O) MINISTÈRE DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE
Ecoles manuelles d'apprentissage et écoles primaires supérieures professionnelles (loi du 11 décembre 1880). — Pour les filles : à Saint- Chamond et à Melun. Pour les garçons : à Bohain (Aisne), Monthermé (Ardennes), Bar-sur-Seine, Beaucourt (près Belfort), Angoulême, Alais, Aire-sur-1'Adour, Saint-Aignan (Loir-et-Cher), Montbrison, Roanne, Nantes, Clermont-Ferrand, Chalon-sur-Saône, Isle-sur-Sorgue, — fondées et entretenues par les communes, — personnel à la charge de l'Etat, — admission à douze ans, certificat d'études exigé, — 3 ans détudes, — externat gratuit, — internat de 400 à 600 francs. — Ces écoles commencent l'apprentissage, préparent surtout à d'autres écoles professionnelles : écoles d'agriculture, de commerce, arts et métiers, etc.
Ecoles pratiques de commerce et d'industrie (loi du 26 janvier 1892). — Tantôt ce sont des écoles pratiques de commerce : Boulogne-sur- Mer ; tantôt des écoles pratiques d'industrie : Brest, Brive, Boulogne-sur Mer, le Havre, Lille, Marseille, Montbéliard, Morez (Jura), Elbeuf, Firminy, Pont-de-Beauvoisin (Isère), Rennes, Rive-de-Gier, Rouen, Romans, Saint-Chamond, Saint-Didier-la-Seauve (Haute- Loire), Saint-Etienne ; tantôt, à la fois et en général, des écoles pratiques de commerce et d'industrie. Pour les filles : Boulogne-sur-Mer, Nantes, Saint-Étienne, Dijon, Marseille, Reims, Rouen, le Havre ; à l'école du Havre est annexée une section préparatoire au professorat des écoles pratiques de filles ; pour les garçons : Agen, Béziers, Brest, Cette, Clermont-Ferrand, Dijon, Fourmies (Nord), Grenoble.
Limoges, le Mans, Mazamet (Tarn), Marmande, Mende, Narbonne, Nîmes, Reims, Romans, Roanne, Thiers, Vienne. — Ces dernières, divisées en deux sections : section industrielle, section commerciale ; quelquefois il y a une section agricole (Grenoble). — 3 ans d'études, à partir de douze, treize ou quatorze ans, — à peu près mêmes conditions que les précédentes, mais l'enseignement y est plus complet, l'outillage plus perfectionné. — En principe, pas d'internat; — des bourses sont accordées par l'Etat, les départements ou les communes.
Écoles municipales professionnelles de la Ville de Paris : 1° pour les jeunes gens : Ecole Diderot, pour le travail du bois et des métaux; Ecole Boulle, pour les arts et industries de l'ameublement; Ecole Estienne, pour les arts et industries du livre; Ecole Germain-Pilon, pour le dessin pratique ; Ecole Bernard-Palissy ; peinture décorative, sculpture, céramique, dessins pour étoffes et ameublements ; Ecole de physique et de chimie; Ecole Dorian, pensionnat primaire réservé aux orphelins, aux enfants assistés, etc., où l'enseignement professionnel est moins spécialisé que dans les précédentes, comprenant : la mécanique, le tournage, la menuiserie, la forge et la ferronnerie ; 2° pour les jeunes filles (couture, taille, modes, etc., en général pour tout le vêtement féminin), six écoles professionnelles et ménagères. — Trois ans d'études, sauf pour les élèves qui apprennent la peinture ou le dessin industriel, — entrée après concours, avec certificat d'études , de treize à quinze ans, — - enseignement gratuit.
Ecole d'horlogerie, à Paris (1891) : appartient à une société reconnue d'utilité publique, subventionnée par l'Etat; — admission à treize ans, — 4 ans d'apprentissage ; — rétribution, 400 francs.
Ecole nationale d'horlogerie : à Cluses (Haute-Savoie), depuis 1848, et à Besançon (municipale 1883, nationale 1891). Forment des fabricants, chefs d'ateliers, artisans, ouvriers capables de construire des mécanismes de haute précision. — Les candidats doivent avoir le certificat d'études. — 3 ans d'apprentissage. — Pension, environ 600 francs.
Ecole nationale d'apprentissage : à Dellys (Algérie). — Fondée en 1864. — Forme des ouvriers habiles, français et indigènes, pour les principaux métiers qui travaillent le fer et le bois ; — entrée après concours. — 3 ans d'apprentissage, — de quatorze-dix-sept à dixsept-vingt ans. — Pension, 400 francs.
Ecoles nationales professionnelles, ouvertes à Voiron (1886), Vierzon (1887), Armentières (1887), Nantes (1898), — fondées par l'Etat pour servir de modèles aux communes, aux départements et à l'initiative privée (application de la loi du 11 décembre 1880). — 3 ou 4 ans d'études à partir de douze ans ; entrée après concours. — Très prospères : en moyenne 300 ou 400 élèves qui se placent facilement dans l'industrie, entrent à la flotte, aux arts et métiers, etc. —
Enseignement gratuit. Pensions d'externat (école d'Armentières) : lre année, 500 fr. ; 2e année, 550 fr. ; 3° année, section normale, 550 fr.; section spéciale (préparatoire aux arts et métiers), 600 fr. — Bourses. — Une section préparatoire est annexée à l'école d'Armentières. Elle remplace l'ancienne école primaire qui existe encore à Voiron et composait, avec l'école maternelle et l'école primaire supérieure, le groupe scolaire stipulé par les décrets de création (1881 et 1882).
Écoles nationales d'arts et métiers : à Châlons-sur-Marne (fondée à Liancourt, en 1788, par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, transportée à Compiègne et déclarée nationale en 1799, à Chàlons en 1806; Angers (1815, ancienne école de Baupréau, 1884); Aix (1843); Lille (créée en 1881, ouverte en 1900) ; Gluny (ancienne école nationale pratique d'ouvriers et de contremaîtres, fondée en 1891, à la place de l'ancienne école normale de l'enseignement secondaire spécial). — Forment des ouvriers habiles, des contremaîtres, chefs de service, chefs d'ateliers, ingénieurs. Ouvrent à leurs élèves, outre les bons postes de l'industrie, les chemins de fer, le génie militaire, le corps des mécaniciens de la flotte, etc. — 3 ans d'études, de quinze-dix-sept ans à dix-huit-vingt ans; concours d'entrée; régime de l'internat; pension, 600 fr. ; bourses, diplômes de fin d'études comme dans la plupart des écoles professionnelles. — On reproche à ces écoles d'être en retard sur la rapide évolution industrielle, de posséder un matériel vieux jeu et de pratiquer des méthodes désuètes. Pourtant, l'école de Lille comprend un atelier nouveau pourvu d'une collection complète des métiers à tisser et à filer, employés dans les usines les plus perfectionnées de la région du Nord et d'Angleterre. — A l'école de Chàlons est annexée une section normale (1891) qui prépare des professeurs pour les écoles pratiques d'industrie (2 ans d'études).
Je signale enfin pour mémoire, au degré supérieur :
L' Ecole centrale des arts et manufactures, à Paris (privée 1829, à l'Etat depuis 1857), qui forme des ingénieurs pour toutes les industries. C'est l'Ecole normale supérieure de l'industrie.
Le Conservatoire national des arts et métiers (fondé par la Convention en 1794). C'est le Collège de France de l'industrie. C'en est aussi le Musée, l'exposition permanente : machines, brevets d'invention, etc.
h' Institut industriel du Nord.
L 'Ecole supérieure professionnelle des postes et télégraphes.
Et les écoles supérieures de commerce : ouvertes par l'initiative privée, reconnues par l'Etat en 1890. — Il y en a 14 : Paris (1820), le Havre (1871), Lyon et Marseille (1872), Bordeaux (1874), Ecole des hautes études commerciales de Paris (1881), Institut commercial de Paris (1884), Lille (1892), Rouen (1895), Nancy (1896), Montpellier (1897), Nantes, Dijon, Alger. — Entrée à seize ans au moins,
après concours ; — ens eignement payant, très cher, pour bourgeois ; bourses de l'État. — 2 ans d'études en général; — diplôme. — Les programmes sont variables et adaptés aux régions. Un exemple suffira à caractériser les études : l'Ecole supérieure de commerce de Lyon est divisée en trois sections : 1° commerce général et banque; 2° commerce des soieries; 3° commerce des produits chimiques.
En d'autres écoles on étudie encore les tarifs de chemins de fer,
les armements maritimes, la marine marchande, la navigation, la sténographie, etc., toutes études pratiques. — Ces écoles préparent aux « affaires » (banque, commerce, industrie), aux carrières consulaire et administrative. — A l'Ecole des hautes études commerciales de Paris est annexée une section normale pour la préparation au professorat des écoles pratiques de commerce.
b) AUTRES MINISTÈRES
Ministère des travaux publics. — Deux écoles de maîtres ouvriers mineurs à Alais et à Douai, deux ans d'études à partir de dix-huit ans. — Je laisse de côté l'Ecole nationale des mines de Saint-Etienne, l'Ecole nationale supérieure des mines de Paris et TEcole des ponts et chaussées, qui ne forment que des ingénieurs et des fonctionnaires.
Ministère de la marine. — Les Ecoles de maistrance : 1° supérieure : à Brest pour les ouvriers et chefs ouvriers des arsenaux qui y entrent après concours; enseignement de quatorze mois, spécial aux constructions navales; 2° secondaires : dans chacun des ports militaires, pour les ouvriers de troisième classe, treize mois d'études pratiques; une section pour les charpentiers, une pour les mécaniciens. — Ecole des pupilles de la marine, à la Villeneuve-en- Grulers (Finistère); instruction primaire de sept à quatorze ans ; prépare à l'apprentissage ou à V Ecole des mousses de Brest, dont une section prépare aux Ecoles des mécaniciens de la flotte : une dans chaque port militaire; sont admis, de seize à vingt-quatre ans, ceux qui ont exercé les professions d'ajusteurs, forgerons, seri'uriers, etc., et les élèves des écoles professionnelles.
Parmi les autres écoles techniques de la marine : Ecoles des pilotes, des timoniers, des gabiers, de voilerie, de chauffe, etc., pour les apprentis marins.
A signaler aussi la récente création (1899) des Ecoles d'enseignement technique des pêches maritimes (Boulogne-sur-Mer, Dieppe, la Rochelle, Marseille, etc.
Ministère de l'instruction publique. — On cite parfois les écoles primaires supérieures parmi les écoles professionnelles; c'est contestable.
A citer, en dehors d'elles, parmi les écoles techniques de l'instruction publique : l'Ecole nationale des arts décoratifs, à Paris ;
LA FEIiME ET L'ENFANT DANS i/lNDUSTRIE 459
YEcole de la manufacture nationale des Gobelins, Y Ecole d'art dé-r coratif de la manufacture de Beauvais, ces deux dernières pour la tapisserie; YEcole de céramique, annexée à la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres, forme des artistes et des artisans céramistes, des directeurs chefs d'ateliers, décorateurs, ouvriers d'élite.
2° Écoles techniques libres, cours de dessin et de perfectionnement (initiative privée, départementale, communale, syndicale).
Il serait trop long et vraiment trop fastidieux de donner la liste de tous ces établissements qui portent l'enseignement hors du passé vers le présent et l'avenir, hors des inutilités, vers la production et la vie pratique1.
Il y a, en effet, en France, de nombreux cours de perfectionnement organisés par les syndicats ouvriers isolés ou les Bourses du travail. Quelques exemples à Paris : cours de dessin professionnel appliqué à la coupe des bois de la Fédération des ouvriers charpentiers de la Seine; cours professionnels du Syndicat des ouvriers charrons de la Seine; des ouvriers tailleurs et scieurs de pierre et des ouvriers en fumisterie; des ouvriers en voitures; du Syndicat typographique; de l'Union centrale des chauffeurs, conducteurs et mécaniciens ; du Syndicat des employés de commerce ; Ecole professionnelle de maréchalerie; Ecole professionnelle de la Chambre syndicale des ouvriers passementiers à la barre; Ecole professionnelle de boulangerie; Ecole parisienne de coiffure; Ecole professionnelle de cordonnerie; Ecole professionnelle de menuiserie; Ecole professionnelle ouvrière de l'ameublement, etc. — En province : cours professionnels des Bourses du travail d'Angoulème, Garcassonne, Marseille, Cognac, Dijon, Périgueux, Nîmes, Toulouse, Bordeaux, Blois, Saint-Etienne, Glermont-Ferrand, Nantes, Saint-Nazaire, Cherbourg, Nevers, Lyon, Toulon, Limoges, etc.
Il y a aussi de nombreux cours organisés parles industriels et les syndicats patronaux : entrepreneurs de maçonnerie ; de charpentes; de couverture, plomberie, assainissement; de menuiserie et parquets; de serrurerie et constructions en fer; — de la Ville de Paris et du département de la Seine ; patronage industriel des enfants de l'ébénisterie ; patronage des apprentis-décorateurs (Paris) ; Société d'instruction professionnelle de carrosserie, à Paris ; cours de la Compagnie des chemins de fer du Nord, etc., etc.
Il y a de nombreuses associations polytechniques, philotechniques et philomatiques (Paris, Asnières, Courbevoie, Bois-Colombes, Pu-
1. On en trouvera une liste, d'ailleurs incomplète, dans Y Enseignement technique en France, t. IV et V de l'Etude officielle publiée en 1900.
teaux, Suresnes, Boulogne-sur-Seine, la Garenne, Issy-les-Moulineaux, Levallois-Perret, Pantin, Saint-Denis, Noisy-le-Sec, Saint- Maur-les-Fossés, Meaux, Lagny, Fargniers (Aisne), Bernay, Valence, Bordeaux, Libourne, Orléans, Nantes, Senlis, Creil, Noyon, Arras, Perpignan, etc.), et toutes ces sociétés ont organisé des cours techniques et professionnels.
Il y a de nombreux cours municipaux de dessin (Paris, 1er, 2e, 6e, 7e, 10e, 16e, 17e, 18e, 19e arrondissements ; Niort, Epinal, Rambervillers, Saint-Dié, Privas, Moulins, Bar-sur-Seine, Nogent-sur- Seine, Troyes, la Rochelle, Rochefort, Bourges, Pelletin, Saint- Chamond, Ghaumont, Langres, Laval, Bar-le-Duc, Cambrai, Belfort, Lyon, etc.).
Il y a des écoles départementales (Ecoles professionnelle et ménagère d'Yzeure (Allier) ; des écoles municipales (Ecoles de la Martinière, garçons et filles, de Lyon ; Ecole municipale de tissage et de broderie, de Lyon ; Ecole industrielle de Fiers ; Ecoles académiques de Douai ; Ecole municipale des beaux-arts et de l'industrie," du Puy ; Ecole régionale des arts industriels, de Saint-Etienne ; Ecole de chimie et de teinture, de Saint-Etienne ; Ecole des beaux-arts et des sciences industrielles, de Toulouse; Ecole de fabrique, de Nîmes; Ecole municipale de menuiserie, charpente, coupe de pierre et mécanique, de Troyes ; Ecole municipale de tissage, de Sedan ; Ecole municipale professionnelle Salicis, de Montluçon, etc.),
Il y a des cours d'horlogerie, de coiffure, de dentelles, de sténographie, de comptabilité, de législation commerciale, de langues étrangères, de stéréotomie, de bijouterie, de bonneterie, de filetage mécanique, d'hydrographie, de physique et de chimie ; il y a des cours professionnels du soir; bref, une multitude d'établissements d'enseignement technique, si peu connus qu'ils ne le sont pas toujours des habitants des villes où ils se trouvent !
3° Écoles d'agriculture.
On entend ordinairement par « écoles professionnelles » les écoles de commerce ou d'industrie, surtout les écoles d'industrie dont nous nous occupons ici particulièrement. Mais les écoles d'agriculture sont également des écoles professionnelles techniques. Nous devons du moins les citer. Au degré supérieur : l'Institut agronomique de Paris, l'Ecole nationale forestière de Nancy et les Ecoles vétérinaires. Au degré secondaire : les trois Ecoles nationales d'agriculture de Grignon, Rennes, Montpellier; l'Ecole: des industries agricoles et des cultures industrielles de Douai; l'Ecole nationale d'horticulture de Versailles et l'Ecole coloniale d'agriculture de Tunis. Puis, au 3e degré, les écoles pratiques d'agriculture, viticulture, horticulture, au nombre de 35 ; deux écoles pratiques d'irrigation et de drainage ; quatre écoles spéciales de viticulture ; l'Ecole
LA FEMME ET L'ENFANT DANS L'iNDUSTRIE 461
nationale d'industrie laitière de Mamirolle (Doubs) ; une école de laiterie et fromagerie ; deux écoles de laiterie pour filles ; deux écoles d'aviculture. Enfin, parmi les établissements de pratique pure et d'apprentissage, treize fermes-écoles, une magnanerie-école, treize fromageries-écoles, neuf fruiteries-écoles, deux écoles primaires agricoles ; la Station piscicole de Nid-du-Verdier, etc. Quant aux professeurs départementaux et spéciaux d'agriculture, ils sont comme autant d'écoles vivantes qui se transportent elles-mêmes auprès des « élèves », je veux dire des cultivateurs.
Une école professionnelle. — L'enseignement.
Mais revenons aux écoles d'industrie, et précisons.
Celles qui nous intéressent, en dehors des cours professionnels syndicaux, ce sont les écoles pratiques. Qu'est-ce exactement qu'une école pratique d'industrie ? Pour, le savoir, entrons à l'Ecole nationale professionnelle d'Armentières.
L'Ecole d'Armentières, comme les trois autres écoles nationales professionnelles, a été fondée par l'Etat pour servir de modèle aux écoles manuelles d'apprentissage créées par la loi de 1880.
Étant donné le personnel et les puissants moyens dont il dispose, écrit M. Martel, inspecteur général de l'instructionpublique, l'Etat devait lui-même mettre en pratique le nouvel enseignement, organiser une école modèle qui servît de type aux établissements de même nature que voudraient ouvrir les départements , les communes et les associations libres, encourager ainsi l'initiative et les efforts privés.
Créée en 1881, ouverte en 1887. Elle avait coûté deux millions. Aujourd'hui, avec les acquisitions nouvelles, ses bâtiments et son matériel valent trois millions. Comment une Bourse du travail pourrait-elle fonder une pareille usine ? Point d'interrogation très grave. Et encore, malgré les agrandissements, malgré la suppression de l'école maternelle et de l'école primaire y annexées, l'école est-elle trop petite. Elle a environ 400 élèves, dont plus de 300 internes. Au concours d'entrée de 1903, on a dû refuser la moitié des candidats.
Pourtant elle occupe 40,000 mètres carrés de superficie, 12,000 couverts, 28,000 en cours et jardin. Son installation matérielle est excellente. Les bâtiments sont neufs,*vastes, bien éclairés, bien aérés. Il y a neuf salles d'études, une pour chaque section (une section préparatoire, trois sections de lre année, deux de 2e année, deux de 3e année, une de 4e année). Ces salles sont également utilisées pour l'enseignement des lettres et des mathématiques. La salle de physique et celle de chimie sont disposées en amphithéâtre. A côté, un cabinet de physique, un laboratoire de chimie, une salle de manipulations. Les manipulations sont orientées vers l'industrie. Il y a trois salles de dessin, deux pour le dessin industriel, une pour le dessin d'imitation. Outre la bibliothèque générale du personnel, il y a neuf bibliothèques « de quartier » pour les élèves (2,224 volumes au 1er janvier 1904). En 3e et 4e année, ces bibliothèques d'élèves comprennent, à côté des ouvrages littéraires, des livres de technologie, mécanique, physique, chimie, électricité, appropriés à l'enseignement technique.
Un musée technologique très complet est pourvu des appareils et des objets les plus variés destinés à la démonstration des cours scientifiques et techniques professés dans l'établissement. Est-on, au cours d'une classe, amené à parler d'une transformation de mouvement ou d'un organe de machine, les appareils se rapportant aux explications du professeur sont immédiatement placés, avec dessins à l'appui, sous les yeux des élèves, et ceux-ci les examinent, les démontent, les remontent, les manipulent tout à leur aise, de façon à se bien rendre compte expérimentalement de leur construction et de leur fonctionnement.
A côté, une « salle des travaux » est une exposition permanente des travaux exécutés par les élèves.
Les ateliers de l'école comprennent : l°la stfille du générateur et du moteur (à vapeur, 30 chevaux, système Wheelock); — 2° Y atelier de moulage- fonderie ; — 3° le laboratoire d'électricité ; — 4° X atelier de tissage, subdivisé en atelier & échantillonnage (18 petits métiers à main, 1 grand
métier à main et différents appareils destinés à des expériences sur la qualité des fils et des tissus) et en atelier de tissage mécanique (1 bobinoir, 2 ourdissoirs, 1 pareuse, 1 canetière, 9 métiers de divers systèmes pourvus de mécanique Jaequart ou de ratières, 3 métiers Northrop; — 5° Y atelier de menuiserie et de modèles de fonderie (14 établis outillés, 10 tours à bras dont 1 à torser, 3 scieries mécaniques, etc.); — 6° Y atelier d'ajustage (134 étaux outillés, 2 machines à percer, etc.) ; — 7° Y atelier de forge et de serrurerie d'art (2 forges de campagne, etc.); — 8° Y atelier des machines-outils (24 tours ordinaires ou à décolleter, à charioter et à fileter, 4 machines à percer, dont une radiale, 2 raboteuses, dont une de 2 m. 10 de course (sur fer), 1 étau limeur, etc.)1.
Dans ses ateliers, l'école forme donc des menuisiers des modeleurs, des tisseurs, des ajusteurs, des monteurs mécaniciens, des monteurs- électriciens, des forgerons des dessinateurs, etc. Les élèves de première année pas sent successivement cinq mois dans les ateliers du fer En deuxième année, ils optent et ne changent plus.
L'apprentissage par l'école ayant été organisé pour réagir contre îa spécialisation à outrance que les lois économiques imposent au producteur, mais qui amoindrit intellectuellement l'ouvrier et le met à la merci des crises résultant des inventions, les élèves de l'école ne pratiquent pas la division du travail. Ils font toutes les opérations que comporte la complète exécution des pièces dont ils sont chargés. Un ajusteur, par exemple, n'est pas constamment attaché à l'étau, il a été au marbre pour le traçage; il passe, quand besoin est, aux tours ou aux machines-outils ; il affûte et trempe ses outils.
Cet enseignement directement professionnel est complété, en quatrième année, par des visites d'usines.
L'enseignement général comprend : les mathématiques (arithmétique, algèbre, géométrie, géométrie descriptive,
1. A signaler parmi les autres locaux : le pavillon isolé de l'infirmerie, avec chambres d'isolement; — la buanderie, où l'on procède au lavage et au repassage mécanique du linge des élèves; — la salle des bains-douches — la salle de gymnastique.
trigonométrie), — la mécanique, — la technologie, — la physique générale et industrielle, — la chimie générale et industrielle, — le dessin géométrique et industriel, — le dessin d'ornement, — la comptabilité, — la langue française (grammaire, lecture et récitation, rédaction), — l'histoire (depuis 1610), — la géographie universelle, — des éléments d'économie industrielle, — des éléments d'hygiène, — l'écriture, l'instruction morale et civique. L'anglais ou l'allemand, la musique, la gymnastique, sont facultatifs.
Tels sont les commencements d'une œuvre à qui l'avenir appartient. Nous évoluons de plus en plus vers l'organisation du travail: la société industrielle, en marchant, laisse tomber les oisifs et les improductifs ; rien d'étonnant alors que l'enseignement à tous ses degrés s'oriente nettement vers le travail productif.
L'enseignement technique organisé par l'Etat, par les communes, par les syndicats, est appelé à prendre un développement considérable et à remplacer l'apprentissage dans les ateliers patronaux. Parti des grands centres, il se répandra dans les petits, on le verra envahir les campagnes, et partout il s'adaptera, il devra s'adapter aux travaux locaux. Il sera l'indispensable complément de l'instruction élémentaire, qui, elle aussi, devra prendre la couleur locale. Et l'enseignement secondaire suivra. Ainsi se dessine l'évolution générale de l'enseignement sous la nécessité économique de la production et de l'organisation du travail.