LA CONVENTION : SÉANCE DU MATIN
Plusieurs voix, ce Et Lebas. »
Frérot, a Coulhon est un tigre altéré du sang de la représentation nationale. Il a osé, par passe-temps royal, parler dans la société des Jacobins de cinq ou six télés de la Convention. » (Oui, oui, s^ëcrie-l-on de toutes paris) « Ce n'élail là que le commencement, et il voulait se faire de nos cadavres autant de degrés pour monter au trône. x>
CouTHON. a Je voulais arriver au trône, moi I ' »
Fréron. €( Je demande aussi l'arrestation contre Saint-Just, Lebas et Couthon . »
Les représentants dëcrëlés d'arrestation étaient restés à ieui^ bancs. Sur les cris d*un grand nombre de membres de TAssemblée, ils descendirent à la barre, et ordre fut donne aux gendarmes de les emmener. On prèle à Robespierre ce mot : < Sortons en masse, cela fera plus d'effet'. » — Personne ne les suivit, si ce n'est les membres du comité de sûreté générale, qui, ayant à s'occuper d'eux, se rendaient au lieu de leurs réunions. Gollot-d'Herbuis parlait sur la conspiration, sans trouver désormais de contradicteurs; après quoi la séance fut suspendue à cinq heures et demie, pour être i*eprise à sept heures.
La Convention semblait croire que tout élail fini : elle avait, en se séparant, décrété que la Commune était chargée de veiller sur elle!
Mais la Commune avait d'autres pensées, cl la Convention, avant de s'ajourner, aurait pu en présager quelque chose. L'huissier chargé de porter au maire cl a l'agent national le décret qui les invitait à venir rendre
1. J'accepte le mot moi subslitué par MM. Bûchez el Roux â oui qui c^( dans la leçon du Moniteur. Le mot oui, du reste, ne pourrait avoir qu'un scii^ ironique.
i. Courtois, Rapport sur les événements du 9 thennidor. p. 45.
228 CllÂPi LI. — U RÉVOLUTION DU 9 THERMIDOR.
compte de Tëtat de Paris, avait fait ce rapport à son retour :
Eu portniit deux décrets de la Convention nationale Tun au maire de Paris, Tautre à l'agent national, un aide de camp urentendant demander un reçu au maire, me répond en me serrant la main : fa, mon camarade^ dans un jour comme celuin^i on ne donne pas de reçus ; dis hardiment à la Convention qu'elle soit tranquille^ que nous saurons bien la maintenir y et dis à Robespierre quil soit tranquille et qu'il n'ait pas peur. Tu m'entends bien? Va^ mon camarade, va!
Ce 9 thermidor, à cinq heures de Taprcs-midi ^
Signé : Courvol.
El le président de celte heure, Thuriot, à qui il en rendit compte, n'y voyant sans doute que la mésaventure de son huissier, lui dit :
Allez vous faire f...; laissez-moi tranquille; tant pis pour
vous*.
1. Courtois, Happort fait au nom dct comités de salut public rt de xûrvt^ g,énrrale sur les événements du thermidor^ an U (prononcé le }< thermidor an III], n" xix, 4* pièce, p. 114.
2. Ce trait se trouve dans une note qu'il rédigea plus lard en apprenant que Courtois devait faire un rapport, note qui donne un peu plus de détails a?cc quelques variantes : Il était parti à midi : l'un des décrets était pour f^e^cot- Flcuriot et Payan, l'autre pour llanriot. C'est Hanriot qui, à propos du reçu, joue le rôle de l'aide de camp :
« Au moment où le maire se disposait a me l'écrire, Hanriot lui arracha la plume de la rarin en me disant : je l'en f..., on n'en donne point dans un moment comme celui-ci; va dire à tes j.... f.... de scélérats que nous sommes m\ délibérer pour les purger et qu'ils ne larderont pas i nous voir (nota qu'il éloit déjà ivre) ; et au moment où j'allois sortir il dit aux gendarmes : gardezmoi ce drôlc-ià ; vous m'en répondez sur votre téi.e. Ce ne fut qu'à force d'astuce que je parvins, après deux heures et demie, à obtenir de ce monstre mon élargissement et m me disant [llanriot] à moi-même : N'oublie pas de dire a Uobespierrc qu'il soit ferme, et à tous ses collègues bons députés qu'ils n'aient lioint peur; que nous n'allons pas larder à les délivrer de tous les f.... traîtres à la patrie qui siègent parmi eux.
De retour dans la Convention, Thuriot qui occupoit alors le fauteuil, a qui je rendis compte de ce qui venoit de m'arrivcr, me dit : Allez, etc.
Signé : Cocrvol, huissier de la Convention.
(/6/c/., n« XXXV, 2'' pièce, p. 199.)