ROBESPIERRE RAMENÉ AUX TUILERIES
mourir plutôt que de vivre sous le crime », et le président du conseil général avait répondu <c que les membres de la Commune étaient animés du plus brûlant patriotisme et qu'ils veilleraient jusqu'à ce que les ennemis de la liberté fussent anéantis ^ » Une seconde avait été nommée c pour accompagner la députation de la Commune et s'unir avec elle pour veiller au salut de la chose publique : » mais il était c deux heures et demie du 10 thermidor*! » Tout élait fini et bientôt Legendre, survenant le pistolet au poing, fit évacuer la salle et en ferma les portes.
Robespierre et tes complices amonés aux Tuileries, à la Conciergerie. Procddure sommaire. Exéculioo de vingt-deux des mis hors la loi.
Charlier venait d'occuper le fauteuil à la Convention, quand les principaux des prisonniers arrivèrent au seuil du palais : Robespierre était sanglant sur une civière :
« Le lâche Robespierre est là, dit le président : Vous ne voulez pas qu'il entre ? » (Non ! non ! s'écrie-t-on de toutes parts.)
Thuriot. « Apporter dans le sein de la Convention le corps d'un homme couvert de tous les crimes, ce seroit enlever à cette belle journée tout Téclat qui lui convient. Fie cadavre d'un tyran ne peut que porter la peste; la place qui est marquée pour lui et ses complices, c'est la place de la Révolution. 11 faut que les deux comités prennent les mesures nécessaires pour que le glaive de la loi les frappe sans délai. »
Sans délai 1 mais l'agonie fut longue pour Robespierre.
i. Courtois, Rappm't, n* xxi, 2; cf. n» xxi, 3. — 2. Ibid., n» xxi, 2.
jiO CHAI*. U. — LA RKVOLITION DU 9 THERMIDOR.
Il avait été porté au comité de salut public.
c Robespierre, dit un récit reproduit par Courtois, est déposé sur la table de la salle d'audience. Une boite contenant quelques échantillons de pain de munition fut placée sous sa tête et lui tenait lieu d*oreiller. .... Il resta pendant près d'une heure dans un état d'immobilité qui laissait croire qu'il allait cesser d'être. Enfin, au bout d'une heure, il commença à ouvrir les yeux, le sang coulait avec abondance de la blessure qu'il avait à la mâchoire inférieure gauche; sa chemise était ensanglantée. Il était sans chapeau et sans cravate; il avait un habit bleu ciel, une culotte de nankin, des bas de coton blancs rabattus Jusque sur ses talons. Vers trois à quatre heures du matin, on s'aperçut qu'il tenait dans ses mains un petit sac de peau blanche, sur lequel était écrit : Au Grand-Monarque y Lecourt, fimrbmeur du roi et de $ei troupes ^ rue Saint-Honoré^ prè$ celle des Poulies^ à Paris. Il s'en servait pour retirer le sang caillé qui sortait de sa bouche; » — et l'on a supposé que ce petit sac, étui de pistolet, avait été mis perfidement à sa portée, soit pour accréditer le bruit qu'il s'était tiré lui-même, soit pour rappeler, par l'adresse du fournisseur, la royauté dont on l'accusait de poursuivre la restauration, sans trop dire si c'était pour un autre ou pour lui^ Beaucoup de monde venait
i. On Mil la fable du cachet à fleur de lys trouvé sur la table des conjurés. Table accréditée dans le public et accueillie par Barère dans son rapport du 10 au matin {Moniteur du 1*2), avec la pensée de faire passer Robespierre |¥Hir royaliste. Merlin de Douai ne manque pas d'en parler dans la lettre qu'il écrit le 10 thermidor à la société populaire de Douai pour lui annoncer Tévcnemcnt du jour :
Paris, ce 10 thermidor l'an ii de la République, à midi. Frères et amis,
Une horrible conspiration, etc.
J'ajouterai srnlcment un fait qui pc-int dans toute son horreur le complot qui
ROBESPIERRE DANS LA SALLE DU COMITE. 2i7
conleinplcr dans sa chute cet homme naguère si puissant, si redouté, et plusieurs ne lui ménageaient pas les outi*ages. L'un disait : c Ne v'ià-t-il pas un beau roi ! » Un autre : c Quand ce serait le corps de César ! pourquoi ne l'avoir pas jeté à la voirie^? » mais d'autres en prenaient pitié et lui donnèrent (faule de linge), du papier blanc c qu'il employait au même usage que le sac, en se servant de la main droite seulement et en s'appuyant sur le coude gauche. »
a Vers six heures du matin, un chirurgien qui se trouva dans la cour du palais national, fut appelé pour le panser. 11 lui mit par précaution une clef dans la bouche; il trouva qu'il avait la mftchoire gauche fracassée; il lui tira deux ou trois dents, lui banda sa blessure, et fit placer à cdté de lui une cuvette remplie d'eau. Robespierre s*en servait de temps en temps, et retirait le sang qui remplissait sa bouche, avec des morceaux de papier qu'il ployait à cet effet en plusieurs doubles de sa seule main droite. Au moment où l'on y
vient d'avorlcr : c'est qu'au moment où nos commissaires, après 8*élre emparas de la maison commune de Paris, où était 1 e siège de la rébellion, sont entrés dans la salle des délibérations présidées par Robespierre et ses infimes complices, il s'est trouvé sur le bureau un grand cachet à (leurs de lys tout récemment fabriqué.
La joie est universelle à Paris. Je ne doute pas que vous ne la partagiez. Salut et fraternité.
Merlin.
Bibliothèque de Douai, Recueil de M. Plouvain, n? bO bis.)
i. Faite recueillie aux dernière inetante de Robeêpierre^ p. 3. Merlin de Thionville se joint par l'intention aux iosulteurs : c Une seule fois, dit-il, dans toute sa vie, il voulut marcher : il a lait un pas, un seul pas, sans appui, sans précurseur et sans guide, et ce pas l'a conduit.... à la mort. — Construisez une machine humaine faible et lâche, animez-la de la passion de roiivic, placc;^ la dans les circonstances où s'est trouvé Robespierre, et vous l'cconimcncerci Robespierre. Ou l'appela d'abord le patriote Robespierre, ensuite l'incorruptible Robespierre, ensuite le vertueux Robespierre, ensuite le grand Robespierre. Le jour vint où le grand Robespierre fut appelé tyran, et ce jour-là un sans-culotte, le considérant étendu sur un grabat au comité de sûreté générale, dit : Voilà doue un tyran^ ce n*eêt que ça f (Portrait de Robeitpierre, p. 10.)
248 CIIAP. U. — LA RÉVOLUTION DU 9 TllERMnX)R.
pensait le moins, il se mit sur son séant, releva ses bas, se glissa subitement en bas de la table et courut so placer dans un fauleuil. A peine, assis, il demanda de l'eau et du linge blanc. Pendant tout le temps qu'il resta couché sur la table, lorsqu'il eut repris connaissance, il regarda (ixement tous ceux qui l'environnaient, et principalement les employés du comité de salut public qu'il reconnaissait; il levait souvent les yeux au plafond, mais à quelques mouvements convulsifs près, on remaix]ua constamment en lui une grande impassibilité, même dans les instants du pansement de sa blés* sure, qui dut lui occasionner des douleurs très aiguës. Son teint, habituellement bilieux, avait la lividité de la mort*. »
Son frève avait été porté d'abord au comité civil de la maison commune où on l'interrogea quand il eut repris ses sens. Il dit qu'il s'était précipité volontairement^ qu'il avait toujours fait son devoir ainsi que son frère, rejetant l'accusation de conspiration sur Paris, sur GolIot-d*IIerbois, sur Carnot. Les médecins qui le visitèrent avaient jugé qu'il ne pouvait être transporto sans péril pour ses jours. Mais les représentants délégués par la Convention avaient donné l'ordre de le conduire au comité de sûreté générale, et malgré les observations
1. Courtois. Raf/porlj n* xli : Notes relatives à Robespierre lorsqu'il fut apporté au comité de salut public. Nous reproduisons inlégralcment, aux appendices n* 5, un curieux récit auquel M. Louis Blanc a emprunti'^ plusieurs traits; il est intitulé : Faits recueillis aux derniers moments de Robespierre et de sa faction du au iO thermidor. C'est Je rapport d'un témoin, témoin peu sympaUiique. Mais si Tauleur recueille sur Itobcspierre les injures qui te disaient autour de lui, il n'en dit pds. — Le pansement du « scélérat Robespierre », comme rappellent désormais les médecins dans leur rapport offiiicl. avait eu lieu k 5 heures du matin : « II était tout couvert de sang, Iranquilli^ en apparence et ne témoignant pas éprouver beaucoup de douleurs. » (Bûchez et ïtoux, 1. 1( XXIV, p. W.)— Tranquille en apjmrence. Le scélérat Robcspien-e ne pouvait être tranquille qu'en apparence.