NOUVELLE CATÉGORIE DE SUSPECTS
A propos des repas fraternels une lettre non signée, adressée à Robert Lindet y signale une nouvelle cause d'arrestation et elle jette aussi quelque jour sur ces comités révolutionnaires qui étaient les principaux pourvoyeurs du
tribunal.
Au citoyen Robert Lindet, Député à la GonTontion et membre du Comité de Salut public,
à Paris.
Soupers fraternels et infratemeU.
Ces orgies bizarres, si elles ne sont pas coupables, ont été pour la plupart arrêtées^ ordonnées dans les sections par les tripots qu'elles appellent assemblées générales ; et si quelques-unes se sont servi du mot invitation^ on sait ce que vaut cette expression quand on peut être traité tomme suspect pour ne s'y être pas rendu. Qui a pu leur suggérer une pareille idée? Il est dirficile de ne pas croire que c'est Henriot, quand on a lu son ordre du 23 inséré dans le journal de Feuillant du 24, et surtout quand on sait que dans certaines sections, ce sont les commandants de bataillon qui, de leur seule autorité, ont fait battre la caisse pour appeler les citoyens à la célébration de ces orgies. Et cette conjecture est d'autant plus probable qu'il y auroit de Pimbécillité à douter qu'Henriot ne soit absolument dans les principes de ses anciens protecteurs et endoctrineurs Bouchotte, Ronsin, Vincent, Pache, Chaumet et Hébert.
n. REPAS FRATERNELS. NOUVEAUX SUSPECTS. 451
Mais, dira-t-on, comment les assemblées de section ontelles pu donner dans ce piège? Comment n'ontrelles pas senti qu'elles n'avoient pas le droit d'ordonner ces saturnales ni même celui d'inviter à s'y livrer? le voici. Quand il s'agit de quelque chose qui tient à l'esprit d'intrigue ou à des intérêts particuliers, la proposition en est toujours faite par un membre du comité révolutionnaire de la section ou par un de ces patriotes énergumènes et hébertistes qui ne font qu'un avec le comité et qui ordinairement lui servent d'espions. A l'instant les hommes ignorants à qui le scélérat Danton a fait accorder 40 s. par séance et qui depuis vont en foule aux assemblées où ils n'alloient pas auparavant, accueillent la motion par des applaudissements bruyants et en criant aux voix; et Tarrété est pris à l'unanimité, quoique les citoyens instruits et bien intentionnés soient d'un avis différent. Si quelqu'un d'eux osoit s'y opposer, il auroit tout à craindre d'être incarcéré comme suspect^ après avoir été traité di aristocrate^ de modéré^ de fédéraliste (et nombre de citoyens gémissent dans les prisons pour pareille cause) ; ou tout au moins on lui refuseroit un certificat de civisme, s'il avoit le malheur d'en avoirbesoin, sasubsistanceen dépendit^ elle, soit comme employé, soit comme pensionnaire.
Yoilà comme dans les assemblées des sections les opinions les plus éclairées, les plus pures et les plus utiles sont enchaînées, opprimées par la terreur qu'inspire l'autorité arbitraire des comités révolutionnaires et par le crédit qu'ils donnent à certains fripons hébertistes comme eux, car ils le sont pour la plupart. Aussi les meilleurs citoyens se taisent dans ces funestes assemolées, ou, s'abstenant d'y aller, les arrêtés les plus absurdes, les plus injustes, les plus impolitiques y sont pris à chaque instant ; et de plus on ruine les citoyens par des dépenses sectionnaires sans bornes, qui excédent Ips impôts ordinaires et les dépenses communales qui cependant sont déjà très fortes. Tantôt c'est une salle qu'un menuisier, un serrurier, membre du comité révolutionnaire» veut qu'on construise, qu'on agrandisse ou qu'on embellisse,
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et il faut le rociloir avec loi ; tandis que si les opinions étoieoi libres on se contenteroit de Ini répondre : Vous Uet orftcre M. Ja$$e. Tantôt c'est on manvais diseonn plein d'exagération et d'impolitîqoe dont on ordonne l'impression par 3, 4, 5 et 6000 exemplaires, etc. Pnis, poor combler la mesure et à Fexemple de la commune, jamais de compte ou si on [en] rend pour la forme, défense d'y trouva rien à redire sous peine de êuêpicUm, etc. Et tout cela se passe sous tes yeux et ceux de tes collègues ! et tous tous opiniâtrei à laisser subsister les assemblées de section et les certificats de civisme ! Hélas! ou Toulèf-Toos donc nous mener?
(Pas de signature^.)
Mais le Comité de salut public s'alarma de ces repas fraternels à un autre titre. Il craignit que les aristocrates ne profitassent de ces réunions pour séduire le peuple par leun libéralités. Ce fut Tobjet d'un rapport de Barère le 28 messidor (16 juillet 1794):
a Les banquets sont remplis d'hommes patriotes et de braves républicains, de citoyennes vertueuses; mais sous les tables fraternelles se cachent l'aristocratie hideuse, l'artificieuse contre-révolution et les vices qu'elles traînent à leur suite. »
Peu s'en fallut qu'on ne traitât en suspects, non plus seulement ceux qui refusaient d'y contribuer, mais ceux qui y prenaient part. Pour le moment le rapporteur se contentait de réclamer un a décret moral » contre les banquets et le renvoi de son exécution « au tribunal révolutionnaire de l'opinion publique. »
La convention ordonna l'impression du rapport et l'envoi aux départements et aux armées*.
i. ArchÎTcs, F i c Seine, n* 23.
2. Séanee du 28 messidor [MonUeur da 29.) Garnier-Laanay, juge au trilmnal révolutionnaire, qui avait engagé à y prendre part, s'empresse de s'en •icuser par une lettre au c républicain Robespierre, s {Papiert inédits trouviM chez Robespierre et omit par Courtoiê, t. I, p. 231).
ENQUÊTE A SÂUST-LÂZARE. 455
(Page 102.) £iii|iièfe à 9«iiil-I<as«re.