‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 160 sur 333 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

lA RÉVOLUTION DU 9 THERMIDOR

La OmTenUon, séance da malin : Saint-Jutt, Tallien, Vadier» Billaad-Tarennea ; arreslalion des deux Robespierre, de CoutliOD, de Saint- Just et de Lebas.

Le 9 thermidor^ le tribunal riSvolulionnaire était régulièrement pourvu. Nous l'avons vu à Tœuvre ; nous avons énuméré ses victimes. Mais quelles seront celles du lendemain? Le débat est engagé depuis la veille. Malheur aux vaincus, Vae viclis. Tdbt s'apprête pour le dénouement. Robespierre a parié : c'est Sainl-Just qui doit venir, comme pour les grands procès de germinal, dresser Tacte d'accusation contre ses ennemis.

Plusieurs de ceux que ce dénouement menace auraient bien voulu le prévenir par un coup de force. Mais les moyens leur manquent hors de la Convention et même l'accord entre eux pour un acte aussi risqué ^ Il leur faut donc bien accepter le débat sur le terrain où il est posé depuis la veille, et leur unique espoir,

1. Le 8, i 9 heures du soir, Lccoîntre était allé au Comité de sàreté générale, et, 7 troarant Lavicomterie, il l'avait pressé défaire arrêter Ilanriot pendant la nuit. Cette nuit même, à une heure et demie, il retint au Comité pour rcnou- ▼elcr ses instances. A une heure, Fréron y était Tenu aussi. Ëeonduit, il arait rencontié Cambonet avait insistes pour qu'ils fissent arrêter avant le jour Ilanriot, Boulanger, La Valette et toute la maiton Duplay, afin que le tyran, frappé de terreur, resiAt seul dans sa maison comme Néron dans sa caverne... »; et tous, ajoute Tauteur, restèrent libres l c C'est le génie de la liberté qui devait nous sauver, i (Laurent Lecointre, Robetpierre peint par lui-même, p. 5 et saiv.)

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Tobjet de tous leurs efforts, cest de retenir dans leur cause, selon les promesses si avidement recherchées, si difQcilement obtenues, les juges qui doivent prononcer en première instance.

« Le 9 thermidor, dit Durand de Maillane, quelques moments avant la fameuse séance, Bourdon de TOise me rencontra dans la galerie, me toucha la main en me disant : c Oh 1 les braves gens du côté droit 1 » Je monte à la salle de la Liberté, je me promène un instant avec Rovère ; Tallien nous aborde, mais aussitôt il voit Saint-Just à la tribune et nous quitte en disant : c Voilà c Saint-Just à la tribune, il faut en finir. » Nous le suivons*. »

Nul n'aurait pu prévoir Tissue de celte journée. L'Assemblée qui en devait décider restait muette, impénétrable, après les^ votes contradictoires de la veille. Elle était comme sous le poids d'une atmosphère chargée de haines implacables qui se contenaient encore par leur opposition : mais que l'équilibre se rompe et la foudre éclate V Où frapperait-elle? C'était le point.

1. Durand de Maillane, Mémoires^ p. 198. Courtois dit encore : c ToUien, rencontrant dans la salle de la Liberté Goupiileau (de Nontaigu), au moment où Saint-Just montait à la tribune, lui dit : Voilà le moment d'attaquer Hobes» pierre et Mes complices; rentre dans la salle et viens être témoin du triom^ phe des amis de la liberté'. Ce soir Robespierre ne sera plus, (Courtois, Rapport fait au nom des Comités de salut public et de sûreté générale sur les événements du thermidor ^ p. 39, noie i .)

2 Tbibaudeau, qui était là, a fort bien rendu cette impression dans une page de ses Mémoires :

«Depuis quelque temps on voyait des nuages qui annonçaient une tempête; nous éprouvions ce malaise et cet accablement que l'on sent à l'approche d'un orage. Mais, le 9 thermidor, la grande majorité de la Convention ne s'attendait pas à ce qui arriva. Ce fut comme un coup do tonnerre. Il n'y avait pas plus de raison ce jour-là qu'un autre pour attaquer Itobespierrc, ni par conséquent pour espérer la fin de sa tyrannie. Depuis quelque temps il attaquait Billaud-Varennés, Collot-d*Herbois, Tallien, etc., ses émules et ses complices. La Convention était aussi indifTérente à leurs dangers qu'elle l'avait été à la mort de Danton, et il est probable qu'ils eussent succombé, si Robespierre eAt proposé leur

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CoUot présidait ^ Saint-Just était à la tribune, et c'est lui qui avait jadis porté le coup dont se souvenaient les amis de Danton. Mais à peine avait-il prononcé quelques phrases qu'il fut interrompu par Tallien. A quoi tendait ce discours après le discours de Robespierre ? c II (aut que le rideau soit entièrement déchiré, » s'écria Tinterrupteur ; et Billaud*Varennes, réclamant la parole pour une motion d'ordre, rappela la scène de la dernière séance des Jacobins : les cris de mort contre une partie des membres de la Convention, la force armée de Paris confiée à un complice avéré du Père Duchene, et Dumas, le président du tribunal révolulionnaire, se chargeant de retrancher de l'Assemblée (on sait par quels moyens) tous les hommes impurs, c'est-à-dire tous ceux que Robespierre lui aurait signalés. Les murmures,, les cris

proscription. Mais le sentiment de leurs propres périls lear donna Taudace de le prévenir, et, comme je l'ai d^à dit, la victoire était toujours du c6té de Tattaque. Tallien se lança le premier, les autres le suivirent, et la Convention se souleva tout entière. Ce fut une commotion électrique. » (Thibaudeau, Jféntotref, t. I, p. 82.)

1. Il y a sur les actes de la Convention pendant ces journées un Projet de procès-verbal des séances des 0, 10 eMl thermidor, présenté au nom de la commission chargée de cette rédaction, par Charles Doval, député à la Convention nationale par le département d*Ùle-et'Yilaine,^^imprimé par ordre de la Convention pour être discuté trois jours après la distribution, (BiU. nat., L e "" 875.) — Ce projet ne fut pas adopté» et c'était justice : non que les faits soient inexacts, mais parce que l'auteur y mêle des réflexions personnelles qui ne sont pas de la nature de procès-verbal. Qu'on en juge par ce début :

c La lecture de la correspondance étoit à peine achevée que SaintpJust se présente i la tribune un cahier à la main et demande la parole.

c Tous les esprits étoient encore pleins du discours prononcé par Robespierre à la séance d'hier, discours qui avait pour but d'avilir et de dissoudre le gouvernement, de diviser, d'accuser, d'égoi^er la représentation nationale, etc.

c C'est dans ces dispositions que Saint-Just trouve les esprits en arrivant i la tribune. Son air sinistre et sombre, son ton mal assuré, son regard farouche, etc. »

Tout est sur ce ton, et Tallien, Billaud, Vadier, quand ils paraissent à la tribune, sont cachés sous cette expression : Un membre, un autre membre; Barère, qui fait un rapport au nom des deux comités, qui présente la prodamation au peuple français, est appelé le Rapporteur. — Il semble que Tauteur redoute encore pour eux l'ombre de Robespierre.

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