Même dossier, 3** partie, pièce
4. c Par une ciixonslance fortuite, dit M. A. Sorel [p. l'2), la s£ur Philippe (Marie de Vlncarnation) ne se trouvait plus i Compiègne le jour où les autres religieuses furent arrêtées, elle échappa ainsi à la mort. Retirée en 1825 au couvent des Carmélites de Sens, elle y mourut le 10 janvier 1836 a l'âge de 74 ans, laissant des notes manuscrites, » d'où le cardinal de Villecourt tira Touvrage cité plus haut.
LES CARMÉLITES DE GOMPIÈGNE. Al
nul rapport avec les prêtres jureurs ; et si l'on ne produisait aucune de leurs lettres à cet égard, il y en avait, à elles adressées, qui ne laissaient point de doute sur leur parfaite conformité de sentiments avec leurs correspondantes : telle est cette lettre d'une religieuse ursuline de Paris qui, à la date du 6 juillet 1791, répond, au nom de sa supérieure,àla sœur Thérèse de Saint-Augustin, supérieure des Carmélites de Compiègne. Elle peint avec une vivacité pittoresque les dispositions que les cvéques intrus rencontraient parmi les religieuses de leur ressort :
Madame,
Notre mère supérieure, extrêmement occupée d'affaires qu'elle ne peut remettre, me charge de vous répondre, aGn de ne pas différer. Je m'en acquitte avec d'autant plus de plaisir que ce sera pour mjoi, Madame, une occasion de vous réitérer l'assurance des sentiments tendres et respectueux que vous m'avez inspira.
Nous ignorons, Madame, quelle est la manière dont se conduisent nos sœurs de Beauvais envers M. Massieu^; mais nous pouvons vous dire avec certitude que dans cette capitale nous sommes toutes résolues à ne reconnoitre l'intrus en aucune sorte« S'il venoit rendre visite à cette maison et qu'il demandât à entrer, nous refuserions de lui ouvrir ; s'il insistoit et menaçoit, nous lui ouvririons pour éviter un plus grand scandale qui seroit causé par la violence, mais nous ne le conduirions pas à l'église, il iroit seul s'il vouloit. S'il de« mandoità voir nos regfstres à titre d'évcque légitime qui fait sa visite, nous ne les lui montrerions pas. S'il le vouloit absolument, nous les lui montrerions, en lui disant que nous ne les lui montrons pas comme lereconnoissant pour notre évéquc, mais pour céder à la violence, car nous ne reconnoissons d'autre évéque que monseigneur de Juigné. Après qu'il seroit
i. L'éréque constitutionnel de Beauvais.
sorti, nous ferions dresser un procès-verbal comme quoi M. un tel... est venu pour se faire reconnoltre, comme quoi il est entré par force, et qu'en un mot, comme nous ne le reconnoissons pas, (que) tous les actes qu'il a fails dans notre maison sont autant d'actes de violence. La supérieure et les anciennes signeroient ce procès-verbal fait par un notaire, et ce procès seroit conservé.
On est venu pour nous faire déclarer si nous voulions des prêtres qui fussent donnés par M. de Lida* pour être nos confesseurs et chapelains ; nous avons dit que jamais nous n'en accepterions que de notre évéque légitime. On nous a laissa tranquille depuis, d'autant que nous étions libre de choisir, à condition que si nous gardions les prêtres que nous avions, notre église seroit fermée ; elle l'est depuis ce temps-là.
Voilà, Madame, des réponses positives et que je vous fais de la part de notre mère qui est, on ne peut pas plus sensible à tout ce que vous lui avez, dit d'honnête; elle veut que je vous assure de tout l'intérêt qu'elle prend à votre position ; elle est charmée et édifiée de votre attachement inviolable aux bons sentiments et aux vrais principes ; elle a pour vous la plus parfaite estime et le plus tendre attachement .
Croyez qu'on ne peut rien ajouter à la sincérité des sentiments et du respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame,
Votre très humble et très obéissante servante,
S' Ste-B.
Permettez, Madame, que j'assure ma tendre amie, sœur Marie de l'Incarnation, de la constance de mes sentiments pour elle et de la joie que me cause la béatification de sa sainte patronne. Mes occupations depuis longtemps sont cause de mon silence et de mon sacrifice *.
On ne trouvera pas étonnant que les vœux despersécu-
i. Gobel, ancien évoque de Lydda, le trop fameux évéque intrus, puis aposlal de Paris.
S. Archives, W 421, dossier 956, pièce 99.