‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 316 sur 333 · COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS

DéPARTBMENT DE POLICE.

Ce jourd'huy vingt-trois messidor an II de la République une et indivisible.

Nous administrateurs de police, nous sommes transportes à la maison Lazare à Peffet d'y interroger divers citoyens sur le complot constament suivi de bouleverser la République en établissant la révolte dans les maisons d'arrêté, en provoquant la dissolution de la représentation nationale dans la personne de ses membres composant le comité de salut public et de sûreté générale, avons pour cet effet fait comparoitre le citoyen Manini, Ta vous interpellé de nous déclarer avec franchise quels sont les détenus qui conspirent dans la ditte maison, leurs noms, leurs discours, leurs actionà et leurs moyens de correspondance.

« A répondu que le nommé Allain a cherché à entraîner avec lui le citoyen Isnard. »

11 devait s'évader à Taide de ses draps, une nuit de pluie ; des individus devaient l'attendre avec une échelle de corde.

« Quelques jours après, ayant entraîné dans son opinion le citoyen Celle et Gautier, et leur ayant perdu la télé par ses discours liberticides, en leur disant que tous les individus qui étoient dans les prisons passeroient tous à la guillotine, que telle étoit l'opinion définitive des deux comités réunis, et surtout du scélérat Robespierre, il a entraîné ses deux derniers individus, c'est-à-dire Celle et Gautier à faire des offres réelles de neuf mille livres à Coqueri pour les aider à coupe des barreaux afin d'exécuter leurs évasions, » etc.

Avant de s'en aller, voyant des bouteilles, il dit qu'il les

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reconnaît comme ayant été données par Selle au concierge.

u Et de suite ayons fait comparoitre le citoyen Coquery.

A répondu qu'il connoissoit le nommé Allain depuis La Force où il étoit délenu avec lui;... que dès le commencement Allain cherchoit à se sauver, à ce qu'il fit connoilrc par ses discours... que dans diverses conversations qu'Alin a eu avec le répondant il lui a dit que s'il tenoit Robespierre il l'étrangleroit, que c'étoitun scélérat... »

Coquery rapporte en outre les conversations d'AUain et de Scellcy leurs projets d*évasion :

(c II a toujours tenu les mêmes propos et sollicité les citoyens Celle et Gautier de se sauver avec lui, et que si je voulois sortir avec eux, ils me donueroient neuf mille livres; à quoy je répondis que les portes seroieat ouvertes, pour moi je ne me sauverois pas pour cela, et lui demandois comme ils pourroient se sauver ; alors il me dit que s'il me donnoit neuf mille livres que c'éloit pour couper les barreaux du premier étage du corridor Vis-à-vis la terrasse, qu'il se chargeoit d'avoir du monde dehors.

a .... Qu'il a connoissance que Celle porta un jour une bouteille de vin dit du pape audit concierge...

« .... A lui demandé ce qu'il peusoit de l'administrateur,

c( A répondu ni bien ni mal, que cependant qu'il sait qu'il se soûle avec le concierge, que toutes les fois qu'il vient il mange avec lui, et qu'il croit que ce n'est pas ainsi que doit se conduire un administrateur, i» etc.

Interrogatoire de Scelle qui dit n'avoir eu aucune relation avec Allain que pour diner.

a A lui demandé s*il n'a pas été question entre eux de wàgf un barreau d'une fenêtre du corridor du premier, donnant sur là terrasse.

« A répondu qu'un jour étant à dîner avec les citoyens Gautier, Isnard, Allain, Coquery, il fut dit que si on vouloit s'évader de la maison, il seroit fort aisé en mettant une planche (|ui correspondrait de la fenêtre du corridor du premier à la

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lerrasse ; que Coquery, présent, dit : (c Mais il faudroit scier au « moins un barreau, et pour le faire, il faudroit une scie « d'horloger. » Ce propos est tombé et je n'en ai jamais entendu reparler. »

Il nie l'offre des neuf mille livres.

Gautier, interrogé sur les projets d'évasion d'AUain :

« Â répondu qu'il avoit souvent montré de l'impatience d'être détenu, mais que c'étoit de n'être pas jugé, et non contre les autorités constituées. »

Il témoigne en faveur de l'administrateur de la prison.

Desisnard (Isnard) compagnon de chambre d'AUain :

R. ... Qu'il connoissoit le citoyen AUain comme étant son compagnon de chambre ; quMl a pu parler contre Robespierre, même qu'il Ta entenduparler souvent contre ce député dans des mouvements de vivacité.

D. ce Ce qu'il lui a entendu dire contre ce député?

R. ... « Que Robespierre n'étoit pas juste...

« A lui demandé s'il n'avoit pas entendu dire par Allain que Robespierre étoit un scélérat, que tous les détenus seroient guillotinés, tel étoit le vœu des deux comités réunis,

« A répondu qu' Allain l'avoit dit diverses fois. »

Il cite comme présents un jour avec lui Scelle et Gautier.

Il a entendu parler de neuf mille livres offertes ; mais ne sait pas personnellement par qui, et ne veut compromettre personne sans en être sûr.

Il avoue que le concierge a plus d'égards pour les riches ; il rend bon témoignage de l'administrateur.

Interrogatoire d'AUain :

D. c< Avec quelles personnes il correspond à l'extérieur?

R. <c Avec sa sœur seulement.

« A lui demandé s'il n'avoit pas eu des relations avec Yalady,

c( A répondu que oui, et que c'étoit celle de l'amitié. a A lui demandé s'il n'a pas communiqué à quelques déte* nus le désir ardent de s'évader de la maison Lazare, M A répondu que non. n

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Et H nie les détails prodoits à cet égafd.

«A loi demandé quelles sont ses opinions sur Robeqiîerre.

« A xépondn qu'il n'aroit point d'opinion sur Robespiore, que d'ailleurs on n'a pas d'opinion en prison..:

« A lui demandé quel étoit le citoyen a?ec lequel il étoit fort lié, il y a eniiron trois mois, et afec lequel il étoit détenu.

« A répondu que ce citoyen se nommoit Aubert, imprimeur, demeurant rue des Prètre^^intpPaul.

a A lui demandé pourquoi il a dit lors qu'il a su la liberté de ce citoyen: « Mon ami est en liberté, je ne serai plus loDg- « temps en prison »,

« A répondu qu'étant en prison pour la même cause et que ne s'étant pas trouvé de charges contre son ami, il croyoit pareillement être mis en liberté.

« A lui demandé quelle opinion il a émis sur les journées du 31 mai, et sur différents troubles qui ont eu lieu dans la République, ainsi que dans les sections.

« A répondu qu'il n'avoit point parlé le 31 mai, malgré qu'il eût demandé la parole ; que quant aux troubles qui ont eu lieu dans la République il n'avoit point émis d'opinion, et que dans sa section il a cru devoir parler en homme libre, qu'il se seroit dispensé de parler, si son opinion eût été gé» nérale...

« A lui demandé quel est le sens de ses discours,

« A répondu que son opinion étoit à lui et qu'il s'est cru libre de l'émettre dans le sens que la raison lui a dicté.

« A lui demandé s'il a fréquenté les Jacobins, et s'il étoit Je leurs opinions,

a A répondu qu^il n'a jamais été aux Jacobins, et quant à leurs opinions, cela le regardoit.

« Lecture faite, etc. »

Interrogatoire du concierge Semé :

a A lui demandé quel est l'ordre qui s'observe dans la maison, s*il a soin de faire des visites continuelles à reffet de retirer toutes armes, couteaux, ciseaux, rasoirs, outils tran-

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chants, comme le veut Tarrêté du comité de sûreté générale,

« A répondu que depuis la yisite faite par les administrateurs, il a ôté à tous les détenus arrivans dans cette maison tout ce dont il est question, que quant à la visite qu'il a fai/ dans les chambres, il a cru devoir leur laisser à chacun un couteau cassé ; que cependant il n'y avoit qu'un couteau qtœ pour cinquante personnes. ^

c( A lui demandé s'il n'avoit connoissance qu'il y eut quelque conspiration d'Uourdy (ourdie) dans la maijsony quelle démarche il a faite pour s'en assurer et instruire l'administration, et pourquoi les communications par lettres sont établies avec autant de facilité?

c< A répondu qu'il n'a appris que par Manini, qui écrivit au comité de sûreté générale une dénonciation contre un nommé Allain qui devoit profiter d'une nuit sombre pour s'évader, et qu'à cet effet il fit poser deux sentinelles de plus à l'endroit indiqué par le nommé Manini, qu'il en donnai avis au citoyen Bergot, administrateur ; que quant à la correspondance, s'il est parvenu quelques lettres, ce n'a été qu'à la faveur de la nourriture, et que lorsque la table commune sera établie toute communication sera invariablement interceptée.

« A lui demandé pourquoi, dans les fonctions délicates à lui confiées, il se prend souvent de vin?

a A répondu qu'ilneboitjamais,quece ne peut être que par un excès de fatigue et un vcrd de vin qui peut l'avoir put faire paroitre étourdi, et que cela ne se répète pas. »

— Il nie avoir reçu des bouteilles de vin, et affirme qu'il traite tout le monde de la même manière ; promet de redoubler de zèle pour retirer aux détenus armes, couteaux^ et outils tranchants.

a Lecture faite....

Signé : a Semé (concierge) ^ »

i. ArchiTes nationales, Yi 431, dofsicr 968, pièces 21-21 quater. — La pièce entière a été publiée par H. Becq de Fouquières dans la préface des CEuvreê en prose à^ André Chétiier^ p. lxit-lxxii.

(Page 178.) lie «enOar eipUil «'HaBriet.

M. Louis Blanc (l. XI, p. 267), attaquant sur ce point M. Michelet (t. VII, p. 475), lui oppose le silence de Toulongeon (t. II, p. 512). Je lui réponds par le récit de Beaulieu :

« Henriot parcourt les rues comme un furieux ; mais il est ivre et sa barbarie révolte. Il vient de faire conduire au supplice une foule de malheureux condamnés par le tribunal révolutionnaire, et presque tous de Paris, à qui un instant de répit eut sauvé la vie. Le peuple, voyant la Révolution qui se prépare, a voulu arrêter les bourreaux, mais Henriot est accouru à la tête de ses satellites, le peuple a été dissipé et les malheureux assassinés^. »

On aurait pu invoquer un dlibi pour Ilanriot. Un nommé Foureau (et c'est un texte qui n'a pas élé produit dans ce débat), interrogé le 14 thermidor au comité révolutionnaire de la section de Mucius Scaevola, et répondant sur Temploi de sa journée, le 9 thermidor, dit qu'à six heures et demie du soir il était au Palais, et il ajoute :

c< J'y ai resté jusque vers les sept heures que j'ai vu sortir les condamnés; je les ai accompagnés le long des quais*.

A sept heures Ilanriot avait été arrêté, et quand il fut délivré il est probable qu'il n'alla pas courir le quartier Saint-Antoine. Mais tous les autres témoignages sont d'accord pour fixer l'heure du départ des charrettes vers trois heures ou trois heures et demie. C'est le témoignage de l'huissier Simonet ; le témoignage de WolET commis greffier, et de Contât employé au tri-

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