Buchei et Roux, Hiêt, parlem., t. XXXIV, p. S
2. ToulongeoD, t. XI, p. 502, et Buchei et Roux, Hitt. parlem., t. XXXIT, p. G.
APPRÊTS DE LÀ JOURNÉE DU 9 THERMIDOR. Si 7
des erreurs avoient rendus prudents et timides, auxquels un long silence avait presque interdit le droit de parler, dont les oreilles retentissoient de menaces étemelles, dont les cœurs étoient maigris de terreur, à qui Ton avoit donné un nom qui les rcndoit, pour ainsi dire, moites; des hommes qui avoient appris à se taire, à l'école des plus grands périls, et qui savoient que les vaincus n*ont jamais raison avec les vainqueurs, composoient en grande partie cette majorité, semblable à une eau dormante que le souffle des vents n*agitoit qu'avec peine\ »
Les plus compromis allèrent donc trouver ceux qui passaient pour avoir quelque crédit encore sur les autres. Mais le succès ne paraissait pas si facile, car quels étaient les hommes qui venaient solliciter le concours de la droite? Les hommes qui l'avaient toujours le plus persécutée. Et contre qui? contre Robespierre qui était sans doute l'âme du régime de la Terreur, mais qui, en plusieurs circonstances, avait paru aller moins loin que ses adversaires actuels des deux comités, les Billaud-Varennes, les Collot d'Herbois du Comité de salut public, les Youlland, les Vadier, les Amar du Comité de sûreté générale : Âmar qui avait réclamé, avec les télés des Girondins, celles des soixante-treize ou soixante-quatorze députés signataires d'une protestation en leur faveur, et n'avait échoué que devant les résislancesdeRobcspierre.Pourquoi enfin et quel était l'objet du débat? Il s'agissait de soustraire au tribunal révolutionnaire ceux que Robespierre venait de signaler comme coupables des plus
i. DntsauU, Fragment ftour gervir à Vhittoire de la Convention nationale^ cité par M. Ch. d'Hérictult» la Révolution de thermidor, p. i70. — Sur rihatiamani des courages à la Convention, Toyes encore une brochure qui a sai?i de près le 9 thermidor : le$ Pourquoi ou le Catéchiême politique det bonmeê gent. Paris, an \\l, signé V<ids*iet (p. S6 et 28).
ai 8 CIUI*. L. — PRÉLlMINAiliES DU 9 THERMIDOR.
grands excès : n'allaiipon pas le renverser du pouvoir quand il en allait user pour changer de système? L'un des principaux membres de la droite nous dit ses perplexités et celles de ses amis en cette circonstance et comment les promesses de la Montagne finirent par entraîner leur adhésion :
« Des émissaires nous abordèrent de leur part. Ils s'adressèrent à Palasne-Champeaux, à Boissy d'Ànglas et à moi, tous trois constituants, et dontTexemple devoit entraîner les autres. Ils mirent en usage tout ce qui étoit capable de nous déterminer. Ils nous dirent que nous étions responsables des nombreux assassinats de Robespierre, si nous refusions de concourir aux moyens de les faire cesser; que la protection politique que Robespien*e nous avoit accordée n*étoit que passagère et que notre tour arriveroit.
a Renvoyés une fois, ils revinrent aussitôt à la charge etnouscédâmes à la troisième fois. »
L'impulsion excessive donnée par Robespierre au tribunal révolutionnaire fut ce qui les décida :
« Il n'étoit pas possible, ajoute-t-il, de voir plus longtemps tomber soixante, quatre-vingts têtes par jour sans horreur. Le décret salutaire ne tenoit qu*à notre adhésion, nous la donnâmes et dès ce moment les fers furent au feu*. »
Robespierre avait le pouvoir. Il avait dans les mains, comme le dit en ce passage Durand de Haillane, c les autorités de Paris, les clubs, la force armée. » S'il avait fait le 8 ce qu'il tenta le 9 thermidor; si, abandonné de la Convention, il avait mis en mouvement
i. Durand de MaUlane, Mémoires, p. 198, 199.
ROBESPIERRE LE SOIR DU 8 THERMIDOR. il 9
la Commune, qu'auraient pu faire ses ennemis dispersés? Leur désordre le lendemain, quand ils se croyaient vainqueurs, l'imminence de leur défaite peu de moments avant leur triomphe déûnitif, tout montre assez quel en eût été le résultat. Hais s'il n'avait plus aucune illusion sur les montagnards, il espérait encore ressaisir la Convention: «Jen'attends plus rien delà Montagne, disait-il le soir en rentrant chez lui, ils veulent se défaire de moi comme d'un tyran, mais la Convention est pure; » et le matin du 9, comme Duplay, son hôte, lui témoignait de l'inquiétude, il le calmait : « La masse de la Convention est pure, rassure-toi, je n'ai rien à craindre \ » Il croyait donc encore à l'autorité de sa parole et, quoi qu'il en soit de ses motifs, il répugnait au coup d'État. Tenons-lui compte de ses scrupules.
1. Toulongeon, t. U, p. fM, et Buebei et Roux, Hiti, parUm., t. XXXIV* p. 5.