‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 14 sur 333 · OFFICIER MUNICIPAL REPENTANT : NICOLAIS · texte numérisé non relu

OFFICIER MUNICIPAL REPENTANT : NICOLAIS

municipal. Tenté de donner ma démission sur-le-champ, j'en fus détourné par les conseils de quelques personnes et j'eus la foiblesse d'i acquiescer. Le lendemain, 19, j'eus la foiblesse plus coupable encore de donner, en levant la main, ^ mon adhésion à un serment que mon cœur réprouvoit. Depuis . je me suis trouvé à différentes assemblées populaires où j'ai eu la lâcheté de répéter quelques fois vive la République, cri que ma conscience me dcffendoit de prononcer, parceque je ne puis reconnoitre la République qui a détruit ma religion, et qu'au contraire je puis et dois reconnoitre un roy qui en est le protecteur. J'ai en outre signé comme officier municipal un arrêté tendant à inviter tous les citoyens et citoyennes à une fête nommée décade pour y rendre soi^ disant hommage à l'Être suprême ; mais ne vous y trompez pas, citoyens, ces fêtes sont réprouvées de Dieu; ce culte est un culte impie et sacrilège qui ne peut qu'outrager ce Dieu que l'on semble invoquer. Le scandale a été public, la réparation le sera aussi. C'est ce serment d'attachement à la République (fait au préjudice de celui que je dois à mon Dieu) que je rétracte aujourd'hui à la face de toute l'assemblée, à la face de ce Dieu que j'ai outragé I Puisse ma mort expier mes crimes ! puisse les âmes chrétiennes mais trop foibles qui comme moi sont tombées, se relever promptement, puisse celles qui oni eu le courage de marcher dans la bonne voie sans dévider, se soutenir dans leur chrétienne et courageuse fermeté. Je serois venu moi-même faire ma rétractation à la tribune, mais je craignois d'être interrompu, et mon but n'eût pas été rempli. Je finis en protestant de mon attachement inviolable à la religion catholique, apostolique et romaine.

Vive la religion ! \

NiGOLAlS.

Au dos :

Aux citoyens et citoyennes composant la société populaire d'Emée*. i

Archifes, ibid., 1** partie, pièce 82.

Sa lettre n'est pas datée : mais elle avait suivi de près l'acceptation de ses fonctions et son serment, car douze jours plus tard il était en prison et en répondait devant le comité révolutionnaire de la commune, qui en dressa procès-verbal :

Aujourd'hui 50 prairial, l'an W de la République une et indivisible, nous membres du comité révolutionnaire de cette commune, nous sommes transportés à la maison d*arrét où nous avons trouvé un prévenu auquel nous avons demandé son nom, âge, demeure et profession.

A répondu s'appeler René-Joseph le Nicolais, âgé de vingttrois ans environ, officier municipal de cette commune d'Emée.

A lui demandé s'il connott le sujet de son arrestation.

R. Que c'étoit parcequ'il avoit écrit une lettre à la Société populaire ; et la *lui ayant représentée a répondu bien la reconnoitre.

On lui demande par qui il l'a fait remettre; s^il en avait donné connaissance au porteur, etc.

D. Pourquoi lorscpi'il a été promu au grade d'officier municipal, il n'a pas refusé laditte place à l'instant?

R. Que c'est sa foiblesse qui fit qui [qu'il] ne la reflusa pas à l'instant.

' D. Qui estrce qui le conseilla d'accepter laditte place d'officier municipal?

R. Que c'étoit sa mère.

D. Pourquoi il dit avoir eu la foiblesse de crier et répetter vive la République aux assemblées populaires ?

R. Que c'est sa conscience qui ne luy permettoit pas.

D. Pourquoi dans les assemblées populaires il auroit dit que la religion étoit détruite ?

R. Que c'est parce qu'on y rend à Dieu un culte impie et sacrilège.

D. Pourquoi il veut un Roi?

LE CURE SUZANNE, OFFICIER MUNICIPAL. î^

R. Que le Roi protège la religion, qu'au contraire la nation la détruit.

D. Pourquoi il invite ses concitoyens à suivre la même marche qu'il tient, et s'il n'a pas un party pour contrarier aussi manifestement les décrets de la Convention nationale?

R. Que c'étoit une invitation générale et qu'il n'avoit personne en vue.

D. Si lorsqu'on s'est assuré de sa personne chez lui, il n'y avoit que lui à la maison et s'il n'a vu personne chez lui de Taprès-midi ?

R. Qu'il y a toujours été seul et n'a eu aucune connoissance qu'il y soit entré personne.

Lui ayant donné lecture, etc. '.

Renvoyé de la Mayenne au tribunal révolutionnaire, il savait bien quel sort l'y attendait.

Même jour 11 juillet) : Le curé Suzanne; les deux Belges patriotes; le curé

Benant ; les deux frères Lentaigne*

Louis-Àntoine-Benoit Suzanne, ci-devant curé de la commune de Boissy-Sans-Avoir et officier public, prévenu de prévarication dans ses fonctions nouvelles*. On venait à lui des autres communes, parce qu'il joignait à son caractère d'officier municipal son caractère de prêtre, et qu'après les cérémonies civiles il mariait par l'anneau. C'est là sa prévarication. De plus, il avait chez lui des saintes huiles {oleome sanlome comme il est écrit dans la pièce officielle). — Il avait pourtant abdiqué les fonctions curiales depuis le 27 germinal, et

i. ArchWei, W 414, dossier 049, i** partie, pièce 83. S. Ibid., pièce 84.

il affirmait qu'il ne s'était pas servi des huiles saintes depuis son abdication ^

Charles Vànhof et J.-B. Leguain, étrangers (l'un né à Anvers, l'autre à Quenen en Brabant), entrés en France après la loi du 6 septembre 1795, avaient encouru l'application de cette loi. Le dernier, dans une lettre adressée le 19 prairial de la prison de Mézières au président du département des Àrdennes, protestait de ses sentiments patriotiques:

Rien de plus pénétrant, disoit-il, que de me voir ainsi traité, après m'étre exposé à subir la mort pour embrasser Tarbre de la liberté '.

La Convention avait été saisie de la question ; mais par décret du 2 messidor, elle déclara que le tribunal révolutionnaire avait seul pouvoir pour la résoudre. Il la trancha par la mort.

Joseph Benant, ci-devant curé de Saint-Cyr, a chassé de la commune de Baux, district de Montfort, pour avoir débité un sermon contre-révolutionnaire; chassé de même de l'hôpital de Saint-Cyr pour avoir cherché à fanatiser les malades'. x> Dans son dossier, on trouve la recommandation d'user des plus grandes précautions pour l'arrêter à Saint-Cyr, c attendu que la presque totalité des femmes et une grande partie des hommes sont fanatisés par le curé*. »

Le 1 3* dossier réunit Jean-François Lentaigne^ fils de Lentaigne, marchand, et Joseph Lentaigne, ex-garde du

1. ArchiTes, W 414, dossier 949, 1'* paHie, pièce 89 (interrogatoire à Montfortle-Brutu8(rAinaury), 6 messidor). L'arrêté deCrassous, ordonnant qu'il soit traduit au tribunal révolutionnaire, est du 14 measidor. [Ibid,, pièce 88.)

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