RÉACTION CONTRE ROBESPIERRE
qu'en république il ne suiBt pas de combattre les despotes coalisés pour échapper à la tyrannie, et ont retenu, de leurs souvenirs classiques si fort en vogue dans ces temps-là, qu'en Grèce comme à Rome, c'est de la démagogie que sont sortis les tyrans.
Dès le mois de prairial si considérable dans la vie de Robespierre, dès cette fête du 20 qui fut le triomphe de sa vanité, dès cette loi du 22 qui fut la consécration de sa politique, ce sentiment était dans tous les esprits; et la loi du 22 prairial n'effraya tant la Convention que parce qu*elle y pressentit une arme dont Robespierre voulait se munir contre elle-même. A partir du 25 prairial, ce n'était plus un secret pour les deux comités* : il y avait au sein de la Convention nationale de nouveaux conspirateurs qu'il fallait atteindre. Couthon d'ailleurs le disait tout haut aux Jacobins, lorsque se plaignant des efforts de la Convention pour modifier, les 23 et 24, la loi votée le 22, il disait : c L'ombre des Danton, des Hébert et des Chaumette se promène encore parmi nous'; » et Robespierre ne tenait pas un autre langage à la même tribune dans ses discours de messidor. On se défiait donc de ses projets, et lui-même n'avait pas besoin de cette double vue dont il était doué en pareille matière pour deviner de telles dispositions parmi les montagnards : car elles éclataient en murmures, elles se manifestaient au grand jour.
De part et d'autre on s'applique à reconnaître les
i. Voyei 1^ témoignages recueillis et habilement rapprochés par M. Charles d*fléricault sur la séance des deux comités du 25 praii'ial dans son histoire très intéressante et très complète de La Révolution de Thermidor, p. 236 et suiTsnles.)
2. Bûches et Roux, Hift, parlent, de la HétH>lulion française, t. XXXTIT, p. 240.
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amis et les ennemis, à choisir son terrain et à épier les circonstances favorables pour engager la lutte : car elle est imminente.
Les partis en présence. \
Robespierre a incontestablement les avantages de la position.
Au Comité de salut public, il n'a peut-être pas la majorité, mais il y garde Tinfluence directrice. Quoiqu'il paraisse s'en éloigner en signe de mécontentement, il y est toujours, sinon par Saint-Just qui voyage aux armées, au moins par Gouthon que ses inGrmités y clouent; et le paralytique Gouthon suffit pour y retenir son ascendant et diriger les grandes exécutions : sur ce point d'ailleurs il n'y eut jamais conflit entre les membres du comité ^
Le Gomité de sûreté générale où ses ennemis sont plus nombreux, qui a ce puissant instrument de défense ou d'attaque en temps de révolution ou de coups d'Etat,
1. Il est asses bixarre de voir un de ceux qui souscrivaient i ces exécutions faire un reproche k Robespierre de n*aToir pas été là pour les arrêter. On lit dans les Mémoires sur Camot (t. I, p. 526) ces réflexions que l'autear avait recueillies do Prieur de la Côle-d'Or, sur l'absence de Robespierre :
c II afTectuit de traverser les salles du comité après la levée de la séance et il signait quelques pièces, ne s'ubstenant réellement que de nos délibérations communes. Il avait chex lui de fréquentes conférences avec les présidents du tribunal révolutionnaire sur lequel son influence s'exerçait plus que jamais : de sorte que Ton se trompe beaucoup si l'on croit qu'il fut étranger, non plus que ses amis, i ce qu'on a nommé les grandes fournées. S'il avait eu l'intention de ralentir le mouvement terroriste, le véiitable moyen eAt été de demeurer au comité pour y faire acte de modération, au lieu de laisser fonctionner le couteau qu'il avait aiguisé le 22 prairial, a — Comment donc, parmi les membres présents, n'y avait-il personne pour s'y opposer?