PROPOS : J. GAUCHER-LAVERGNE ET J. BLAT
Lavergne était accusé en particulier d'avoir montré de la joie de nos revers, disant qu'on en verrait bien d'au très; — détourné les jeunes gens d'aller à la frontière; discrédité les assignats, a un f... papier, une pauvre drogue » ; dit que les municipaux et les districts étaient a un tas de gueux, de fripons et de canailles qui nous Yoloient comme font les voleurs au coin d'un chemin » : propos qu*il nia dans son interrogatoire, et pour preuve qu'il n'avait détourné personne d'aller à la frontière, il citait ses deux frères qui étaient au service de la République ^
Joseph Blat, le curé, avait spécialement à sa charge d'avoir proposé d'abattre un arbre de la liberté : mais il disait que ce n'était pas un arbre de la liberté, et qu'il avait pris l'avis de la commune. On l'accusait encore d'avoir répandu de fausses nouvelles le 10 août; témoigné de son mépris pour les lois en détournant des citoyens de lire des décrets de l'Assemblée nationale ; discrédité les assignats, en disant : « Ces pauvres gens sont bien sots : il viendra un temps que pour un écu de six livres on aura mille livres en papier » (on en a eu davantage); désiré le retour de la monarchie et mal pensé de la République :
Que l'Âsserablée constituante avoit voulu donner à la France une constitution et qu'elle y avoit réussi, et qu'actuel lement TAssemblée législative vouîoit lui donner un gouvernement républicain, mais qu'il croyoit qu'elle n'y .réussiroit pas ; que ce n'étoit uniquement que dans l'intention de détruire la religion, ajoutant encore en parlant du tyran
i. ArchÎTcs, W 451, n* 122, pièce 6 (iaterrog.); cf. p. 3 (jugemcnl), et Bulletin i ibid., p; 125.
Capet : qu'on avoit fait mourir un bon roi, qu'ils avoient bien mal fait et qu'ils étoient des sacripants'.
Le même jour était condamné à mort, par un troisième jugement, un invalide, Suisse d'origine, Pierre RiGouLET, âgé de 62 ans, accusé d'avoir dit, dans la commune d'Annet (Haute-Saône), lors de l'insurrection des départements contre la révolution du 31 mai, c qu'il attendoit des nouvelles d'Évreux pour se mettre à la tète de 10 000 hommes, — propos qu'il niait*.
Trois condamnations à mort pour propos en un jour! La un de Tan II n'était pas trop indigne de ses commencements, et le nouveau tribunal révolutionnaire aurait pu être avoué par celui de Dumas et de Fouquier-Tinville.
Citons pourtant à sa décharge le jour suivant (4*'sansculottide, 20 septembre 1794) un acquittement que l'autre n'aurait assurément pas prononcé.
L'accusé était un ex-noble, Érard«Louis-Guy Cuatënay-Lântt, ex-capitaine de dragons.
On lisait dans une lettre de lui, en date du 1'' avril 1792 :
On me mande que le département de la Cote-d*Or vient d'enjoidre à tous les curés et prêtres non assermentés qui n'étoient pas domiciliés à plus de trois lieues de leur cure de se rendre à Dijon pour là s'y présenter chaque quinzaine à la municipalité. Jusqu'à ce que j'en apprenne la vérité par veus-méme, mon cher et ancien collègue, je m'abstiendrai de le croire, et certes vous n'aurez pas souscrit à un acte aussi tyrannique, aussi illégal.
« Si la loi est l'expression de la volonté de la majorité, quelle étrange présomption, quelle funeste tentative que celle
i. Ardiives, Yf 451, n* 124, pièce 3 (jugement); cf. pièce 7 (interrog.) et Bulletin, p. 126.
2. Ibid., n* 125, pièce 13 (inteir.); cf. Bulletin, n« 51, p. 121
ACQUITTEMENT : CHATENAY-LAISTY. 305
d'une petite portion de cette secte qui prélendroit substitue sa volonté particulière à celle de la majorité?...
ce Ne cherchez pas d'autre cause à Tanarchie dans laquelle la France est tombée; cessez d'en accuser seuls les prêtres, les aristocrates; c'est vous qui leur prêtez des armes, qui dictez leurs déclarations par votre intolérance et vos actes arbitraires. Vous parlez de liberté, comme les diables forcent à louer Dieu qu'ils n'aiment pas ; vous voulez être libres, soyez justes. Youlez-vous éteindre et amortir les discussions religieuses?... Soyez tolérants...
C'est pour cette lettre qu'il était accusé de vouloir « rétablir le despotisme cl les privilèges de la féodalité et de l'orgueil. »
Sa défense devant le tribunal fut digne de la lettre pour laquelle il était accusé.
a Jamais, dit-il, je n'ai pu approuver les infractions à In loi qui prononce la liberté des cultes.
« Je n'ai donc pu garder le silence, lorsque j'ai appris les mesures extraordinaires que l'on .employait contre les prêtres réfractaires, pour les mettre, disait-on, dans l'impossibilité de nuire ; mais le plus souvent, pour servir des haines, des animosités particulières, ou les passions d'un parti quelconque.
« Un prêtre réfractaire qui sait s'abstenir de toute intrigue, qui ne cherche point à faire des prosélytes, a toujours été i mes yeux un citoyen dont la personne et les propriétés dévoient être sous la protection de la loi ; un homme qui devoit partager avec ses concitoyens tous les agréments, toutes les facilités que présente le commerce social. La tolérance dans les choses licites autorisées par la loi m'a toujours paru propre à ramener les esprits ; jamais je n*ai pu me persuader qu'il fût permis de commenter, d'interpréter une loi qui n'admet pas de distinctions, et j'ai souvent remarqué que les