Bymneê et Ode$, IV| i Bysance
S. On a cet inlerrogaloire publié pour la premîèie fois par Sainie-BeuYe (Cauêerieê du lundi ^ U IV, éd. 18G0), d'après une copie de l'origioal qui était alon aui Archives de la ville. 11 est reproduit dans la préface des ORwtreê en proee d'André Chémer, p. 51-56. Cf. Documenté nouveaux iur AndréChéniert par M. Decq de Fonquièreii p. 40 et suÎTantes.
188 CHAP. ILVni. - GONSPIR. DES PRISONS : SAINT-LAZARE.
qui lui inspira la jeune Captive :
L'épi naissant mûrit de la faux respecté, Sans crainte du pressoir le pampre tout Tété
Boit le doux présent de Taurere, Et moi comme lui beUe et jeune comme lui.
Quoique Fheure présente ait de trouble et d'ennui,
Je ne veux pas mourir encore, etc.
Il en avait vu plus d'une ainsi mourir, et depuis la loi de prairial la sécurité dans laquelle les suspects avaient pris Thabilude de vivre s'était complètement évanouie. Chénier père qui avait un fils à la Convention, celui-là parmi les Montagnards, en avait alors deux en prison : André, à Saint-Lazare, et Sauveur, à la Conciergerie, où il avait été envoyé de Beauvais par le représentant André Dumont. 11 tremblait pour leurs jours et il fit une démarche pour celui dont l'arrestation était le moins justifiée. Il adressa sa requête à la commission populaire établie, comme on Ta vu, pour le triage des prisonniers, en vertu de la loi du 23 ventôse, par les arrêtés des 24 et 25 floréal. C'était révéler l'existence d'André Chénier à Saint-Lazare ^ Tous les historiens y ont vu l'arrêt de mort du poëte, et quelle douleur pour un père de l'avoir provoqué! M. Chénier ne survécut pas longtemps à son fils ; mais s'il mourut de celte mort, c'est une erreur pourtant que de la rattacher à sa démarche. Ce qui atteignit André Chénier, ce fut ce coup de faulx qui moissonna l'élite des prisonniers du Luxembourg, des Carmes, de Saint-Lazare, dans ce qu'on appela la conspiration des prisons. André Chénier ne fut pas dénoncé par la commission du Muséum; il fut couché sur les listes
i. Le nouTel écran d'André Chénier à Saint-Liiare, pir arrêté du Comité de sûreté générale, est du 7 (ou 18) prairial. (Becq de Fouquières, Documenli nmttfeoÊUt p. 40 et fuÎY.)
ANDRÉ CHÉNIËR 139
que les Manini, les Coquery et autres délateurs, agents choisis par les comités parmi les prisonniers, dressèrent pour les aider à vider les prisons. Le 6 thermidor, une première fournée était partie pour ce tribunal et n'en était pas revenue. Ce fut alors, dit-on, qu'André Chénier traça ces vers :
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre
Anime la fin d*un beau jour.
Au pied de Téchafaud j*essaye encore ma lyre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour ; Peut-être avant que Theure en cercle promenée
Ait posé sur Témail brillant.
Dans les soixante pas où sa route est bornée,
Son pied sonore et vigilant.
Le sommeil du tombeau pressera ma paupière !
Avant que de ses deux moitiés Ce vers que je commence ait atteint la dernière.
Peut-être en ces murs elTrayés Le messager de mort, noir recruteur des ombres,
Escorté d'infâmes soldats,
Remplira de mon nom ces longs corridors sombres. 1,
Preuve bien frappante de Tincurie avec laquelle on dressait alors les actes d'accusation ! (et la façon dont le tribunal jugeait, les yeux fermés, ces masses d'accusés, laissait toute liberté à cet égard :) André Chénier, contre lequel on aurait pu relever tant de choses, puisqu'il avait écrit, avait été compris dans Taccusation avec les qualités et sous les inculpations propres à son frère Sauveur :
André Chénier, âgé de 31 ans, né à Constantinopie, homme de lettres, ex-adjudant général chef de brigade sous Dutnouriezy demeurant rue de Cléry.
1. Dernièreê poésies^ IV. La pièce ne finit pas là. Sur les dernières poésies d'André Chénier à Sainl-Uxare, voy. ses Œuvres poétiques publiées avec notes par H. Gabriel de Chénier (1874) et un éloquent chapitre de H. Caro, étude citée.
TMB. RivoL. V 9
JSO CHAP. XLVlII. — CONSPIR. DES PRISONS : SAINT-LAZiRE.
Et dans Tacte même, après ce qui le concerne, ainsi que Roucher, comme ayant écrit dans les suppléments du /otinm/ de Paris :
Depuis, Chénier ayant cherché, comme bien d'autres traîtres, a se soustraire à la surveillance des autorités publiques, s'est confondu parmi ses défenseurs, où il a eu le grade d'adjudant général , chef de brigade de Tarmée du Nord ; il paroit qu'il a secondé le plus adroitement qu'il a pu les trahisons de l'infâme Dumouriez, avec lequel il a eu des liaisons les plus intimes ; mais après la défection du traître Dumouriez, il s'est occupé de laisser ignorer la place qu'il y avoit prise. Cependant les soupçons que sa conduite avoit élevés déterminèrent le ministère à le suspendre et à lui ordonner de se retirer dans la commune de Breteuil. Là, il intrigue, il cherche à diviser les citoyens, à y jeter le ferment de la guerre civile ; il calomnie les autorités constituées dans un mémoire calomnieux quMl fait signer par des citoyens qu'il trompe et qu'il égare ; enQn il adresse ce mémoire au comité de sûreté générale, qui le renvoie au représentant du peuple, commissaire dans le département de la Somme, pour en vérifier le contenu ; mais à la lecture publique de ce mémoire le peuple, indigné, en confond l'auteur; les signataires avouent qu'ils ont été surpris et trompés par Chénier, et le représentant du peuple fait arrêter l'auteur de cette trame contre-révolulionnaire, et le fait traduire au tribunal.
Le passage a été rayé (on ne sait quand) de l'acte d'accusation, mais la qualification à' ex-adjudant général chef de brigade sous Dumouriez est resté jusque dans le procès-verbal d'audience et dans le texte du jugement^ I
Parmi les autres victimes désignées pour Téchafaud
1. Aitiliives, W 451 f dossier 969, pièces 5, 7 el i. — On accusa Marie-Joseph d'avoir laissé périr sou IVèrc. L'accusation est fausse. Les choses allaient si vite que peul-étre ne le su>.-il mis eu jugement qu'en apprenant sa mort.