‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 40 sur 333 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

CONSPIRATION DES PRISONS. — LES CARMES (l" DÉCADE DE THERMIDOr)

l*' (hcrmîdor (19 juillet 1794). Un fils sciemment condamné pour son père : le jeune Sainl-Pern; un patriote méconnu; un agent d*cmigré, commis greffier du tribunal réTolutionnaii'e : Legris.

La loi du 22 prairial avait donné au tribunal révolutionnaire le moyen d'exterminer sans phrases tous œux que le Comité de salut public livrerait à ses coups. U conspiration des prisons avait été trouvée comme un moyen de lui servir ces grandes fournées. On avait cru possible d'en expédier cent cinquante-sept en une fois au Luxembourg; et si Ton s'était ensuile résolu à les diviser en trois jours ce n'est pas la difûculté de les juger en un seul qui avait arrêté : la scène de la troisième journée, telle que nous l'a décrite un témoin, montre qu'on aurait bien pu les expédier tous le premier jour avec les autres.

C'est probablement de la même sorte qu'on en aura agi, malgré le nombre et la grosseur des dossiers, avec les accusés de toute sorte réunis par amalgame dans les premiers jours de thermidor.

Si l'on se demande pourquoi tout ne se réduit pas désonnais à cette forme si simple de conspiration des prisons, il faut se dire que de tous les départements il venait des prévenus à Paris, et que l'époque récente de leur arrivée comme la diversité de leur régime ne se prô-

U CHâP. XLYO. — GONSPIR. DES PRISONS : LES CARNES.

tait pas à la fiction. Mais le procédé ne différait guère et le résultat moins encore.

Le mois de thermidor qui, grâces à Dieu, ne compte que pour la première décade dans ces sanglantes annales, commença par un procès où Ton vit un des actes les plus révollants de ce tribunal : l'assassinat fait en connaissance de cause d'un enfant de dix-sept ans.

La fournée comprenait ce jour-là : J.-B. Màgon de Labalue, âgé de qualre-vingt-un ans; Luc Magon de Labunaye, qui en avait quatre-vingts; Erasme-Charles- Auguste Lalande-Magon, son fils ; Françoise Magon, sa fille, femme de Saint-Pern ; Saint-Pern lui-même, François-Joseph GoR^ulLLIER, âgé de vingt-deux ans,etsa femme,à peu près du même âge, Àmélie-Laurence-Céleste, fille de Saint<-Pern, — trois générations d'une même famille, — sans compter plusieurs autres : Gilles-René Conen Saint- LuG,ancienconseillerauparlementdeBrctagne;Françoisc- Marie Duboz, sa femme, et Victoire, sa fille, religieuse, et plusieurs que nous retrouverons tout à l'heure ^

1. Jean- Baptiste Nagor Labalus (ou La Balu], négociant, ex-noble (81 ans).

Luc Nagoh de Lablirate (ou Labunais), négociant, cx-noble (80 ans).

Jean CooRECR, receveur de rentes (08 ans).

J.-B. Marie Bertrand de Saiht-Pebii, ex-noble (17 ans).

Françoise-Naric-Jeanne Hacox, femme Sauit-Peb!i (48 ans).

Adrien Lesbis (32 ans), bomme de lot avant la Révolution, depuis commis Renier au tribunal révolutionnaire, ex-intendant de l'émigré d'Avray.

Ërasme-Charlcs-Auguste Lalaxoe-Haoon fils (49 ans), négociant, ex-noble.

Christophe Gabdt, commis chex Magon Lablinais (5Uansl.

Sionnot Duchesse dit Duquesne (45 an»), homme de lettres.

François-Joseph Gobnoilliba (22 ans).

Victoire Cossu SAnrr-Luc fille (33 ans).

Esnée-Narie Alehot dit Sant-Aiouam (28 ans).

Françoise Laboqoe (SO ans).

Gilles-René Corer Saoit-Loc (75 ans), ez-oonseiUer au pari, llaupeou, ez-noUe.

Floride Laboqde (33 ans).

Amélie-Laurence-Marie-Géleste SAin-Psair (21 ana), Temrae GoMnnLUBR.

Françoise-Marie Duboi, femme Comi Sairt-Liic (33 ans). (Archives, W422 et 423, dossier 958 )

m niS CONDAMNÉ POUK SON PÈRE : SAINT-PERN. 55

Saint-Pern n*élail pas arrêté. Au lieu du père compris dans Tacte d'accusation» c'est le fils, âgé de dix-sept ans, qui fut amené devant le tribunal. Il réclame contre Terreur : il allègue son âge; et sa mère est là qui confirme son attestation. Sa sœur est là aussi qui, à ce compte, serait sa fille, et elle est plus âgée que lui de quatre ans. Mais Dumas s*écrie : < Citoyens jurés, vous voyez bien qu'en ce moment il conspire, car il a plus de dix-sept

ans\ »

— c J'étais assis sur les gradins, à côté du jeune Saint-Pern, dit le gendarme Huel, le jour qu'il fût condamné à mort. Je l'avois rassuré à cause de son âge ; il me serroit la main. Il demanda au président de lire son extrait de baptême pour prouver qu'il n'avoit que dix-sept ans, et [un certificat de résidence attestant^] que le 10 août il n'étoit pas à Paris : le président lui coupa la parole en disant qu'il n'avoit pas besoin de ses certificats. Je vis par le propos du président et par un geste expressif d'un juré en cheveux ronds que ce malheureux jeune homme étoit perdu. Je retirois ma main ; il me dit : < Je c suis innocent je ne crains rien ; mais ta main n'est pas « ferme\ »

On fit droit, à certains égards, à la réclamation du jeune Saint-Pern. On lui laissa ses dix-sept ans dans le jugement ; mais par là l'acte d'accusalion tourne contre ses juges.

Les pièces qui sont restées sont accablantes.

Dans la liste desaccusés, portés à l'acte d'accusation, on

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