LES GRANDES NOYADES
poste sur la gabare; Grandmaison, Boulay, René Nau et d^aulres membres de la compagnie Marat y étaient montés aussi pour contenir les prisonniers s'ils tentaient la révolte. Ils purent au moins se servir de leui*s sabres pour couper les mains qui, désespérées, s'ouvraient un passage à travers les flancs du vaisseau enlr'ouvert. Un des prisonniers, Leroy, qui échappa, fit des déclarations qui plus tard entraînèrent des aveux^ La liste des cent vingt-neuf a été perdue. Mais Tordre de livrer les cent cinquante-cinq était resté aux mains du concierge, et il put l'opposer aux membres du comité qui croyaient avoir effacé la trace de leur complicité dans ce grand attentat.
I^ scène qu'on vient de voir en résumé est horrible, et ce n'est qu'un commencement. Les grandes noyades n'eurent lieu que le mois suivant.
Les grund^8 noyades : mariages républicains, enfanls noyés.
On avait noyé les prêtres à deux reprises. On avait noyé les prétendus conspirateurs du Bouffay : quelques marchands ou citoyens suspects, de simples voleurs, des ivrognes. Mais la grande masse des prisonniers de Nantes, c'étaient des Vendéens, hommes, femmes, enfants, ramassés par force ou par soumission volontaire, et ils affluèrent surtout dans les prisons après la bataille du Mans (22 frimaire, 12 décembre), et surtout après la
i. Mercure français, 10 brumaire an UI, cité ()ar H. A. Lallii*, les Noyade* de Nanleê, p. 30.
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déroule de Savenay (3 nivôse= 23 décembre 1793). Cet enlassemenl de prisonniers était pour Nantes un double péril. On avait à les nourrir et le pain manquait; ils se mouraient de maladies : et ce n^est pas là ce qui eût ému le comité ; mais leurs malades menaçaient de contagion la ville entière. Fallait-il s^exposer à la famine et à la peste pour des gens que la loi vouait à l'extermination? Â cet égard, la conscience de Carrier et du comité se trouvait fort à Taise et les exécutions en masse furent décidées.
Combien y eut-il de noyades et combien d'hommes y périrent? On ne l'a jamais bien su et on ne le saura jamais bien. Quelques-uns comptent jusqu'à vingt-trois noyades et jusqu^à neuf mille noyés, car c'est par centaines de victimes qu'elles se faisaient; nous retrouverons à cet égard les témoignages divers dans les débats des procès, et des lettres écrites dans le temps même et sur les lieux en parlent comme de chose habituelle :
Le nombre des brigands qu'on a amenés ici depuis dix jours est incalculable. Il en arrive à tout moment. La guillotine étant trop lente, et attendu qu'on dépense de la poudre et des balles en les fusillant, on a pris le parti d'en mettre un certain nombre dans de grands bateaux^ de les conduire au milieu de la rivière, à demi-lieue de la ville, et là on coule le bateau à fond» Cette opération se fait GoirrmuELLEMErfT ^
Ce qui parait bien établi, c'est qu'il y eut, indépen-
1. Journal de la Montagne du 18 nivôse an II et Moniteur du même jour, A. Lallié, les Noyades de Nantes^ p. 53. M. A« Lallié, dans cet ourrage (p. 82-90) évalue le nombre des noyades à onze au minimum, et celui des noyés à 4860 : pour les noyndes le cilcul se fonde sur des faits certains; pour les noyés, il est plus hypothétique. L'auteur retranche des 13283 emprisonnés à Nanlesi le nomblc des condamnés exécutes (1071), acquittés ou élnrgis (452), morts de maladie (3000), prisonniers vivanls (5000). Il y a plus d'une cause d'incertitude dans ces clnflrest