ROBESPIERRE A LA CONSTITUANTE ET A LA CONVENTION
la scène politique ^ ! Pour les en écarter, il n'hésita point à se frapper lui-même. Ce fut lui qui proposa et fit. adopter la résolution qui excluait les constituants de l'Assemblée chargée d'appliquer la Constitution '• Il est vrai que les hommes nouveaux envoyés en leur lieu y pouvaient prendre un rôle capable de Téclipser encore à son retour dans une autre assemblée. Mais tandis qu'ils siégeaient à la Législative, lui s'était fait sa place à l'hôtel de ville et aux Jacobins, et les appuis qu'il y avait cherchés, il les gardera quand il se retrouvera avec les autres, après la chute de la royauté, au sein de la Convention nationale.
Sans avoir marqué en aucune sorte dans les événements qui amenèrent cette Révolution, il se trouva être, après qu'elle fut accomplie, au nombre de ceux avec qui il fallait compter. Les Girondins qui avaient fait la République et qui croyaient en rester les maîtres le sentirent dès le début; ils voyaient bien que cet homme correct et tout d'une pièce était plus à redouter dans sa marche méthodique toujours soutenue, que Danton lui-même avec sa fougue et ses relâches, son audace et ses eflbndrc* mcnts ; et la vivacité avec laquelle ils s^attaquèrent à lui ne servit qu'à le mettre plus en relief. Après leur chute au 31 mai, il n'y avait plus que trois hommes en évidence : Marat, Danton et Robespierre. Mais Marat fut assassiné, Danton mollit, énervé de jouissances, fatigué des affaires et fléchissant peut-être sous le poids écrasant des souvenirs de certains jours. Robespierre recueillit
1. Selon ^Fréron, on ne récoutait pas. (Papiers inédite, etc., 1. 1, p. 155.)
2. Voyex sa proposition appuyée d'un discours dont TAssemblée vota Timpretsion. A la suite de ce discours, la résolution fut votée à la presque unanimité. (Séance du 16 mai 1791, Moniteur des 17 et 18 mai 1791.)
iU GHâP. L. — PRÉLIMINAIRES DU 9 THERMIDOR.
alors le bénéfice de son efTacement. Il n'avait point para impatient du pouvoir. Le Comité de salut public avait été formé pour prendre en main les affaires sans qu'il y aspirât. Même après le 51 mai, il évita^d'y prétendre : il aurait craint peut-être, en y entrant, d'y faire entrer Danton avec lui. Il ne s'y fit élire qu*à la fin de juillet, lorsque Danton s'était mis hors de cause. Il en devint le mailre alors, laissant le travail aux hommes d'affaire (Carnot, C.-A. Prieur, Robert Lindet), et prenant la direction pour lui, aidé de Saint-Just et de Couthon, ses fidèles satellites, de Barère qui sonnait les fanfares, de Billaud-VarennesetdeCollot-d'Herbois dont il servait les passions et qui avaient besoin de son appui ^ C'est bien sa main que l'on retrouve désormais dans le mouvement imprimé à la Révolution. Il fait la loi des suspects (1 7 septembre), il enveloppe presque en même temps dans la même ruine l'ancien régime avec Marie-Antoinette, le régime constitutionnel avec Bailly, les premiers patrons de la République avec les Girondins; et, pour lier indissolublement la Convention au gouvernement du Comité, il proclame la Révolution en permanence, il établit le gouvernement révolutionnaire par la loi du 14 frimaire an II.
Cette date est capitale dans l'histoire de la Révolution et dans l'œuvre de Robespierre. C'est le moment où il arrête la ligne qu'il veut qu'on suive, avec la résolution de frapper quiconque demeure en deçà ou va au delà. Du Comité où il domine, avec l'appui des Jacobins au dehors, il voit grossir parmi les Cordeliersetdans la Commune une faction qui voudrait faire de la Révolution
1. Jean-Bon Saint-André, spécialement chargé de la marine, et Prieur de la Marne élaient presque toujours en mission.