‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 143 sur 333 · DOMINATION DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DOMINATION DE ROBESPIERRE

une orgie immonde et sanglante ; il voit se relever dans la Convention elle-même une autre faction qui se relâcherait volontiers de tant de rigueur : d'une part les enragés, de Fautre les indulgents. Il les frappe les uns après les autres : les enragés avec Ronsin, Hébert, etc. ; les indulgents, avec Danton, Camille Desmoulins, Plilippeaux, etc.; les uns et les autres dans un troisième procès avec Chaumette, Gobel, Dillon et la pauvre Lucile, la veuve innocente et résignée de Camille Desmoulins. Dès lors sa domination est affermie. Tant que Danton vivait, il pouvait se réveiller de son sommeil et remuer la Convention de sa voix de tonnerre : il a péri. Tant qu'Hébert et Chaumette étaient là, ils pouvaient agir dans les sections et armer la Commune : ils ne sont plus. Robespierre est le maître dans la Convention, où les amis de Danton se prosternent à ses pieds; le maître dans la Commune où il a établi comme maire Lescot-Fleuriot, comme agent national Payan, deux hommes à lui, ayant l'énergie et l'audace que lui-même il n'a pas. Il est sans rival dans le Comité de salut public ; et la suppression des ministères, décidée sur le rapport de Carnot, dès le lendemain de l'arrestation de Danton, subordonne au Comité tous les rouages du pouvoir exécutif. Robespierre met dans les commissions qui les remplacent tous hommes de son choix, et il s'assure plus que jamais le grand ressort du pouvoir, je veux parler du tribunal révolutionnaire, en y plaçant Dumas pour président.

Quelle forme doit prendre cette domination? Faudra-t-il quelque nom nouveau qui la définisse, quelque institution nouvelle qui la consacre? S'il c(ait homme de guerre ! Mais presque seul du Comité de salut public, il n'a point été aux armées. Carnot a gagné la bataille de

Wattignies, Saint-Just va gagner la bataille de Fleurus : Garnot, Saint-Just, un peu Jourdan sans doute; mais Jourdan à Wattignies, sous les auspices de Carnot, Jourdan à Fleurus, sous l'œil de Saint-Just ; et lui, il n'a jamais combattu que de la parole, commandé qu'à des députés, triomphé qu'à la tribune S Une idée s'offre à lui, pourtant : il va donner à son gouvernement le caractère d'un pouvoir réparateur. Du milieu des ruines de tous les cultes il retire l'idée de Dieu; V incorruptible relève TEternel, il prend l'immortalité de l'âme sous sa garantie. Un décret proclame l'Être suprême, une fête va le consacrer. Est-ce une restauration ? Mais quoi ! le lendemain de cette fête, il impose à la Convention la loi du 22 prairial, c'est-à-dire la consommation de la Terreur ! Ainsi il ne triomphe que pour donner une impulsion plus forte et un mouvement plus rapide à sa politique d'extermination; car pour lui pas de domination, pas de liberté sans la destruction de ses ennemis.

Quels sont donc ses ennemis ? Ceux qui ne le suivent pas, ceux qui regardent vers le passé, ceux qui n'ont pas devant les yeux le même avenir. Mais parmi les hommes qui ont un regard vers le passé, il n'y a pas seulement ceux qui regrettent l'ancien régime : de ceux-là il ne restera bientôt plus pei^onne avec le système qui prévaut pour vider les prisons; il y a ceux qui se rappellent ces grands révolutionnaires, souillés du premier sang de la Révolution et ensuite sacrifiés par elle et pour elle ; et parmi les hommes qui songent à l'avenir, il n'y a pas seulement ceux qui révent une restauration monarchique, il y a des républicains aussi qui savent

1. Sa déliance à l'égard des généraux lui faisait de leurs succès un cauchemar. (Yoy. Mémoires sur Carnot, t. T, p. 518.)

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