‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 234 sur 333 · U CONSPIRATION DES PUISONS A SANTES · texte numérisé non relu

U CONSPIRATION DES PUISONS A SANTES

La coospiralion des prisons à Nantes : la noyade du BoufTay.

Le procédé employé à l'égard de ces prôtres parut bon à élre appliqué à tous.

Malgré Tenvoi des cent trente-deux à Paris, les prisons de Nantes s'étaient bien vite remplies de suspects. Pour les vider, le comité révolutionnaire de Nanles, inspiré ou secondé de Carrier, peut se vanter d'avoir trouvé dès lors le moyen que le grand comité de salut public de Paris ne renouvela que plus tard : la conspiration des prisons. Six condamnés pour vol, détenus à la prison du BoufTay, avaient comploté une évasion. On en fit * une conjuration où l'on prétendit envelopper tous les prisonniers politiques. Les Vendéens arrêtés devant Granvillc revenaient vers la Loire. On disait Angers menacé. Sous l'influence de cette nouvelle, le comité révolutionnaire se réunit avec les corps administratifs dans la soirée du 14 frimaire (4 décembre). Phelippes dit Tronjolly, président du tribunal révolutionnaire, fut mandé : il venait de condamner à mort les six voleurs qui avaient voulu s'échapper du Bouffay. On voulait suspendre leur exécution pour faire périr avec eux tous les autres comme étant leurs complices. Phelippes s'y opposa et fit exécuter ses condamnés, mais le comité révolutionnaire tenait à son projet, et Carrier, qui était avec lui, ajouta un argument nouveau pour le faire accueillir. Il parla de la nécessité de vider les prisons pour éviter la peste, et un jury, dit jury national, reçut mission d'aller immé-

r,5i CIIAP. LIY. — LE COMITÉ RÉVOL. DE ^A^7ES ET CARIUEK.

Hialement au comilé pour faire des listes. Le jury se sépara sans rien faire; mais Goullin avait travaillé de son côté et, dans la nuit du 14 au 15 frimaire (4-5 décembre 1793), il signa l'ordre au général Boivin de prendre ceux dont il lui remettait les noms (il y en avait soixante) et de les mener à TÉperonnier pour les fusiller: c'était avec la guillotine le moyen appliqué jusque-là aux prisonniers, et de préférence quand ils étaient nombreux.

Le projet manqua cette fois par le refus du général. Sur la liste il y en avait qu'il connaissait comme ayant été enfermés au Bonffay pour délit d'ivrognerie. Il rejeta l'ordre comme illégal; il allégua d'ailleurs qu'il n'avait pas de troupes, refusa de prendre de la garde nationale qu'on lui offrait et fit si bien que plusieurs membres du département avertis lui donnèrent Tordre de surseoir.

Mais les prisonniers n'avaient échappé à la fusillade que pour trouver une autre mort. Dans la journée du 15, le projet de les faire périr en masse fut repris, sur la proposition du comilé, dans une réunion des corps administratifs provoquée, à ce qu'il semble, par Carrier lui-même. Le président du tribunal révolutionnaire y fut de nouveau mandé, et sur son opposition les corps administratifs, cette fois encore, se retirèrent sans rien ré* soudre. Le comité ne se rebuta point. Il savait, on Ta vu, se passer de ceux dont il voulait s'autoriser, ayaiit d'ail-* leurs Carrier pour auxiliaire ou pour auteur. Goullin signe avec plusieurs autres l'ordre de préparer des gabares' ; Carrier donne un laissez-passer qui doit ouvrir

1. Les pièces ori}(innIcs en existent aux Archifes : ; Au nom lin la Hc|)ubli(|uc franiMiso,

LA NOYADE DU BOUFFAY. r»55

la rivière à rexéciition, et dans la nuit du 15 nu 16, la compagnie Marat envahit la maison du Bouffay. On y boit, on y mange, et à minuit ils réclament les prisonniers. Mais le président et l'accusateur public du tribunal révolutionnaire sont là et font échouer ce des-

sein*.

Ainsi à deux reprises, c'est le tribunal révolutionnaire (chose curieuse!) qui à Nantes arrête et dans la délibération et dans l'exécution ce projet de massacre. Les mesures prises par Carrier et par le comiié ne furent pourtant pas sans effet. C'est du 15 au 16, on Ta vu, que les cinquante-huit prêtres d'Ângei^ arrivèrent à Nanles, et c'est le 20 qu'on les noya. Mais le comité n'en avait pas moins juré de perdre les prisonniers du Bouflay prétendus conspirateurs, et le 24 enfin, il eut satisfaction. La liste du 14 fut reprise, définitivement ar-

Le comité révolutionnaire autorise le citoyen Affilé jeune, charpentier, demeurant à Gliennc, de requérir le nombre de charpentiers qu'il jugera nécessaire à rezéculion de la mission qui lui est confiée.

Ce citoyen est requis d'y apporter In plus grande célérité et de payer généreusement les ouvriers qu'il y euiploiera, si toutefois ils apportent dans leurs travaux tout le zèle et toute Taetivité qu'ils méritent.

En comité révolutionnaire, Nantes, 16 frimaire, an 2 de la République indivisible.

Signé : Bachklikb, président; Richelot, GorLLM,

GuiLLOT, pROUT aîné, Louis Naf.

(Archives, >V A99, dossier 479, 3* pnrlie, pièce 18.)

I^e comité révolutionnaire autorise le citoyen Colas de prendre autant de barges ou antres embarqua tiens qu'il jugera convenables pour l'opération dont il e>t chai'gé par le comiié de Nantes 17 frimaire an 2 de ta république Fraiirai^ indivisible et impérissable.

Signé : M. Grandiaiso!! (qui a écrit ce billet), Golllin,

pROUT aîné, Guillet, Louis ^AD. Et sur le revers :

Le citoyen Affilé est requis de faire exécuter l'ordre donné par le comité au citoyen Cola^, et enjoint à tous bargers d'obéir à la réquisition duiiit Aflilé sous peine d'être déclarés mauvais citoyens. Nantes, 17 frimaiie an 2.

Signé : Goullix (qui a écrit l'ordre), Louis Nau, Bollogmel. (/6i</., pièce 10.)

1* A. Lalliéf fr Snni-cnloUe Goullin^ p. 55 et suiv.

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