser au clerc de la confrérie et acquitter les droits; les maîtres cherchaient ainsi à éviter l'accaparement de la maind'œuvre par quelques-uns d'entre eux.

Il était défendu aux compagnons de porter aucune arme, « soit espées, poignards, longs bois ». Il leur était défendu... mais, en réalité, la liste serait trop longue de tout ce qui était défendu aux compagnons par l'intérêt collectif des maîtres.

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