LA CONVENTION : SÉANCE DU MATIN
d'indignation, les applaudissements accentuaient et appuyaient tour à tour les accusations portées par Billaud- Varennes. Robespierre s'élance vers la tribune; mais de toutes parts éclate le cri : À bas le tyran I Le voile n'était pas seulement déchiré, comme le demandait Tallien, le charme était rompu. Tallien, reprenant la parole, le constate et le prouve. Saint-Just est toujours à la tribune, mais muet et comme pour mieux recevoir les coups que son adversaire lui lance : c Nouveau Calilina » soutenu par de c nouveaux Yerrès », etc. Sur la proposition de Tallien, l'Assemblée vote l'arrestation d'Hanriot et la permanence de ses séances jusqu'à ce que justice soit faite des conspirateurs, — car il y a partout des conspirateurs. D'autres arrestations : arrestation de Dumas, président du tribunal révolutionnaire; arrestation des lieutenants d'Hanriot : Boulanger, Dufraisse, Lavalette, sont encore décrétées.
Cependant Robespierre réclamait la parole. Nouveaux cris : A bas le tyran / Barère / Barère I On appelait Barère, Barère qui, le 5, avait été l'organe de la réconciliation des deux partis, qui le 7 avait commencé l'attaque et qui le 9, dit-on, avait deux discours dans sa poche, pour et contre Robespierre, prêt à user de Tun ou de l'autre selon les circonstances : c'est le discoui's contre Robespierre qu'il devait alors prononcera II y âgnalait une nouvelle conspiration de l'étranger, don^
1. c Depais que Robespierre et les siens s'étaient mis en hostilité srec le comité de saint public, les membres de ce comité deTeient regarder chaque jour comme la TeiUe d'un nouveau 3i mai, dont ils seraient probablement nctimos. Us eontinoaient pourtant les traTaui; — seulement, quand le discours tagoe et AStucieax du 8 thermidor les eut prévenus que le bras élatt lové pour les frapper, ils chargèrent Barère de rédiger pendant la nuit même les proclama^tions et les décrets destinés i repousser Tattaque. i (Mémoire$ de Barère^ 1. 1, p. 115, notice de H. Camot.)
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le but était la ruine des deux comités, c bouclier, asile, sanctuaire du gouvernement central, du gouvernement unique, du gouvernement révolutionnaire », et il montrait comme une cause de péril les réputations énormes^ incompatibles avec un régime d'égalité. La Convention venait de décréter l'arrestation d'Hanriot et de ses lieutenants. Il proposait un décret qui supprimait leur charge, et une proclamation signalant ce péril : c qu'une partie des citoyens se laisse conduire au précipice par l'ascendant de quelques réputations. »
C'était frapper Robespierre comme il était dans la nature de Barère de le faire, sans le nommer. Cela n'était plus dans la situation. Le vieux Yadier, venant à son tour (car Robespierre seul n'avait pas la parole), attaque directement le tyi;an, signale sa tactique et reprend, en articulant les faits cetle fois, les griefs qu'il avait exprimés dans son rapport sur c la mère de Dieu ». Il commençait à divaguer quand Tallien s'écria : c Je demande la parole pour ramener la discussion à son vrai point. »
c Je saurai bien l'y ramener, > répliqua Robespierre. Mais sa voix fut encore couverte par les murmures, et Tallien, fort écouté au contraire, étalait les preuves de la conspiration du tribun, contenues dans son discours de la veille, les menées de son bureau de police géné« rale, ses attentats contre les patriotes : quand Robespierre, ne se possédant plus... — Mais prenons la scène dans le Moniteur :
Robespierre, a C'est faux! je.... » {Murmures , cris. — Robespierre arrête un moment ses yeux sur les plus ardents montagnards; quelques-uns détournent la têlCj d'autres restent immobiles; la majorité le repousse. Alors s'adres-
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sant à tous les côtés de rassemblée : a C'est à tous, hommes purs, que je m'adresse et non pas aux brigands...... » (Violente
interruption.).... a Pour la dernière fois, président d'assassins, je te demande la parole. ... x> (Bruit.) — CoUot cède le
fauteuil à Thuriot.
Le Président. « Tu ne l'auras qu'à ton tour. » (Non! non! reprend-on de tous côtés.... Le bruit continue : Robespierre s'épuise en efforts; sa voix s^ éteint.)
G ARMER DE l'Aube. « Le saug de Danton l'étoufTe. » ^ Robespierre. « C'est donc Danton que vous voulez venger. » {Bruit.)
Louchet. a Je demande le décret d'arrestation contre Robespierre: » (Les applaudissements^ d*abord isolés^ deviennent bientôt unanimes,) « Ma motion est appuyée; aux voix l'arrestation ! » (Aux voix ! aux voix !)
Loseau. a II est constant que Robespierre a été dominateur, je demande par cela seul le décret d'accusation. » (De toutes parts : Appuyé! aux voix.)
Robespierre jeune. « Je suis aussi coupable que mop frère : je partage ses vertus; je veux partager son sort. Je demande aussi le décret d'accusation contre moi. x> (Qudques membres paraissent émus; la majorité, par un mouvement d' indifférence , annonce qxielle accepte ce vote général.) i
Robespierre veut parler sur le dévouement de son frère; il lut est impossible de se faire entendre ; alors il apostrophe , de nouveau le président et toute l'assemblée avec une grand^ véhémence.
Charles Duval. « Président, est-ce qu'un homme sera 1^ maître de la Convention? » (Une voix : Il Ta été trop long-i temps !) *
Frkron. « Ah ! qu'un tyran est dur à abattre ! » y
Loseau. c< Aux voix l'arrestation des deux frères. » ^
Billaud-Varennes. a J'ai des faits positifs que Robespierre n'osera pas dénier. Je citerai d'abord le reproche qu'il a fait au comité d'avoir voulu désarmer les citoyens ! »
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Robespierre, a J'ai dil qu'il y aTait des scélérats.... x> {On murmure,)
Billaud-Yaremnes. « Je disais qu*il a reproché au comité d*avoir voulu désarmer les citoyens. Eh bien ! c'est lui seul qui a pris cet arrêté. II a accusé le gouvernement d'avoir fait disparaître tous les monuments consacrés à TÊtre suprême; eh bien! apprenez que c'est par Cou thon.... »
CouTHON. a Oui, j'y ai coopéré. » {Nouveaux murmures.)
Plusieurs membres. « Aux voix l'arrestation. » — Le président met aux voix Parrestation ; elle est décrétée à l'unanimité.
Tous les membres se lèvent et font retejitir la salle des cris de Vive la liberté! Vive la République!
Robespierre. « La République! elle est perdue, car les brigands triomphent ! »
Pour renverser Danton, il n'avait pas fallu moins qu'un décret des trois comités, un discours en règle de Saint-Just et un discours de Robespierre. Pour abattre Robespierre, il avait suffi d'une motion de Louchet !
Louche t triomphe :
Loughet. <c Nous avons entendu voter pour l'arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just et de Couthon. »
Lebas. ce Je ne veux pas partager l'opprobre de ce décret! je demande aussi l'arrestation. » {Mouvements divers.)
Élie Lacoste, a Je demande l'arrestation de Robespierre jeune; il est un de ceux qui ont sonné aux Jacobins le tocsin contre les comités. Il finissait son discours par ces paroles mémorables : <c On dit que les comités ne sont pas corrompus; mais, si leurs agents le sont, les comités le sont aussi. )> — L'arrestation de Robespierre jeune est décrétée. {Vifs applaudissements . )
Fréron. oc On voulait former un triumvirat qui rappelait les proscriptions sanglantes de Sylla ; on voulait s'élever sur les ruines de la République, et les hommes qui le tentaient sont Robespierre, Couthon et Saint-Just. »