DÉCRET DE MISE HORS U LOI
et sublime; car, pour mon compte, je ne doutais pas que notre dernier moment ne fût arrivée »
J*ai dit comment Hanriot, redevenu général, avait manqué le coup qui tranchait la question.
Le département mandé à la barre y était venu, et son langage avait été assez équivoque :
Nous avons écrit à la Commune, dit l'orateur, pour savoir les mesures qu'elle avoit prises afin d'assurer la tranquillité publique. Nous attendons sa réponse pour prendre un parti*.
Mais la réponse de la Commune courait les rues. II fallait la prévenir, et pour cela donner un chef à la force armée. Sur la proposition de Youlland, organe des deux comités, Barras fut nommé, et on lui adjoignit six députés avec tous les pouvoirs des représentants en mission : Ferrand, Fréron, Rovère, Delmas, Boletti, liéonard Bourdon et Bourdon (de l'Oise). Puis, sur la proposition d*EIie Lacoste et le rapport de Barère, la Convention, cassant les actes révolutionnaires de la Commune, mit hors la loi tous ceux qui porteraient les armes contre elle-même ou s'opposeraient par la force à l'exécution de ses décrets, comme aussi c tous ceux qui, frappés de décret d'arrestation ou d'accusation, n'auraient pas déféré à la loi ou s'y seraient soustraits. »
Ainsi ce glaive, dont Robespierre avait frappé jadis les fugitifs de la Gironde, se tournait contre lui. Nulle arme plus redoutable ne pouvait élre mise entre les mains de Barras. Ce cri terrible de mx% hors la loi se répandit bieittôt dans tout Paris. L'œuvre des délégués de l'assemblée fut comme à moitié faite.
1. Tltibaudeau, Uémoiret^ t. I, p. 83-S5. — Il se trompe, sus doute, en diïant qu'il était minuit. La soirée ne devait pas ôlre aussi avancée.
2. Séance du 9 thermidor au soir. (Moniteur du iS^ss 30 juillet 1794.)
tfid aup. U. — Lk RÉVOLmC^ IC 9 thermidub.
Les sections de Paris se IrooTadent jusque-là partagô^s entre la Convention et la Commune, et Robespierre, à la Commune^ Hiisaît pencher le plus grand nombre de son coté'. Mais la mise hors la loi ébranla sur plus d'un point les résolutions ou les entraîna contre les proscrits. Les députations en ce sen»-la se succédèrent à la Convention de plus en plus nombeuses, et, au bout de quelques heures (vers minuit). Barras, rentrant de sa tournée, put dire :
Citoyens, je viens de parcourir une grande partie de Paris; partout le peuple est à la hauteur de la liberté, partout on entend les cris de Vive la République^ Vive la Convention nationale. Les canonniers de la section de la Fonlaine-de-Grenelle nous ont accompagnés partout. (K?'/x applaudissements).
Et il annonçait que des dispositions militaires étaient prises et que la Convention était entourée de tous les républicains de Paris.
Ce n'était pas assez de mettre les Tuileries en défense : il Fallait enlever Thôtel de ville. Billaud-Yarennes, au milieu des bonnes nouvelles qui arrivaient de tous les quartiers, même du camp des Sablons', où Ton redoutait rinflucnce de Lcbas, dit :
1. Voyez l'citrait des dclibcralions des scctious (Courtois, Bappori, n* xxx) et pour les communes suburbaines Tadresse d'adbésion de BelleTÎIle (9 heures ci demie), lue à la Commune par Cbarlemagne qui présidait le cooteil général. {Ibid., n* XXIX, 1 et 2.) Cr. Louis Diane, t. XI, p. 244 et suiranles, et Cil. d'IIéricault, p. 46*2 et suit., p. 486 et suiv. — Beaulieu signale arec jusiesse les cfTels du régime de la Terreur sur cette population naguère si prompte a s'émouvoir au nom de la liberté, quaud il dit : < l'aris est dans une agitation épouvantable ; mais la longue terreur qui a |iesé sur ses habitants, qui les accable encore, répand l'incertitude dans leurs inteutions; ils ne i^avent à quoi mi décider. (Beaulieu, Etêaù^ t. V, p. 407.)
2. Nouvelle école militaire établie sous le nom d'école de Blars. Vue leUrc de Lel>as h Labretècbe, qui la commandait, avait été interceptée et Labretècbc arrêté. Voyez (^urtois, Uapporty p. 68 et la séance de la Convention du 9 thcr^ midor au soir.