‹ Histoire du travail et des travailleursChapitre 70 sur 100 · L.-H. Roblin, les Bâcherons du Cher et de la Nièvre · texte numérisé non relu

L.-H. Roblin, les Bâcherons du Cher et de la Nièvre

cullé surgit quand il s'agit des moissonneuses, des faucheuses et des pressoirs, parce que la fenaison, les moissons, les vendanges, se font à la même époque, en peu de temps, et que tous les syndiqués ont besoin des machines au même moment.

C'est le syndicat qui allume les feux contre la gelée, tire le canon contre la grêle, donne la chasse aux hannetons, aux sauterelles, et favorise les progrès de l'enseignement agricole, si nécessaire pour combattre la routine.

Ou bien le syndicat, pour rester dans les limites de la loi de 1884 qui lui interdit le commerce, se transforme en coopérative de vente ou de production1, comme le Syndicat du haut Beaujolais pour les vins, le Syndicat du Comtat (Vaucluse) pour les fraises, le Syndicat de Saint- Genis-Laval (Rhône) pour les pêches, les Syndicats de Roquevaire et de Lascours en Provence pour les câpres confites dans le vinaigre et la pulpe d'abricots, le Syndicat des bouilleurs de cru de Nancy pour les eaux-devie, le Syndicat des jardiniers de Nantes qui expédie en Angleterre, le Syndicat des jardiniers de la région d'Hyères qui expédie à Paris et dans les grandes villes, le Syndicat des primeuristes français qui possède un poste de vente aux Halles de Paris, le Syndicat central des Agriculteurs de France, qui vend directement le bétail sur le marché de la Villette, l'Union agricole de France, ouïes 150 laiteries coopératives, les 500 fromageries, etc.

Quelquefois ils se groupent pour créer des espèces de fédérations de vente, par exemple la « Société coopérative des viticulteurs de Cognac et des Charentes » et 1' « Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou », qui groupe près de 50,000 cultivateurs autour de ses 98 beurreries, et dont les 130,000 vaches fournissent 200 millions de litres de lait et 10 millions de kilos de beurre valant environ 30 millions et expédiés en grande partie vers l'immense marché de Paris.

1. V. André Colliez, Associations agricoles de production et de vente.

TRAVAILLEURS DE LA TERRE AU XIXe SIÈCLE 403

Mais ces coopératives (il y en aurait 2,200 [?]) sont loin de donner des résultats aussi brillants que les coopératives similaires de Suisse, d'Allemagne, d'Irlande et surtout de Danemark1.

Les coopératives de vente et de production (laiteries, beurreries, fruiteries, caves coopératives) ne sont pas les seules « filles » des syndicats : il y a aussi les coopératives de crédit agricole, dont une centaine naquirent après la loi du 5 novembre 1894. En 1899, à l'occasion du renouvellement du privilège de la Banque de France, l'Etat força la banque à mettre 40 millions à la disposition des sociétés de crédit agricole. Ce fonds était de 60 millions en 1902, et il s'accroît chaque année de 5 à 6 millions. Mais le petit cultivateur, routinier, n'aime pas à emprunter, si ce n'est en cachette, et tous ces millions dorment inutilisés.

Il y a en France environ 1,500 caisses locales et régionales ou sociétés de crédit agricole mutuel. Un certain nombre sont groupées autour de deux centres, le Centre fédératif de crédit populaire (Marseille, 1889) et l'Union des caisses rurales (Lyon, 1893). Les prêts ne paraissent pas énormes2.

1. « Le Danemark avec ses associations coopératives rurales pour le beurre, les œufs et le lard. La première en date ne remonte qu'à 1882. Aujourd'hui, il y en a 1,040 qui recueillent le lait dés 850,000 vaches de leurs 150,000 associés, presque tout le lait du pays, et le transforment en 68 millions de kilos de beurre, représentant une valeur de 180 millions de francs. Elles vendent aussi une énorme quantité d'œufs (pour 22 millions de francs), chacun timbré d'un double numéro permettant de retrouver le nom de la Société expéditrice et celui du producteur, afin de pouvoir remonter à la source de toute livraison malhonnête et la punir d'une amende, et pour 55 millions de francs de lard [bacon) provenant des porcs engraissés avec le petit-lait, résidu des mêmes laiteries. Grâce à cette merveilleuse organisation, les paysans danois sont arrivés à conquérir le marché anglais : en fait, ce sont eux qui fournissent à des millions d'Anglais tout leur déjeuner : beurre, œufs et bacon. Et le revenu qu'ils tirent de leurs vaches est doublé, car le litre de lait, qu'ils vendaient de 8 à 9 centimes, leur en rapporte aujourd'hui au moins 15. » (Ch. Gide, Rapport sur l'économie sociale à l'Exposition de 1900, p. 323-324.)

2. Le crédit agricole est très développé en Allemagne, où la première coopérative de crédit rural a été fondéaen 1849 par Raiffeisen. En 1900, les sociétés de crédit agricole ont fait pour 1 milliard 635 millions d'affaires, sans compter celles des sociétés de crédit populaire, type Schulze-Delitzoch,

Les cultivateurs se défendent encore en constituant des sociétés de secours mutuels (6,000), des assurances mutuelles contre la grêle, l'incendie, les épizooties (906 au 1er janvier 1902, 5,000 en 1905).

Aujourd'hui, il y aurait au total 18,000 associations rurales, sans compter les sociétés d'agriculture et les Comices agricoles. En admettant que ce chiffre soit exagéré, il n'en est pas moins vrai que le monde rural s'est résolument engagé, lui aussi, dans la voie de l'association et qu'on a pu écrire avec raison, au moins pour les pays de petites propriétés : « Les associations coopératives seront avec le temps le grand instrument d'émancipation de l'agriculture *...»

Progrès général de l'agriculture

au dix-neuvième siècle.

Si le cultivateur vend moins cher son blé, son vin et ses bœufs gras, il en vend davantage qu'autrefois, et la quantité compense un peu le bon marché.

Ce qui frappe, en effet, même quand on ne fait qu'une revue très rapide de l'agriculture au xixe siècle, c'est l'accroissement considérable des produits et des revenus de la terre. On parle toujours et l'on s'émerveille des progrès de l'industrie, on parle moins et l'on ne s'émerveille pas des progrès de l'agriculture. Pourtant ils sont énormes. Et s'ils frappent moins que ceux de l'industrie, peut-être ne sont-ils pas moins grands. Nous ne savons pas assez ce qui se passe dans les campagnes, bien que la France soit avant tout un pays agricole.

L'agriculture est devenue une science, un art, un métier difficile2.

qui ont un tiers de leur clientèle parmi les ruraux et qui font 2 milliards 800 millions de prêts. Le Parlement français est actuellement saisi d'une proposition de M. Clémentel en vue de subventionner largement les coopératives agricoles de production et de vente, au moyen d'un prélèvement sur la réserve déposée à la Banque de France pour le crédit agricole.

Page 1