ROBESPIERRE AUX JACOBINS (21 MESSIDOR
Il importe de revenir à une plus saine application de la loi, et la loi c'est la guerre à tous ceux qui ne sont pas avec le gouvernement, qui ne le suivent pas jusqu'au bout dans la voie sanglante où il s'est engagé :
Quiconque veut cabaler contre le gouvernement est un traître... On veut calomnier le gouvernement révolutionnaire pour le dissoudre. On veut Qétrir le tribunal révolutionnaire, pour que les conspirateurs respirent en paix.
La bataille de Fleur us, qui dissipait toute crainte du dehors, pouvait faire inclinera l'indulgence : Robespierre constate cette disposition des esprits pour en montrer les périls :
Il est naturel de s'endormir après la victoire. Nos ennemis, qui le savent bien, ne manquent pas de faire des efforts pour détourner notre attention de dessus leurs crimes. La véritable victoire est celle que les amis de la liberté remportent sur les factions : c*est cette victoire qui appelle chez les peuples la paix, la justice et le bonheur.
Il faut donc en révenir à la lutte, c'est-à-dire à l'extermination :
Nous ne pouvons atteindre ce but que par des institutions qui ne peuvent être fondées que sur la ruine des ennemis incorrigibles de la liberté. Il faut une excessive légèreté pour s^endormir sur lés conjurations et pour perdre un instant ce courage ardent qui nous porte à dénoncer les conspirateurs.
Mais où sont les conspirateurs? Il y en a eu dans la Convention; n'y en a-t-il pas encore? et, de peur d'être atteints, n'arriveront-ils pas à persuader à l'Assemblée, comme on l'avait vu durant la discussion de la loi du 22 prairial, que nul n'est en sûreté si l'on n'ôte pas au Comité cette arme redoutable? Robespierre savait trop
4 CHAP. XLYI. — MESSIDOR (TROISIÈME DÉQDE).
qu'il en était ainsi pour ne pas aller à {'encontre de ce sentiment :
On veut, dit-il, avilir et anéantir la Convention par un système de terreur. 11 existe des rassemblements qui ont pour but de répandre ces funestes idées ; on cherche à persuader à chaque membre que le comité du salut public Ta proscrit.
Ce complot existe, mais puisqu'on le connaît, tous les bons citoyens doivent se rallier pour rétoufler.
Les Jacobins, eux, n'ont rien à craindre : qu'ils sortent enGn de ce qu'il appelle « leur sommeil léthargique » :
On veut donc, ajoute-t-il, forcer la Convention à trembler, on veut la prévenir contre le tribunal révolutionnaire et rétablir le système des Danton, des Camille Desmoulins. On a semé partout les germes de division ; on a substitué la défiance à la franchise.
Et faisant un supplément à la loi des suspects :
Il est un sentiment gravé dans le cœur de tous les patriotes, et qui est la pierre de touche pour reconnaître leurs amis : quand un homme se tait au moment où il faut parler, il est suspect; quand il s'enveloppe de ténèbres ou qu'il montre pendant quelques instants une énergie qui disparait aussitôt ; quand il se borne à de vaines tirades contre les tyrans sans s'occuper des mœurs publiques et du bonheur de tous ses concitoyens, il est suspect
Quand on voit des hommes ne sacrifier des aristocrates que pour la forme, il faut porter un examen sévère sur leurs personnes.
Quand on entend citer des lieux communs conlre Pitt et les ennemis du genre humain, et que l'on voit les mêmes hommes attaquer sourdement le gouvernement révolutionnaire ; quand on voit des hommes tantôt modérés , tantôt hoi's de toute mesure déclamant toujours et toujours s'oppo-
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sant aux moyens utiles qu'on propose, il est temps de se mettre en garde contre les complots.
Après ce réquisitoire où Barère qui présidait pouvait se demander s'il n'avait pas été visé lui-même :
Concluons de là, dit-il, que le gouvernement républicain n'est pas encore bien assis, et qu'il y a des factions qui contrarient ses effets. Le gouvernement révolutionnaire a deux objets : la protection du patriotisme et Tanéantissement de l'aristocratie. Jamais il ne pourra arriver à ce but tant qu'il sera combattu par les factions. Assurer la liberté sur des bases inébranlables sera pour lui une chose impossible tant que chaque individu pourra se dire : Si aujourd'hui l'aristocratie triomphe, je suis perdu. Mais les scélérats ne triompheront pas , car il est impossible que les hommes qui ont épousé le système profond de la justice et de la liberté consentent jamais à laisser à de si vils ennemis un triomphe qui serait à la fois la honte et la perte de l'humanité entière. 11 faut que ces lâches conspirateurs ou renoncent à leurs complots infâmes, ou qu'ils nous arrachent la vie. Je sais qu'ils le tenteront, ils le tentent même tous les jours, mais le génie de la patrie veille sur les patriotes.
J'aurais voulu, continue- t-il, donner plus d'ordre et de précision à ces réflexions, mais j'ai suivi le sentiment de mon âme. Je cherche à étouffer les germes de la division et à empêcher qu'il ne se forme deux partis dans la Convention...
Le moyen est connu :
J'invite tous les membres à se mettre en garde contre les insinuations perCdes de certains personnages qui, craignant pour eux-mêmes, veulent l'aire partager leurs craintes. Tant que la terreur durera parmi les représentants, ils seront incapables de remplir leur mission glorieuse. Qu'ils se rallient à la justice étemelle, qu'ils déjouent les complots par leur surveillance, que le fruit de nos victoires soit la liberté, la paix, le bonheur et la vertu, et que nos frères, après avoir versé
leur sang pour nous assurer tant d'avantages, soient euxmêmes assurés que leurs familles jouiront du fruit immortel que doit leur procurer leur généreux dévouement^.
Extermination des aristocrates comme fondement de la paix publique, proscription de tous ceux qui, en voulant les épargner, se rendraient suspects de favoriser leui's desseins ; telle était donc la conclusion de ce discours : c'est le signal du redoublement des massacres pour les premiers, mais aussi pour les autres un avertissement d*où sortira la réaction du 9 thermidor.
21 (9 juillet). Gris de misère, défi public: Charles Voilieinier.— 22 (10 juillet).
Cultivateurs, officiers, hommea de loi.
Il semble que la conspiration des prisons offrait un cadre assez large pour y comprendre tous les prévenus, et qu'on pouvait désormais se passer du menu des accusations ordinaires. Mais qu'aurait fait l'autre section du tribunal tandis que la première en était saisie? Il lui fallait sa pâture ordinaire, et on sut bien faire en sorte qu'elle n'en manquât point.
Nous avons donné au 19 messidor ceux qui, de l'autre salle, furent envoyés avec les soixante de la première fournée du Luxembourg à Téchafaud. Le 21 (9 juillet 1794) les quarante-huit de la seconde fournée eurent pour compagnons douze condamnés de la salle voisine, la plupart ouvriers ou hommes du peuple, et toujours pour propos contre-révolutionnaires* : car ils avaient
1. Séance des Jacobins (21 messidor), Moniteur du 30 (18 juillet 1794).