LES NEUF HABITANTS DE FONTEYRAULT
nécessité de pourvoir à l'adminigiralion de.la ville pendant rinvasion;
Paul-Àlexandre Chabrignag dit Condé avait accepté la présidence de ce comité : c'était un ancien militaire, noble, chevalier de Sainl-Louis, qu'à tous ces titres on était allé prendre chez lui, en le forçant à mettre sa décoration pour présider le comité;
François Drouin, procureur de la commune^ Pierre Bourreau, ex-greffier, et Jean Billarp, brigadier de gendarmerie, avaient aussi fait partie du comité : en outre, DuouiK était particulièrement inculpé d'avoir mis en adjudication l'arbre de la liberté, qui avait été renversé, et GuiLLOu, dit Duplessis^ ex-religieux de l'abbaye de Fontevrault, de l'avoir acquis au prix de 85 livres : c'était, disaient-ils, pour le soustraire aux injures des brigands, et du reste l'argent avait été irendu et l'arbre remis en place avant leur départ. Billard ne niait pas qu'il eût pris la cocarde blanche, et s'en excusait mal en disant <x qu'il avoit cru prudent de faire semblant de céder à la force pour avoir occasion de continuer ses services pour la chose publique et de diriger la surveillance de ses gendarmes sur les brigands^ »
Un lincien ami de la royauté et un prêtre tiilèle : le juge llarguel, le curé Beaufils, coufesseur de la foi. Quelques autres condamnations plus rares en brumaire.
Les antécédents royalistes, et la ûdélité au sacerdoce.
i. Archives, W 4C2, n« 204, pièces 40-49, et BulUtin, p. 182-100.
314 CHAP. un. — LE TRIBUNAL RÉVOL. DU 25 THERMIDOR,
même constitutionnel, quand ils étaient dénoncés, n'étaient pas plus épargnés que jadis.
Le 21 (12 octobre) nous trouvons une nouvelle victime de la journée du 20 juin !
François-Antoine Margcet, juge au tribunal du district de Mortagne-sur-Aisne (Sainte-Menehould), auteur d'une adresse au roi à ce sujet et d'une autre lettre qui ne le montrait pas plus zélé partisan de la journée du 10 août '. 11 s'était pourtant rallié « au mouvement révolutionnaire )> ; il avait c adhéré à toutes les adresses
' 1. « Je ne sauroîs vous dire, écri voit-il, avec quelle satisfaction, mon cher ami, j'ai reçu de vos nouvelles; j'en avais souvent demandé à Monsieur Minette, surtout après la journée du 10- août, et si je ne vous ai pas écrit, c'est qu'il m'a assuré que vous n'y étiez pour rien.
c D'ailleurs les correspondauces sont si peu secrètes, qu'on craint de se . coiiipromcltre, soi et ses amis ; et en vérité, pour ne pas être libre de dire ce qu'on pense, il vaut presque autant garder le silence.
< Recevez mes sincèi'es compliments pour les détails dont vous avez bien voulu me faire part ; votre lettre est presque la seule où j'en aie reçu de pareils depuis quatre mois.
a Au r^te, dans le tourbillon où nous sommes jetés, c'est peut-être un bien d'attendre les événements an silence, et de subir la destinée telle qu'elle soit.
« Pour moi, je me résigne à la mienne; et pour la concentrer de plus en plus, je me suis éloigne de toute espèce de place dans les nouvelles nominations, en sorte que je ne suis rien aujourd'hui, et je crois que vous m'en féliciterez.
< Tranquille dans Tintéricur de mon ménage, je suis aussi heureux qu'on peut l'être dans les circonstances actuelles, laissant dire et faire tout ce qu'on veut ; en atlendjint que des jours plus prospères succèdent aux ouragans que nous avons éprouvés depuis quatre ans.
< Je n'avois que trop prévu dans le temps, comme vous le dites, quel devoit être le résultat de l'esprit dominant.
« J'apprends avec plaisir que vous vous disposez à quitter Paris ; je voudrais déjà voir vos projets se réaliser. » {Bulletin, p. 205 )
Celte lettre avait donné lieu aux questions suivantes dans son interrogatoire préalable :
D. Quel est le résultat qu'il dit dans sa lettre avoir prévu dans ce temps devoir être produit par l'esprit dominant?
R. {lue h Révolution seroit accompagnée de beaucoup d orages, en raison des actions qui s'opposoient au bien que voutoit opérer l'Assemblée nationale.
D. Pourquoi il s'est retiré des fonctions publiques?
R. Parce qu'il éloit affecté d'une surdité ancienne qui s'est accrue, notamment depuis qu'il a exercé les fonctions de juge. (Archives, W 465, n» 233, pièce 23.)
LE ROYALISTE MARGUET, LE PRÊTRE BEAUFILS. 315
propres à asseoir les fondements de la liberté, et prêté tous les serments prescrits par la loi * ! »
On raccusait bien encore d'avoir dit à la femme d'un de ses collègues, le 16 septembre 1792 : c C'est à tort que vous comptez sur les soldats français, c'est un composé de brigands qui ne sont propres à rien. » Mais cette déposition venait à deux ans d'intervalle. « J'ai pu dire, répondait-iU que nos armées étaient mal organisées, mais il est faux que j'aie traité ces armées de brigands. > Et la femme qui en déposait déclarait qu'elle ne lui avait pas supposé de mauvaises inlentions. Ajoutons que nombre de témoins attestaient son civisme, et il y avait une foule de pièces à décharge, sur lesquelles l'accusateur public lui-même appelait l'attention du jury.
Le jury déclara :
1^ Qu'il est constant qu'il a été fabrique des écrits, et pratiqué des manœuvres tendant à Tavilissement de la repré^ sentation nationale, et au soutien de la royauté, pour favoriser le succès des ennemis ;
2* Que l'accuse est convaincu de s'être rendu l'auteur ou le complice de ces délits, en signant et gardant chez lui des adresses au tyran, en calomniant la révolution par des propos et écrits, et en traitant les troupes de brigands ;
3* Qu'il est également convaincu de l'avoir fait dans des intentions contre-révolutionnaires'.
En conséquence, Marguet fut condamné à mort.
Le 24 (15 octobre), un prêtre républicain constitutionnel, mais resté catholique, François Beaufils, excuré de Saint-Christophe-sur-Loire. Il avait confessé sa foi en pleine Terreur : c'est du 16 pluviôse an II qu'est
i, ArchiTcs, W 465, n- 233; cf. Bulletin, n- 51-52. p. 204-208. 2. Btfiletin, ibid., p. 208.
daté rinterrogatoire dont nous extrayons ces lignes :
A-t-il dit la messe le jour des ci-devant rois comme jour de fête?
R. Oui.
D. Comment pouvoit*ii se faire qu'après avoir prête le serment d*étre fidèle à un gouvernement populaire, il peut encore entretenir Tesprit des habitants de cette commune dans le désir d'offrir des hommages aux rois?
R. Qu'il n'a point entendu parler de la fête des rois mais bien de celle de TÉpiplianie de Notre-Seigneur.
D. Qu'entends-tu par le mot Epiphanie?
h. Qu'il entendoit l'apparition de Dieu.
D. S'il considère le culte catholique comme la vraie religion de Dieu, ou bien comme celui d'un gouvernement politique?
R. Qu'il le considère comme celui du vrai dieu sans toucher à l'état politique.
D. S'il croit que sans professer la religion catholique on ne peut être sauvé?
R. Qu'il regarde comme impossible que celui qui ne professe pa;) le culte catholique puisse être sauvé et aller eu paradis.
D. S'il penspit que celui qui ne professe pas le culte catholique ne soit pas un honnête homme?
R. Que sans cela, il pouvoit être un honnête homme.
D. Ton intention est-elle de renoncer à ton état de prêtre?
R. Que non et qu'il ne le pouvoit pas sans manquer à Dieu.
D. Si son intention n'étoit pas de prêcher continuellement les principes de son culte?
R. Que s'il existoit dans sa paroisse, il le feroit encore.
D. S'il préfère le gouvernement monarchique ou le populaire?
R. Qu'il préfère un gouvernement républicain à un gouvernement monarchique, pourvu qu'il y soit tranquille.