‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris avec le Journal de ses actesChapitre 66 sur 333 · ENQUÊTE AUX CARMES : GHAMPAGNIER · texte numérisé non relu

ENQUÊTE AUX CARMES : GHAMPAGNIER

A lui demandé quel est celui qui a formé le projet d'évasion dans le commencement de messidor, qui lui a procuré une corde, et pourquoi, lui s'est trouvé avoir en sa possession ladite corde, et qu'il ait à nous déclarer la vérité toute entière sur ce fait.

A répondu qu'il n'avait nulle connaissance d'un complot d'évasion; que c'est lui seul, qui, ayant monté à l'escalier du dôme a trouvé ladite corde qui servoit de rampe, et qu'il l'avoit prise, et a déclaré ne pas savoir autre chose ; et qu'il ne connoit pas un complot dans ce genre-là ; qu'il lui est impossible d'en dire davantage, et qu'il ne sait rien du tout làdessus.

A lui observé qu'il nous paroit bien surprenant que, ne connoissant absolument rien sur ce projet d'évasion, il se trouvât que la corde étoit cachée sous son lit, et qu'il ait à nous dire les motifs qui l'ont engagé à soustraire cette corde à la vue du concierge.

A répondu qu'il avoit pris cette corde par un premier sentiment d'étourderie, et que les actes arbitraires et les mauvais propos du citoyen Roblâtre l'avoient engagé à la garder; qu'il y avait fait même des nœuds pour que, si un événement malheureux fût arrivé, il eût profité de cette corde pour chercher à se sauver.

A lui demandé de quel côté il espéroit trouver jour pour ladite évasion.

A répondu qu'il ne connoit point le local, que néanmoins ayant monté au comble il aperçut le jardin de Brissac, et que dès lors il crut qu'il étoit possible de se sauver par ce côté-là.

A lui demandé s'il avoit confié son secret à quelqu'un.

A répondu que non, et qu'il ne pouvoit pas convenir de cela.

A lui observé que cependant diverses personnes en ont été instruites, puisqu'il y a une dénonciation.

A répondu qu'il ne pouvoit y avoir que le nommé Humbert, qui lui avoit vu emporter cette corde.

A lui observé qu'il nous a dit plus haut qu'il avoit gardé

cette corde un mois cachée; quMl falloit donc qu'il voulût s'en servir, pour qu'Humbert l'aperçût dans l'escalier.

A répondu qu'il ne sait si Humbert Ta dénomme (dénoncé) ; mais qu'il le soupçonne, attendu qu'il n'y a que lui qui l'a vu emportant ladite corde un mois avant qu*on Ta trouvée.

A lui demandé s'il a quelque soupçon que plusieurs de ses camarades aient témoigné l'envie de proGter de quelques voies capables de leur faciliter une fuite dans les circonstances où ils se trouvoient.

A répondu que les détenus qu'il voyoit assez habituellement ne s'étoient jamais ouverts à lui sur les moyens de s'évader ; mais qu'il savoit que plusieurs détenus murmuroient des vexations du concierge, et qu'il voyoit bien, par la dénonciation qui étoit faite, que son dénonciateur s'étoit mis dans le complot, en observant que ce complot avoit été forgé par son dit dénonciateur, qui connoit sans doute la loi qui les favorise comme dénonciateurs.

A lui demandé s'il connoit le citoyen qu'il nous désigne comme son dénonciateur, et qu'il nous déclare son nom.

A répondu qu'il ne pouvoit soupçonner qu'Humbert qui Ta vu emporter la corde, et a déclaré n'en pouvoir dire davantage.

De tout cela il résultait qu'il y avait aux Carmes un homme (il le niait) qui avait mal parlé de Robespierre, et un autre (il l'avouait) qui s'était procuré une corde pour s'échapper si l'occasion s'en présentait.

C'en fut assezpour qu'on dressât une liste de cinquante et un conspirateurs, où Ton fit entrer les quinze ou seize qui avaient été désignés^ soit comme amis de ViroUe, soit comme ayant pris part au projet d'évasion, et trente-cinq environ qui n'avaient même pas été nommés dans l'enquête : les premiers d'ailleurs n'ayant pas plus été interrogés que les autres; car si on en excepte l'homme au propos et l'homme à la corde, on n'interrogea que Us délateurs t

lA USTE SOUMISE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC. 91

Une telle liste n'arrétail pas longtemps Tattention du Comité.

Nous le savons par le témoignage de Trinchard, un des jurés du tribunal révolutionnaire, membre de la commission populaire du Muséum. Un jour (pi^cisément au commencement de thermidor) comme il s'était rendu avec Subleyras, un de ses collègues, au Comité pour s^expliquer sur une lettre où Saint-Just se plaignait « que la commission n*alloit pas, x> il y rencontra Saint- Just, à qui le citoyen Lanne, adjoint à la commission civile, présentait une liste. « SainUJust jeta un coup d*œil dessus, signa en souriant et la passa de suite à Billaod-Varennes qui la regarda et dit : Je le veux bien, et la signa »; et il ajoute c que cette manière de signer sans entendre aucun motif de ce que contenoit la liste dont étoit porteur le citoyen Lanne, lui fit présumer que cette liste pouvoit avoir des rapports aux prisons ; qu'il témoigna ce soupçon au citoyen Subleyras, son collègue, en touchant son coude; que Subleyras lui fit signe de ne point manifester aucun signe d'approbation ni d'improbalionS » Était-ce notre liste? c'est bien possible, car les temps concordent* ; or, cette liste funèbre porte, sur les registres du comité, les signatures de Saint-Just et de Billaud-Varennes, avec celles de Prieur et deCarnot*.

Le massacre qui aux jouméesde septembre ensanglanta les Caimes n'est guère plus odieux que cet arrêté-là I

1. Saltdin, Rapport, etc., Pièceê, n* yni, p. 114. Archives, F 7, 4438.

S. Saladio, ibid., p. 112.

3. Saladia, ibid., n* zxiii, p. 183, 184; et pour copie conforme : Saint-Jast, Coulboo, Gamot, Prieur et Biliaud-Varenne {ibid.) — Archives, F 7, 4438. La pièce avec les sigoatures est rappelée dans un inventaire de pièces remises i Courtois, ioTontaire eompris dans k mène carton (a* S8).

93 GHiP. XLVn. — CONSPIR. DES PRISONS : LES CARMES.

Les (l.ux jugements du 5 thermidor (S3 joillet). 1* Les qaannte neuf des Carmes 2* Les vingt et un de proTÎnce. — Irrégularité des pièces officielles.

Fouquier-Tinville eut bienlôi rédigé son acte d'accusation :

Yirol, détenu dans la maison des Carmes, étoit le chef de cette nouvelle conspiration qui coîncidoit avec celles des maisons d'arrêt de Bicétre et du Luxembourg. Il paroit aussi que les conspirateurs des deux premières maisons avoient des intelligences et des correspondances secrètes dans celle des Carmes. •••

// parait l — Il n'y en a aucune trace dans l'enquêle, et on n*en administre aucune preuve; mais cela était nécessaire pour donner le caractère criminel que Ton veut voir au complot dénoncé.

Yirol, voyant ses trames perfides et contre-révolutionnaires découvertes, s'en est puni lui-même en se précipitant par une fenêtre. Les chefs qui conduisoient ce complot paroissent être surtout Champagne (Champagnier), Beauvoir, ex-nobles ; LesagOy domestique ; Harop, anglais. Les conjurés s'étoient procuré des cordes, à l'aide desquelles ils dévoient exécuter le projet d'évasion pour ensuite consommer les plus horribles attentats envers les représentants du peuple.

Rien n'est dit de ce projet d'attentat dans l'enquête; mais cela devait résulter des relations supposées avec les prétendus conjurés de Bicétre et du Luxembourg, déjà frappés.

L'accusateur public prend ensuite à partie Gouy d'Àrcy

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