Ch. Gide, Principes d'économie politique, p. 567 et suiv
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coopérative des associations ouvrières de production, en la dotant de 50,000 francs. Pourtant elles ont fait preuve d'esprit d'organisation.
Le plus grand nombre d'entre elles, dit M. 'Gide, ont su se grouper autour de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production (1884) et se conformer aux règles que celle-ci, gardienne de l'idéal coopératif, impose à ses adhérents, notamment en ce qui concerne la prépondérance qui doit être conservée à l'élément ouvrier dans la direction de la société , l'obligation de faire participer aux bénéfices (au moins pour 25 p. 100) les ouvriers simples auxiliaires qui ne sont pas associés, et l'obligation de consacrer une certaine part de profit à des œuvres de solidarité, de propagande ou d'émancipation sociale.
Mais la plupart de ces coopératives ont abandonné l'idéal d'autrefois. Ainsi l'association des Charpentiers de Paris donne à son directeur, élu pour 15 ans, autant à lui seul qu'à tous les ouvriers réunis; l'association des peintres le Travail alloue 40 p. 100 des bénéfices au capital-actions et 13 p. 100 à la direction; la Mine aux mineurs (1891) de Monthieux (Loire), dont on a tant parlé, est devenue une société patronale occupant des salariés.
Seules quelques sociétés, par leur constitution égalitaire, sont quelque chose de nouveau dans la société actuelle : les « Ouvriers lanterniers » de Paris, où tous les bénéfices sont répartis également entre les associés, gérant compris; les « Ferblantiers réunis », 50 p. 100 aux ouvriers, 25 p. 100 pour leur retraite, 25 p. 100 à la réserve; la « Cordonnerie communiste » de Paris, les typographes de 1' « Emancipatrice », la Mine des Petits-Châteaux, la Verrerie ouvrière d'Albi, etc.
Le Familistère de Guise.
Des coopératives de production inégalitaires, il faut rapprocher la copartnership ou association des ouvriers à l'entreprise patronale.
C'est généralement par la participation aux bénéfices1,
1. « La participation aux bénéfices, telle qu'elle se pratique ordinairement
genre de patronage, que débute cette association. Si, en effet, la part des bénéfices attribuée aux ouvriers a été transformée en actions, voilà les ouvriers associés à l'entreprise : c'est précisément ce que les Anglais appellent copartnersJdp. Ce n'est pas une association provenant de l'initiative ouvrière.
Supposons, dit M. Gide dans son Rapport sur l'Economie sociale à l'Exposition de 1900, que chaque année, si la participation aux bénéfices est considérable, le nombre des actions aille grandissant : un jour viendra nécessairement, si aucnne limitation n'a été imposée par le patron, où, par le jeu automatique de la participation, toutes les actions représentatives du capital social auront passé entre les mains des ouvriers et où le patron se sera laissé pacifiquement exproprier.
Telle a été l'histoire du Familistère de Guise et des maisons qui se sont inspirées de son exemple. C'est en 1846 que Godin avait fondé à Guise son usine pour la fabrication d'appareils de chauffage. Ce fut en 1859 qu'il commença à bâtir ses palais, en s'inspirant des plans de Fourier, pour son phalanstère, et en 1876 il avait institué au profit de ses ouvriers la participation simple. Mais ce fut en 1880 seulement qu'il imagina le système de vente de son établissement à ses ouvriers, vente pour laquelle, d'ailleurs, les ouvriers n'avaient rien à débourser, puisque le prix était payé avec les bénéfices qui leur étaient attribués. La valeur de l'usine fut évaluée, à cette date, à 4,600,000 francs. La part annuelle de bénéfices revenant aux ouvriers n'étant encore à cette époque que 200,000 francs, il aurait fallu assez longtemps pour que le transfert fût opéré en totalité; mais les délais furent très abrégés, car en 1888 Godin mourut et légua à ses ouvriers, c'est-à-dire à l'association, les
(88 maisons en France, 227 dans le monde en 1900), a une valeur sociale contestée. On a calculé que, pour l'année 1899, elle n'a élevé en France les salaires que de 9 p. 100, environ 30 à 35 cent, par jour et par ouvrier. Et cependant certains crient miracle à propos de la participation. M. Delombre a dit très justement : « Nous avons défini la participation aux bénéfices : « Un contrat de salaire amélioré. Ce n'est pas autre chose. » Il arrive que les industriels associent leurs ouvriers à l'entreprise, soit pour les inviter à produire davantage, — et alors la participation n'est qu' « un simple sup- « plément de salaire pour un supplément de travail », — soit pour éviter la grève. (« Jamais, depuis 60 ans d'existence, la pensée d'une grève n'a germé « dans l'âme de l'ouvrier, » dit M. Laroche-Joubert, directeur de la papeterie où fonctionne la participation), soit enfin pour détourner l'ouvrier des idées de lutte de classe et des entreprises propagandistes : « Pour la plupart de « nos ouvriers, la lutte des classes est devenue un mot vide de sens, » disais la maison Delbraize, de Bruxelles. » (Gide, Rapport.)
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3,100,000 francs qui restaient à solder. Depuis lors, le capital a beaucoup augmenté; il a été élevé nominalement à 5 millions de francs, mais sa valeur réelle, au 30 juin 1901 , était de 16,087,490 fr. Ce grand établissement industriel appartient aujourdhui tout entier aux 1,800 ouvriers de l'établissement de Guise et de sa succursale de Scbaerberk. Et, naturellement, ce sont ces ouvriers aussi qui gouvernent et qui se partagent les bénéfices : 321,418 francs pour l'exercice 1901, mais ils ont été parfois plus considérables.
Mais si les ouvriers, une fois devenus actionnaires, restaient définitivement propriétaires de leurs actions, ils deviendraient de petits capitalistes, qui emporteraient, en se retirant, ou transmettraient à leurs héritiers tout le capital de l'entreprise, en sorte que celle-ci retomberait sous le régime du travail salarié. Le but serait manqué. Le mécanisme n'aurait rien fait, sinon convertir un grand patron en une légion de petits patrons : cela n'en vaudrait pas la peine. Pour éviter ce danger, les actions ne doivent rester entre les mains de l'ouvrier qu'aussi longtemps que lui-même reste dans la fabrique; quand il se retire, elles lui sont remboursées par la société, qui les garde pour les transmettre à celui qui prend sa place. Ainsi le capital reste toujours associé au travail.
Ces associés ne sont cependant pas tous sur le même rang, ni pour la quote-part dans les bénéfices, ni pour la direction. Ils sont divisés en trois catégories : les associés, les sociétaires et les participants. Les premiers seuls constituent l'assemblée des actionnaires et ont droit à double part, les seconds à une part et demie. Il y a aussi les auxiliaires, qui travaillent dans l'usine, mais ne participent pas encore aux bénéfices, — il faut au moins un an de stage, — et les intéressés, qui, à l'inverse, ne travaillent pas dans l'usine et cependant participent aux bénéfices : ce sont des personnes qui, à divers titres (notamment comme héritiers personnels de Godin), ont conservé certains droits sur les fonds.
La répartition des bénéfices se fait à peu près selon la formule connue de Fourier, entre le travail, le capital et le talent : 37,5 p. 100 au premier, 37,5 p. 100 au deuxième et 25 p. 100 au troisième (qui est présumé être représenté par la gérance). Les détails sont compliqués. Nous ne pouvons les indiquer ici, mais il y a pourtant une règle très originale qui vaut la peine qu'on la signale. C'est que, contrairement à la règle classique en cas de participation, qui met dans un des plateaux de la balance tout le capital et dans l'autre tout le montant des salaires, on ne met ici, dans la balance, que l'intérêt du capital. Godin estimait que le service rendu par le capital doit être mesuré par l'intérêt, comme le service rendu par le travail l'est par le salaire. 11 est clair que ce nouveau système de répartition réduit énormément la part du capital et accroît d'autant celle du travail. Ainsi, au lieu de faire le partage entre un capital de 4,800,000 d'une part, et une somme de salaires de
2,436,000 francs d'autre part, ce qui aurait donné environ deux tiers au capital et un tiers aux salaires, on a fait le partage entre 240,000 francs, représentant l'intérêt du capital, et 2,436,000 fr. de salaires, ce qui a donné moins d'un dixième pour le capital et plus de neuf dixièmes pour le travail.
On a souvent dit que le Familistère de Guise n'était qu'un création individuelle et ne survivrait pas à son fondateur. La prédiction a été démentie par les faits, car, depuis seize ans que Godin est mort, son entreprise n'a fait-que se développer. 11 faut avouer cependant que, si elle a progressé commercialement, elle tend à devenir surtout une affaire, a business, et qu'elle se désintéresse de plus en plus du mouvement coopératif1.
Une coopérative de consommation.
Jusqu'ici, ce sont les coopératives de consommation qui ont rendu, dans les centres populeux, les plus grands services à la classe ouvrière. Elles sont d'ailleurs plus faciles à organiser que les coopératives de production, car elles nécessitent moins de capitaux et ne subissent pas d'aléa. Mais qu'est-ce qu'une coopérative de consommation ?
Une ménagère achète deux litres de vin par jour chez l'épicier ou le marchand de vins : elle dépense ainsi vingthuit sous par jour, et son vin est baptisé, frelaté, mauvais.
1. La maison fondée par Leclaire, le premier expérimentateur de la participation aux bénéfices, aujourd'hui maison Redouly, Valmé et Cie, n'est pas plus que le Familistère une coopérative de production. Les ouvriers touchent 50 p. 100 de bénéfices, les trois gérants 18,75 p. 100 ; 31,25 p. 100 sont versés dans une caisse de secours mutuels qui sert des indemnités en cas de maladie et des pensions de retraite. Leclaire imagina cette ingénieuse combinaison dans la crainte que les ouvriers, une fois devenus copropriétaires de l'entreprise, ne songeassent à se la partager et à détruire ainsi son œuvre.
On sait que le Bon Marché, qui fait le chiffre énorme de 150 millions d'affaires par au, a été transféré par Mrae Boucicaut à ses employés. Aujourd'hui, tout le capital social appartient à 800 employés ou anciens employés sur 3,000 environ qu'occupe la maison. Ce n'est donc, en aucune façon, une coopérative. C'est une société par actions ordinaire Emises en 1880, à 50,000 francs, ces actions rapportent annuellement 18,000 francs et sont cotées 320,000 francs à la « Bourse » intérieure du Bon Marché. Elles ont été divisées en 8 parts dont chacune trouve aisément preneur à 40,000 francs et rapporte 2,000 francs. La participation aux bénéfices est pratiquée dans l'établissement, mais sans quantum déterminé, et les parts de bénéfices sont converties en titres d'épargne, non en actions. (V. d'àvenel, Mécanisme de la vie moderne: les Magasins de nouveautés.)
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Le bourgeois d'à côté, qui a de l'argent, achète directement au vigneron un fût de 220 litres qui, rendu en cave, lui revient à 130 fr. Le bourgeois paye en gros 59 cent, le litre de vin naturel ; la ménagère paye au détail 70 cent, le litre de vin à la fuchsine. Si elle pouvait obtenir le même vin que le bourgeois et aux mêmes conditions, elle économiserait d'abord 22 cent, par jour, 80 fr. 30 par an, et peut-être aussi des frais de maladie. Mais, pour faire ces économies d'argent et de santé, il faudrait une avance de 130 francs que la ménagère n'a pas. Elle cherche autour d'elle neuf ménagères dans son cas. Toutes conviennent d'économiser 13 francs chacune pour faire venir une pièce de vin. La pièce arrivée, elles se la partagent : alors leurs familles boivent du bon vin à bon marché, à meilleur marché encore que le bourgeois, car, consommant dix fois plus de vin que celui-ci, les dix ménages peuvent obtenir le litre à meilleur compte, à 57 centimes par exemple.
Supposez que les dix ménagères se groupent pour faire des économies identiques sur d'autres produits : l'épicerie, les légumes, le charbon, les vêtements, etc. Supposez enfin que si, au lieu de dix familles, c'est 100 familles, c'est 1,000 familles qui sont associées : les avantages recueillis seront encore bien plus considérables ; la qualité des produits sera meilleure ; on pourra ouvrir une boulangerie commune, s'approvisionner de presque tout ce qui est indispensable, réaliser- de beaux bénéfices, faire bâtir un immeuble avec des magasins et une salle de fêtes, avoir des caisses de secours en cas de chômage, de maladie, de décès, tendre la main aux camarades en grève, aux coopératives de production, acheter deux ou trois mille hectolitres de vin aux « Vignerons libres de Maraussan », etc.
Voilà ce qu'est une coopérative de consommation.
Le roman vrai d'un jeune homme pauvre.
Les coopératives de consommation sont jeunes, car l'ac-
livité des hommes d'initiative fut longtemps absorbée par la coopération de production. Sous l'Empire et au début de la troisième République, elles étaient peu nombreuses, sauf les boulangeries coopératives. Elles vivaient isolées, d'une vie précaire, jouet des circonstances, d'une vie mesquine dont l'horizon mercantile était borné par les bonis annuels.
C'est au début de la République, après la victoire du parti républicain, à peu près au temps où l'on votait les lois sur l'instruction primaire, la liberté de réunion, la liberté d'association syndicale, à l'époque où un parti nouveau, celui de la classe ouvrière, le parti socialiste, réapparaissait.
C'est à Nîmes qu'apparurent d'autres idées et des projets plus vastes, sous l'influence de trois novateurs, MM. Fabre, de Boyve et Gide. Le premier, qui dirigeait une petite fabrique de soie, faisait partie de la bourgeoisie ; la lecture de Fourier lui inspira la résolution de travailler au progrès social. Quittant son atelier, il vint, passer un an au Familistère de Guise, pour saisir sur le fait les progrès économiques obtenus par l'association; puis il s'établit à Nîmes, cherchant à répandre ses idées sociétaires et mettant à leur service de remarquables qualités pratiques. Les ouvriers nîmois étaient habitués à se grouper en « chambrées » pour lire des journaux et discuter sur la politique ; M. Fabre, qui faisait partie d'une de ces chambrées, organisa, en 1878, une coopérative de consommation qui porta le même nom qu'elle, « la Solidarité ». M. de Boyve, appartenant à une riche famille protestante, s'était vite passionné pour la question sociale; d'origine anglaise par sa mère, il se mit au courant de la vie coopérative en Grande-Bretagne, puis fonda en 1883, à Nîmes, une société de consommation, «l'Abeille ». M. Gide, professeur d'économie politique à la faculté de droit de Montpellier, avait, un des premiers dans l'enseignement supérieur, osé rompre avec le libéralisme économique, intransigeant, et bientôt il s'était voué à la cause de la coopération, qu'il servait à la fois par la parole, par la plume et par Faction pratique. L'Abeille et la Solidarité s'entendirent avec une boulangerie coopérative de Nîmes, « la Renaissance », pour fonder une société d'économie populaire. Celle-ci commença des discussions qui attirèrent des personnes de toutes les classes de la société. Voilà quelle fut l'origine de l'école de Nîmes1.
1. G. Weill, Histoire du mouvement social en France {1852-1002).
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Cette école nouvelle allait exercer sur l'avenir de la coopération française une influence considérable. Elle apportait deux idées neuves : l°les coopératives devaient avoir pour but final, non les bonis, mais l'organisation progressive d'un nouveau régime économique et social; 2° pour cela, elles devaient renoncer à l'isolement mortel et se grouper en un faisceau résistant.
C'est grâce à l'école de Nîmes que fut tenu à Paris, en 1885, le premier congrès coopératif, qui réunit les délégués de 85 sociétés. Ce congrès décida la création d'une fédération nationale des coopératives avec un magasin de gros qui fut inauguré en 1887, mais échoua bientôt, et une Chambre consultative qui s'appela depuis le comité central et n'eut pas beaucoup d'adhérents. C'était assez que le mouvement d'association fût commencé.
Au congrès coopératif de 1889, le professeur de Montpellier exposa les espérances que fondait son groupe sur l'avenir de la coopération; « les coopératives devenues propriétaires de l'outillage du pays, les classes ouvrières auront ainsi réalisé leur rêve : la prise de possession des instruments de production ; l'idéal du coopératisme va ainsi rejoindre celui du collectivisme. »
Ce programme, qualifié de révolutionnaire, fit éclater des dissidences parmi les coopérateurs, mais favorisa la création de coopératives animées d'un esprit nouveau. Cinq ans après, une enquête révélait environ 300,000 coopérateurs faisant pour 100 millions d'affaires. C'était encourageant. Le progrès continua. De 1889 à 1900, le nombre des coopératives de consommation doubla. En 1904, il y en avait 1,680, groupant environ 600,000 adhérents, c'està-dire, comme chaque adhérent représente une famille, à peu près 2 millions et demi de consommateurs, et faisant environ 200 millions d'affaires. Le jeune homme pauvre était devenu riche !
Ces coopératives sont maintenant groupées en fédérations. Il y a des fédérations régionales : dans les Ardennes, à Rouen pour l'Ouest, à Marseille pour le Midi, à
Grenoble pour l'importante fédération des coopératives des employés de chemins de fer, à Lille pour les coopératives socialistes du Nord. H y a aussi des fédérations nationales. L'ancienne fédération nîmoise est devenue
Y Union coopérative, qui englobait en 1902 environ 300 sociétés, presque le cinquième des coopératives françaises. L'autre fédération nationale est la Bourse coopérative, fondée en 1895 et groupant environ 70 coopératives socialistes. Enfin, au sommet de l'édifice coopératif, il y a
Y Alliance coopérative internationale qui, fondée en 1892, a tenu à Manchester son cinquième congrès en 1902.
Mais il manque aux coopératives françaises , bien qu'elles fassent de l'achat en gros par l'intermédiaire de leur fédération, une organisation analogue aux puissantes Wholesales de Manchester et de Glasgow, qui font près de 600 millions d'affaires par an.
h' Alliance coopérative internationale pourrait jouer un rôle économique considérable, étant donné le développement énorme de la coopération dans le monde. En 1904, il y avait dans le monde plus de 14,000 coopératives de consommation1. Elles groupaient près de 1,900,000 familles en Angleterre, environ 1 million en Allemagne, 250,000 en Italie ou en Belgique, c'est-à-dire, outre les 2 millions et demi de Français, une population approximative de 8 millions en Angleterre, 4 millions en Allemagne, 1 million et demi en Italie ou en Belgique. C'est la coopérative de Breslau qui a le plus grand nombre d'adhérents du monde entier : 85,000. Celle de Leeds en a plus de 50,000; à elle seule, elle a fait plus de 38 millions d'affaires en 1902.
Le Vooruit de Gand, dont le nom flamand signifie « en avant! » groupe plus de 8,000 familles ouvrières; la. Maison du Peuple de Bruxelles, 18,000 familles; Y Union de
1. Dont environ 1,850 en Allemagne, 1,500 en Angleterre, 1,000 en Italie; Danemark, 1,000; Autriche, 760; Belgique, 500; Suède, 400; Hongrie, 390 ; Suisse, 350; Espagne, 250; Etats-Unis, 200; Hollande, 150; Australie, 80, etc. On en compte une vingtaine au Japon. Il y aurait dans le monde entier de 70,000 à 80,000 coopératives des différents genres.
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Lille, 6,000 familles. Or ces dernières ont débuté dans la plus grande pauvreté. La boulangerie de l'Union de Lille, qui réalise aujourd'hui à elle seule, sans compter les autres « rayons » (épicerie, estaminet, charbon, imprimerie, etc.) 150,000 fr. de bénéfices annuels, fut ouverte en 1892 avec un capital de 600 francs.
La Maison du Peuple, née en 1882 avec un capital de 700 francs, attire chez elle le cinquième de la population bruxelloise et possède des immeubles qui valent plus de deux millions.
Le Vooruit a débuté en' 1873 dans une cave, avec un capital de mille francs, prêté par le Syndicat des tisserands. Aujourd'hui, il fabrique plus de cent mille kilogrammes de pain par semaine, il a des immeubles de valeur, une salle de café, des salles de réunion, une belle salle de fête, un grand magasin de nouveautés, des ateliers de production, quatre pharmacies, plusieurs œuvres de solidarité, un journal, une fanfare, etc. C'est une puissance.
C'est la Belgique et l'Angleterre qui sont à la tête du mouvement coopératif européen. Les célèbres Pionniers de Rochdale, qui ont enseigné au monde les bienfaits de la coopération de consommation, et dont l'œuvre a pris des proportions colossales, n'étaient, en 1844, qu'une quarantaine de pauvres tisserands. Leur exemple a été si bien imité en Angleterre, que les coopératives de ce pays font annuellement un milliard et demi de vente et deux cent trente millions de bénéfices! Elles possèdent sept navires, des terres à thé à Ceylan, des usines d'approvisionnement, où elles occupent près de 20,000 ouvriers. C'est un Etat dans l'Etat.
Telle est la puissance de l'association et des gros sous de la classe ouvrière.
Coopératives « bourgeoises » et coopératives
« socialistes ».
11 y a en France trois sortes de coopératives de eon-
sommation, d'après le but qu'elles visent : il y a les coopératives « bourgeoises», les coopératives « socialistes » et les coopératives de 1' « école de Nîmes ».
Les coopératives dites « bourgeoises » ont un but mercantile.
Elles ne recherchent que le profit : économie et bonne qualité. Elles distribuent tous les bonis réalisés; elles ne font que du commerce en gros; elles ne créent aucune œuvre de solidarité.
La plus caractérisée de ces coopératives se trouve être en même temps la plus importante société de consommation en France (18,800 membres, 8 millions d'affaires) : c'est la a Société des employés civils de l'Etat et de la Ville de Paris ». Elle a tellement accentué son caractère commercial, qu'elle a presque perdu son caractère coopératif. Les trois quarts de ses membres ne sont pas actionnaires, ils ne sont qu'adhérents, et le nombre des actions est limité, comme dans les sociétés anonymes ordinaires : tout cela contrairement à ce qui se passe dans les vraies coopératives. Aussi la valeur de ses actions a-t-elle monté comme dans les sociétés capitalistes; elle a passé de 50 fr. à 140 fr. Le Conseil d'Etat a récemment et justement frappé de la patente cette société commerciale.
Le but des coopératives socialistes est de collaborer à la transformation de la société, à la suppression du salariat. Elles ne se contentent pas « de diminuer un peu l'infinie misère du prolétariat ». Et en effet, depuis que le mouvement ouvrier politique et le mouvement coopératif se sont réconciliés, les coopératives socialistes versent une part de leurs bénéfices à la caisse de propagande socialiste, elles subventionnent les grèves, soutiennent les coopératives ouvrières de production {Y Égalitaire de Paris et Y Avenir de Plaisance ont sauvé la Verrerie ouvrière en lui prêtant 90,000 fr.); elles créent des œuvres de solidarité : secours en cas de chômage, de maladie, de décès, caisse d'épargne, salles de réunions politiques et syndicales, salles de fêtes, services pharmaceutiques à
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prix réduit, service médical gratuit, fanfares et chorales, bibliothèques, universités populaires, maisons du peuple, etc.
Le Vooruit constitue, avec la Maison du Peuple de Bruxelles, la plupart des coopératives belges, la plupart des coopératives françaises du Nord et de Paris, le type de la coopérative socialiste. « Le Vooruit, a dit son directeur, Edouard Anseele, député, est une citadelle établie par les socialistes et d'où ils bombardent la classe bourgeoise à coups de tartines et de pommes de terre1. »
Elle s'entoure, dit de la coopérative socialiste M. Cli. Gide, de tout un réseau d'œuvres d'assistance, de mutualité, de prévoyance, de retraite, d'éducation, de récréation, qui prennent l'ouvrier tout, entier de sa naissance à sa mort, et dans tous les actes de sa vie domestique ou professionnelle. Elle se charge de le nourrir, de le vêtir, de l'instruire, de l'amuser, de le faire rire, de le faire voter. Elle est le débit, elle est l'école, elle est l'église... Son but, ce n'est plus de donner à la classe ouvrière la paix d'esprit dans un bienêtre relatif, mais au contraire de lui donner la conscience de son existence en tant que classe, le sentiment de sa puissance et le moyen d'en user... Il est évident que ce programme nous porte assez loin du but originaire de l'association de consommation, mais aussi tel est précisément le caractère du coopératisme socialiste de ne voir dans la coopérative qu'un moyen, un moyen de préparer l'avènement de la société collectiviste. [Rapport officiel sur l'Economie sociale a l'Exposition de 1900.)
Coopératives de l'école de Nîmes.
Voici enfin le troisième type dé coopérative de consommation. Son programme, celui de Y école coopérative dont M. Gide est le chef, est ainsi formulé par le comité central de Y Union coopérative :
Le comité s'efforce de ne laisser dévier le mouvement coopératif ni vers cet idéal bourgeois qui ne voit dans la coopération qu'un moyen de distribuer des dividendes et de réaliser des épargnes individuelles, ni vers cet idéal socialiste qui ne voit dans la coopération qu'un moyen de préparer la révolution sociale, qu'une arme mise au service d'un parti politique. La loi voit dans la coopération de