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Cf. le Mouvement socialiste, l«r novembre

La Confédération comprend donc deux sections : celle des Bourses et celle des fédérations nationales. A la tête de chacune de ces sections, il y a un comité constitué par les délégués directs et révocables des organisations adhérentes. Le Comité confédéral, sorte de comité exécutif du syndicalisme français, est formé par la réunion de ces deux comités. Au Comité confédéral incombe la propagande tout à fait générale : ainsi c'est lui qui organisa en 1904 l'agitation en vue de la suppression des bureaux de placement. La Confédération du travail définit elle-même son but dans l'article premier de ses statuts : « Elle groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat. »

L'action syndicale.

Telle est l'organisation syndicale, tel est son but. Quels sont ses moyens ? Dans son rapport sur Y Économie sociale à l'Exposition de 1900, M. Gide ramène à cinq règles essentielles la tactique syndicale :

1° La substitution du contrat collectif aux contrats individuels, le syndicat traitant avec un ou plusieurs patrons au nom de tous les ouvriers. « Le taux du salaire n'est plus déterminé par le simple fait qu'un homme n'a pas dîné depuis deux jours, mais par l'état du marché. » Mais on a vu les répugnances patronales à traiter avec les ouvriers par l'intermédiaire des syndicats. Néanmoins l'action syndicale cherche en ce domaine à établir des rapports juridiques nouveaux.

2° « C'est sous la forme d'un tarif uniforme fixé par tous les ouvriers de la profession que cette intervention se manifeste. » En 1889, un tarif uniforme avait été établi dans toutes les industries textiles de la vallée de la Lys; et les syndicats textiles, appuyés par la Fédération nationale textile, soutinrent les longues grèves de fin 1903 et des premiers mois 1904, au nom du tarif.

Une application du tarif et du contrat collectif, c'est le travail en commandite (typographie, Imprimerie natio-

l'action OUVRIÈRE AU XIXe SIÈCLE 519

nale, cristallerie de Baccarat). La commandite est un contrat intervenu entre un patron et une équipe d'ouvriers se chargeant de faire un travail déterminé pour un prix déterminé. Les ouvriers de l'équipe se partagent ensuite ce prix, soit en parties égales, soit au prorata du travail de chacun. La commandite est une sorte de petite association coopérative de production temporaire.

Elle n'est pas encore assez généralisée pour qu'on puisse en apprécier la valeur historique. M. Gide dit qu' « il est probable que l'avenir lui réserve une grande place », car l'ouvrier y trouve plus d'indépendance, et le patron son compte. Au lieu d'être temporaire et limitée, la commandite deviendrait permanente et illimitée, « le patron fournissant matières premières, machines, locaux, etc., les ouvriers fournissant non seulement la maind'œuvre, mais l'administration, le contrôle et la responsabilité des travaux ». Mais avec ces rêves nous sortons de l'histoire.

3° La limitation du nombre des apprentis est un moyen que les syndicats, notamment ceux du livre, emploient pour empêcher l'avilissement des salaires. Mais cette arme n'a guère de portée, car l'apprentissage disparaît de plus en plus.

4° Le boycottage (du nom de sa première victime Boycott), ou mise à l'index par la classe ouvrière des produits fabriqués par les patrons qui refusent d'accepter les conditions réclamées par les syndicats. Mais, pour occasionner des pertes sensibles, cette action doit englober de vastes organisations. Voilà pourquoi elle est beaucoup plus pratiquée en Amérique qu'en France.

Le boycottage a pour contre-partie le label, marque syndicale apposée sur les produits des maisons qui se conforment aux tarifs syndicaux. C'est ainsi qu'on peut voir sur certains journaux, à la dernière page, le label de la Fédération du livre. Le label fut inventé en Amérique par les cigariers de l'Illinois, en 1874. Mais ce procédé ne peut être efficace que s'il est appuyé, lui aussi,

sur les masses profondes de la classe ouvrière et des consommateurs.

Enfin 5° la grève. Et nous avons vu qu'à la grève partielle il faut ajouter la grève générale, au moins en théorie, de même qu'il faut ajouter aux cinq règles de tactique syndicale, la propagande générale en faveur de l'action syndicale, la propagande spéciale faite auprès des jeunes soldats pour éviter qu'aux jours de grève ils tirent sur les ouvriers, la pression exercée auprès des hommes politiques et des pouvoirs publics, l'éducation générale technique et professionnelle, qui, d'après les syndicalistes, doit permettre à la classe ouvrière de prendre plus tard la direction de la production.

C'est en ce sens que le syndicat ouvrier est un élément de profonde transformation sociale, la cellule de l'organisation nouvelle du travail1.

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