E. Guillaumin, En Bourbonnais, p
2. Vers 1850, la population agricole représentait les trois quarts de la population de la France. En 1861, la population agricole était de 19 millions 873,000 habitants. Vingt ans après, en 1881, elle n'était plus que de 18 millions 249,000 : plus d'un million de paysans avaient émigré ! Par contre, la population commerciale était passée, dans le même temps, de 1 million 536,000 habitants à 4 millions 644,000. Une partie des émigrants de la terre s'était portée vers le commerce. On ne connaît pas encore les résultats complets du recensement de 1901, mais on présume que depuis 1881, plus d'un million et demi de cultivateurs ont encore pris, non la « clef des champs », mais la clef des villes.
tout l'hiver pour 40 ou 50 centimes par jour; les brûlantes journées de moisson ne leur rapportaient pas plus de 1 fr. 50. Le blé était encore un luxe : on le paya 40 francs l'hectolitre en 1848. Le pain était cher, et dans les campagnes on mangeait du pain noir : du pain de seigle, et parfois même du pain d'orge. Aujourd'hui, c'est du pain blanc. Les besoins ont augmenté. Le paysan n'ignore plus le goût de la viande ni celui du vin. 11 s'offre quelques douceurs. Il met la « poule au pot ». Il sort, il va au café. Quand l'année est bonne, il s'attable, aux jours de fête, à des repas plantureux auxquels il invite ses amis. Dans certaines régions, il cherche à s'habiller comme les gens de la ville, alors qu'autrefois ses vêtements grossiers étaient faits de la laine de ses moutons et du chanvre filé par la ménagère pendant les longues soirées d'hiver, ou par la bergère au long des haies. Les chaumières ont à peu près disparu, les maisons nouvelles sont mieux bâties, meublées avec un peu plus de confortable. Presque chaque cultivateur a sa voiture, traînée par un âne ou par un cheval; autrefois il allait à pied aux foires lointaines. Aujourd'hui il reçoit le journal, autrefois il ne savait pas lire. Ses fils vont à l'école, quelques-uns terminent leurs études et quittent les champs. Longtemps figé dans l'immobilité et la routine, l'homme des champs se réveille; il cherche dans l'union le remède aux maux dont il souffre, il suit l'exemple des bûcherons du Centre, des agriculteurs de l'Ouest, des vignerons du Midi. L'instruction a pénétré dans les campagnes, et l'on dirait qu'elle allume, sous la cendre des vieilles résignations, le désir légitime d'une vie plus heureuse sur la terre qui donne1.
1. Signe des temps : sur l'initiative du roi d'Italie, il vient d'être fondé (1905) un Institut agricole international, qui a pour but de concentrer, étudier, publier les renseignements statistiques, techniques, économiques concernant la production et le commerce des produits agricoles; de présenter, s'il y a lieu, à l'approbation des gouvernements, des mesures pour la protection des intérêts communs aux agriculteurs et pour l'amélioration de leur condition, etc.