COMMENCEMENT DE SON PROCÈS
révolutionnaire! On ne trouva pas pi us difficile d'associer le duc d'Orléans aux Girondins; et Ton a vu comment Billaud-Varennes le fit inscrire sur la liste des accusés, à la suite d'un rapport qui le nommait, sans l'impliquer d'ailleurs dans l'accusation.
Commencement du procès. Interrogatoire préliminaire.
L'idée de réunir le duc d'Orléans et les Girondins sur les mêmes bancs était pourtant par trop choquante. Ils avaient siégé aux deux côtés opposés de la Convention. Les Girondins n'avaient pas eessé de poursuivre le prince de leurs inimitiés. Ceux qui, dans le procès de Louis XVI, avaient voté la mort comme lui, n'avaient dans les déclarations de leur vole parlé de lui qu'avec le dernier mépris. C'étaient les Girondins qui dominaient à la Convention, quand, après la trahison de Dumouriez, elle décréta que tous les Bourbons seraient mis en état d'arrestation comme otages. C'est Ducos, l'un d'eux, qui dans cette discussion demandait qu'Égalité fils fût mis hors la loi comme Dumouriez, si, mandé, il ne se présentait pas à la barre. C'est Fonfrède qui s'écriait :
On a dit avec raison qu'il ne fallait pas conserver dans la République de la graine d'émigrés. Je ne veux pas, moi, de la graine de roi : celle-là germe dans la corruption. Les Égalité ont, dit-on, servi la liberté. Je ne veux rien devoir à ces hommes, dans les veines desquels coule le sang des rois.
C'est enfin un autre girondin, Pénicres, qui dans le texte de l'ordre du jour motivé du 7 avril voulait qu'on lui
retirât ce nom d'Égalité dont il ne devait pas avoir le privilège, et qu'il reprît, comme assez bonpourlui, le nom d'Orléans ou de Bourbon !
Cela fit sans doute que, tout en comprenant le duc d'Orléans dans le même décret que les Girondins, on ne tint pas à le faire comparaître avec eux devant le tribunal.
Les commissaires envoyés pour le prendre arrivèrent le 20 octobre au fort Saint-Jean. Ils lui dirent qu'ils resteraient deux jours à Marseille, afin de le laisser plus longtemps avec ses enfants *.
En arrivant un peu plus tôt, et même alors en partant sans retard et par relais continus, on aurait pu être encore à Paris pour l'ouverture du procès des Girondins, qui eut lieu le 24 ; mais évidemment on ne s'en souciait point. On suivit donc le mode de voyage ordinaire, et l'on arriva à la Conciergerie juste le lendemain du jour que les Girondins en étaient sortis pour aller à la mort.
On a sur ce voyage et sur le séjour du prince à la Conciergerie le récit d'un fidèle serviteur, Louis François Gamache, qui l'accompagna dans loule la route et partagea sa prison jusqu'à l'heure du jugement1. Pour le voyage il signale un incident : c'est, un peu avant Àuxerre, c la rencontre de la guillotine ambulante, accom* pagnée d'une bande de brigands revêtus du costume le plus effroyable ». Ces bandits auraient pu trouver là une occasion d'essayer leur savoir-faire. « Mais ils ne nous
\ . Voir l'appendice n* I, à la fin du volume.
2. Récit de la translation de Louis- Philippe- Joseph d'Orléans des prisons de Marseille à la Conciergerie de Paris} par Louis-François Gamache (1827) IBibl. natM Lb. 41 3463).