Ibid,, pièces 99 et
U GUàP. XLYI. — MESSIDOR (TROISIÈME DÉCADE).
d'un arrêt de non-lieu le 10 mai 1793), coupable d'avoir maltraité un citoyen qui Taccusait de vouloir faire marcher SCS troupes sur Paris. Cette imputation se rapportait sans doute à Tépoque de Dumouriez. Mais le temps ne faisait rien à TafTaire; et le représentant du peuple à l'armée de la Moselle,
(c Considérant qu'un être qui nous trahissoit il y a deux ans pourroit bien finir, si les circonstances lui étoient favorables, par nous trahir encore S
l'envoya au tribunal révolutionnaire.
En vain les officiers et les sous-officiers, avec lesquels il avait servi, envoyèrent-ils les attestations les plus chaleureuses sur la manière dont il avait combattu à l'armée de la Moselle, dans la campagne du déblocus de Landau et dans celle du Palatinat*. Le tribunal fut sans pitié.
Le même jour (salle de la Liberté), grande fournée, où Ton trouve surtout des fédéralistes de diverses origines, mais principalement du Doubs et du Jura. Le représentant Lejeune n'en avait pas envoyé à lui seul moins de dixsept dont onze furent condamnés.
Avec eux Roch Marcandier et sa femme Marie-Anne GoNKABNAU, qui appellent plus particulièrement l'attention.
i. Archives, Vf 412, dossier 047, pièce 113.
2. Ibid., pièces 110, 123 et 134. Il y a aa dossier une lettre fort intéressante à lai adressée sur l'occupation d'Oncille, sur l'état du pays et de Tarmée (pièce 117).
ROCU NARCANOIER ET SA FEMME. 15
Héme jour (11 juillel) : Roch Uarcandier et sa femme.
Marcandier, compatriote, et d'abord secrétaire de Camille Desmoulins, avait rompu avec la Révolution par suite de la journée du 10 août et des journées de septembre, qu'il flétrit dans un livre énergique et courageux : Histoire des hommes de proie ou les Crimes du Comité révolutionnaire; or, à ces hommes de proie, il avait joint « l'infâme Robespierre » dont il signalait eu termes virulents c le désintéressement hypocrite et l'ambition ^ > Il avait lutté contre les journalistes révolutionnaires en empruntant leurs armes : à VÂmi du peuple, de Marat, il avait opposé le Véritable ami dupeuple^ et il combattait les doctrines d'Hébert dans le langage du Père Duchesne, relevant sa polémique d'un assaisonnement fortement épicé de s... de f.-. de j...-f... et de b... Les colporteurs, dès qu'ils virent combien le fond y répondait peu, se refusèrent à répandre sa feuille, comme ils faisaient celles d'Hébert ou de Marat. La femme de Marcandier, qui avait fait le dépôt et accepté la responsabilité du journal, fut arrêtée par eux et n^obtint sa liberté que parce que les Girondins n'étaient pas encore proscrits eux-mêmes (16 mai 1793). Mais le journal ne survécut
1. ff Ce misérable quitta la place d'accusateur public au tribunal criminel de Paris pour vivre, disait-il, dans la retraite ; il avait imprimé qu'il n'était point intrigant, qu'il ne voulait aucune place, qu'il n'en acceplerait aucune, et tout à coup il fut se nicher dans le conseil général de la commune, et de là au Capitole; du Capitule, quel saut fera-t-il ?... Consultes l'hisloire, elle vous apprendra ce que devenaient les ennemis du peuple romain. > — C'était une propliétiei mais c'était aussi l'arrêt de mort du prophète.
16 GHAP. XLYl. — MESSIDOR (TROISIÈME DÉCADE).
pas longtemps à la chute de la Gironde. Marcandier, caché, poursuivi, lança un dernier numéro, le 20 juillet, réclamant la fermeture du club des Jacobins, la suppression des a quarante-huit comités d'inquisition révolutionnaire, du coupe-gorge révolutionnaire » (le tribunal), le renouvellement de la municipalité et le châtiment < des assassins de septembre >. Il réussit à se soustraire à toute recherche pendant près d'un an. Enfin, las de cette vie de proscrit, n'ayant, dans Paris même, ni feu ni lieu, il demanda une entrevue au conventionnel Legendre et le pria de recevoir sa femme qui lui ferait connaître son adresse. Legendre reçut Mme Marcandier, prit l'adresse, puis il fit arrêter la femme et donna l'adresse du mari aux envoyés du Comité de sûreté générale qu'il avait averti : sa lettre s'est retrouvée dans les papiers de Robespierre.
Marcandier ne tarda point à rejoindre sa femme en prison. Robespierre le signala tout particulièrement comme ennemi public, dans ce discours du 13 messidor aux Jacobins où il sonna le tocsin des grandes exécutions qui allaient suivre. Roch Marcandier était trop nouvellement arrêté pour qu'on le pût envelopper dans les fournées du Luxembourg ; mais il fut compris dans une des premières qui suivirent.
En vain multiplia-t-il les pétitions et les mémoires pour établir la part qu'il avait prise à la Révolution et prouver son civisme^ Sa femme, bien que détenue comme lui, n'était pas mise en jugement, par un oubli sans doute ; mais il était trop facile de l'envelopper dans le
i. Voyez 11. Ed. Fleury, Camille Dettnoulinê et Roch Marcandier, t. U, p. 313 et suiv.