‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 114 sur 333 · THERMIDOR : J.-B. MOINEAU, J.-F. LAURENT · texte numérisé non relu

THERMIDOR : J.-B. MOINEAU, J.-F. LAURENT

L'un d'eux, Jean-Bon Moineau, prêtre, est celui à qui nous devons un tableau si vif, et il faut en convenir, si sympathique, de la défense opposée par la famille Chaperon à un ordre d'arrestation : un siège soutenu dans une ferme contre toute la force armée du voisinage. Dans la lettre qui contenait ce récit, se trouvait Texpression d'espérances, fort réservées assurément, sur le prochain rétablissement du culte : mais n'était-ce pas la contre-révolution? Il y disait :

Aix-en-Olhe, 5 measidor, 2*rép. (23 juin 1794).

La loy laisse toute liberté en fait de culte. On espère tous les jours icy que les choses se rétabliront. On a déjà recommencé Toffice en quelques endroits; il y en a même à quelques lieues d*ici où il n'a pas cessé. Si les choses ont à se rétablir je serois fâché d'être absent dans le temps où elles reprendront ^ .

Sans doute, s'écrie l'accusateur public en citant cette phrase, son dessein étoit de passer du côté des ennemis, car, dans cette même lettre, il lui mandoit :

a Faites-moi le plaisir au reçu de la présente de me marquer comment tout se passe dans les environs, afin que je voie dans quel pays il fait meilleur. »

Conclusion évidemment fausse, puisque son père était en France.

Jean-François Laurent, épicier, était accusé d'avoir eu des relations avec des prêtres insermentés. — Il répond qu'il les a blâmés :

D. Quelle étoit son opinion sur Tinvasion faite par les Prussiens sur le territoire françois ?

R. Que son intention étoit celle d'un bon républicain, celle de les fusiller tous '.

1. Ai-chivcs, W433, dossier 972, 2r parlie, pièce 61.-2. Ibid., pièce 5i.

156 CHAF. XUX. — CONSP. DES PRISONS : LES OISEAtiX, ETC.

Ferdinand Degaix, ancien prieur, puis curé d*Àvesne- ]ès-Pontoise, signalé par c un franc républicain de campagne » comme s'y étant pris à trois et à quatre fois pour prêter le serment ecclésiastique et celui de citoyen. « Les habitants des villages voisins, qui n'ont pas de messe, vont à la sienne », disait-on contre lui. Il chargeait le maître d'école de lire à sa place la lettre pastorale de l'évéque constitutionnel. Il faisait faire la première communion à des jeunes filles en différents jours, pour éviter l'éclat, et prêchait sur le mariage; il osait dire qu'après le mariage civil, il fallait célébrer le mariage religieux comme sacrement'.

Jean Martin, ci-devant prêtre, accusé d'avoir tenu des registres de mariage et de naissance, depuis la publication de loi*; et un autre prêtre, Jacques Guillemeteau, ancien curé de Saint-Jean-de-Biarge, et depuis remplissant les fonctions de vicaire à Fontenay-sous-Bois, près Vincennes, accusé de « correspondance avec la famille du ci-devant roi, au Temple » : probablement pour quelques mauvais vers dans le genre de ceux-ci :

Taimele roi François Gomme moy donc franc sois*.

Car il faisait des vers, et c'est aussi en vers qu'il écrit après son arrestation une lettre au citoyen président du département de Seine-el-Oise, signée :

J. Guillemeteau, curé de Saint- Jean de Biarge, Qui Yous a demandé d*étrc mis au large ^.

1. Arehires, W 433, dossier 972, 1'* partie, pièce 99 ; et 2" partie, pièces 1 et 5.

Page 1