NARCUK SUR L HOTEL DE VILLE
11 ne faut pas perdre en délibérations un temps précieux. Quand on est sur un volcan, il faut agir. Robespierre a dit tout à Theure qu'avant deux heures il marcherait sur la Convention. C'est à nous à le devancer, nous dormirons quand les traîtres seront anéantis.
Les forces de la Convention marchèrent sur la Commune en deux bandes : l'une, sous Léonard Bourdon, par les quais, pour aborder de front rhôlel de ville; Taulrc, sous Barras, parla rue Saint-Honoré, pour le tourner et le surprendre : de faux bruits avaient retardé dans leur marche ou désoi^anisé les troupes du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint-Marceau, les plus prononcées pour la Commune. La place de Grève était encore couverte de ses partisans. Une pluie d'orage avait un peu dispersé la foule; mais les artilleurs restaient avec leui*s canons et, à l'intérieur, les chefs du mouvemcnl étaient lous réunis : Saint-Just^ et Lebas, lires de leurs prisons, avaient rejoint les deux Robespierre. Couthon manquait d'abord à ce triumvirat, dont Robespierre jeune et Lebas étaient les deux satellites : mais il avait été pressé de venir par un billet signé des autres', et il élait venu'. Dès son arrivée, il voulut que le gouvernement nouveau s'annonçât partout. On le sait par le récit d'un agent du comité de salut public, qui avait su pénétrer dans la salle des
1. Sar Saint>Juit Toy. le rapport de Ulanchclainc, concici'gc de la roaison de justice du dt^pnricinent. (Courlois. Happorl^ u" xix. 5.^
S. a GouthoM. tous les patriotes font proscrits, le peuple tout ciitinr e$t levé. Ce serait le trahir que de ne pas te rendre avec nous à la Conirauue où nous sommes actuelicment.
RoBBspiEiiRK jeune, Robespiuirc, Saikt-Just. » (Huscc des Arcliivrs, vitrine 22^2« n* 1417.)
5. « Sur les une heure après minuit », rap|iort de Petit,* concierge provisoire de Pori-Lilire. (Courtois, Happort^ n* xxxv, 1.)
Tklii. kivoL. V Iti
342 CHAP. LI. — LA KËYULUTION DU U TilERlIlDOR.
séances, et jusque dans la chambre où Coulhon conféra avec Robespierre :
Le premier mot, dit-il, que j'entendis de Coulhon fut : « Il faut de suite écrire aux armées. » Robespierre dit : « Au nom de qui? » — Gouthon répondit : « Mais au nom de la Convention : n*est-clle pas toujours où nous sommes? Le reste n'est qu'une poignée de factieux que la force armée que nous avons va dissiper, et dont elle fera justice. » Ici Robespierre l'ainé sembla réfléchir, il se baissa à l'oreille de son frère ; ensuite il dit : « Mon avis est qu'on écrive au nom du peuple française »
Si Coulhon avait pu, comme les autres, circuler dans Paris, s*il eût pu descendre seulement sur la place, il aurait eu moins de conGance dans les forces dont il parlait. Déjà les commissaires de la Convention se glissaient dans les rangs, répandant les décrets de l'Assemblée; et, à rintérieur de la salle du conseil, Payan remplit le même office sans en prévoir le résultat. Ayant par bravade donné lecture du décret qui mettait hoi^ la loi les membres de la Commune, il eut Tidée d'ajouter : « et le public des tribunes » ; il croyait, par ce subterfuge, lier plus étroilement le public à sa cause; mais en un instant les tribunes furent évacuées, et le conseil resta seul comme placé déjà sous le coup du décret.
Quand Hanriot descendit sur la place (que faisait-il donc loin de ses troupes?), il trouva ses artilleurs à moitié gagnés par les agents de la Convention *.
i. Rapport de Dulac (Courtois, n* xxxix). — La Commune recevait beaucoup de ddpulations (Courtois, ihid*^ n*> xxxvi) : des citoyens, au milieu de cette confusion , pénétraient assez facilement <ians la salle des séances. ( Ibid. , n*> xxsiv, 2.) Voyez aussi un trait d'un récit intitulé ¥a\i% recueillis aux der^ niers inalanU de Robespierre et de sa faction aux appendices n** V.
2. Dulac 8*attribufi la meilleure part de ce résulut. (Courtois, n* xxxix) 11 faut se délier de ces récits intérêts.
ROBESPIERRE BLESSÉ ET PRIS. 2i5
N'aurait-il pu lenler encore de se défendre? Ses adversaires, si l'on en croit Dulac, n'étaient pas fort ardents pour l'attaque. Léonard Bourdon (Léopard Bourdon), le premier qui déboucha sur la place, entendant deux coups de pistolet, dit à Dulac : a Que ces gens-là se défendraient sans doute jusqu'à la mort, et que peut-être ils avaient préparé des poudres pour faire sauter les assaillants. » Et cela lui donnait à réfléchir; mais l'affaire se décida sans lui comme sans Barras.
Au milieu du désordre que l'approche des troupes jetait parmi les adhérents de la Commune, un gendarme, nommé Méda, — qui avait été de l'escorte d'Hanriot ; qui se vanta plus tard de l'avoir arrêté au début de l'affaire et s'attribue un rôle invraisemblable dans la conduite de l'attaque comme Dulac dans sa conclusion, — Méda pénétra dans la salle du conseil , se donnant, dit-il, comme une ordonnance secrète ; et voyant Robespierre assis dans un fauteuil, a le coude gauche sur les genoux et la tôle appuyée sur la main gauche », il lui cria : c Rends-toi, traître »; et au moment où il relevait la tête, lui tira un coup de pistolet qui lui brisa la mâchoire inférieure'. — Il tomba. Un papier où il mettait sa signature, un appel à Tinsurrectiou où il annonçait le triomphe, porte, avec les deux premières lettres de son nom, la marque <le son sang*. — Panique univer-
1. Méda, Récit de» événementi du 9 thermidor, — Selon d*autres, c'eut Robespierre qui se tira un coup de pistolet; le concierge Bochard pi*étcnd iDéme que la balle qu il se tira faillit le tuer lui-mâine (Courtois, Rapport, n* xxxvi); mais la description que les médecins ont faite de la blessure de Robespierre et de la direction du coup (ibid.^ n* xxxvii) duit faire admettre Tautrc opinion qui diflî5re absolument du récit de Dulac (n* xxxix).
2. L'appel était adressé à la section des Piques, dont il faisait partie: Courage, patriotes de la section des Piques! la liberté triomplie. Déjà ceux
que leur fermeté a rendus formidables aux traîtres sont en liberté. Partout le peuple 8C montre digne de son caractère. Le point de la réunion est à la Cum*
âU CIIAP. LI. — LA RÉVOLUTION DU THERMIDOR.
selle. Robespierre jeune, effrayé, enjambe une fenêtre, court le long de la corniche et se précipite sur le pave où il reste comme brisé ^ Cependant les grenadiers ont envahi la salle, llanriot veut gagner un escalier de service. GofGnhal, furieux, le saisit, le jette par la croisée et se dérobe lui-même. Lebas, à qui Saint-Just dit : « Tue-moi », se brûle lu cervelle. Saint-Just est arrête ainsi que Dumas, président du tribunal révolutionnaire, que Ton trouve caché sous une table V On ramasse Couthon dont un porteur est blessé, et on le traine sur le quai Pelletier. Quelques-uns le voyant sanglant lui-même et le croyant mort, parlaient de le jeter c comme une voirie » à la Seine'. Toute la Commune a fui. 11 était deux heures du matin.
La Convention était en séance; les Jacobins aussi, et ils avaient échangé plusieurs députations avec la Commune. Une première leur avait porté l'assurance « que les tribunes et la société avaient prêté le serment de
niunc oà le brave Hanriot exécutera les ordres du comité d*exécutioD créé pour sauver la patrie.
Signé : LscRAirn, Ix>uvbt, Patan, Lerebocrs, Ro....
M. Louis Blanc, qui i-cproduil cette pièce (t. XI, p. 254), y voir la preuve que Robespierre reculait devant cet appel a la force. Robespierre à rhôtcl de ville ne parait pas avoir eu ces scrupules, et je persiste à croire que c'est l'appel de la dernière heure. Si la pièce lui eût été présentée à un tout autre Dioment, il aurait achevé sa signature, ou il l'aurait biffée.
i. Courtois, Rapport f n<> xxxviii, rapport du comité civil de la Maison commune daté de 2 heures du malin [entre deux et trois heures].
2. Dulac se vaute d'avoir arrêté Dumas muni d'un flacon d'eau de mélisse, et Sainl-Just armé d*un couteau qu'il lui remit, comme Dumas son flacon, sans avoir eu l'idée Ae s'en servir. 11 prétend aussi avoir arrêté Payan. (Courtois, HappiiH^ n« xxxix.)
3. Note fournie par Fréron (Courtois, Aappor^ p. 72) :c Murs, ajoute l'auteur, Couthon dit d'un ton jésuitique : Citoyens, un instant, je ne suis pas encore mort. » — Pourquoi jésuitique? 11 avait bien le droit de dire cela. — Deaulieu prétend au contraire que Couthon faisait le mort : « Quelques personnes l'aperçurent et le prirent en cITet pour un cadavre. Mais un homme croyant voir qu'il respirait, le retourne et reconnaît qu'il est très vivant ; il s'écrie : Ah ! le brigand, il n'est pas mort. Ou l'emporte sur une civière, i {Etêots^ t. V, p. 500.)