SON EMPRISONNEMENT A MARSEILLE
de Biron (8 avril), fut transféré aussi à Marseille en vertu d'un décret du 16 l ; l'autre, le duc de Chartres, que Ton aurait été bien plus heureux de tenir, avait fui avec Dumouriez \
1. Moniteur du 40. Le duc de Montpeasier, dans ses Mémoires, raconte comment il a été arrêté chez Biron, conduit à Aix et de là à Marseille, où il fut successivement enfermé, comme son père, au château de Notre-Dame de la Garde, puis au fort Saint-Jean. La description qu'il fait des cachots de cette dernière prison (p. 47) justifié la satisfaction féroce du correspondant du Moniteur cité plus haut (Coït, de Mémoires sur la Révolution française, Ed. Baudouin). Ces mémoires renferment les détails les plus touchants sur la captivité du prince et de son plus jeune frère Beaujolais, âgé alors de quatorze ans.
2. Il avait été, comme son frère, l'objet d'un mandai d'arrêt le 2 avril (Moniteur du 5). Dans la séance du 4, on lut à la Convention celte lettre qu'il avait écrite à son père, à la veille de la défection de Dumouriei, et qui avait été interceptée :
Tournai, 30 mars.
c Je vous ai écrit de Louvain, cher papa, le 21 ; c'est le premier instant dont j*ai pu disposer après la malheureuse bataille de Nerwinde ; je vous ai encore écrit de Bruielles et d'Enghien : ainsi vous voyez qu'il n'y a pas de ma faute. Mais on n'a pas d'idée de la promptitude avec laquelle les administrations de la poste font la retraite; j'ai été dix jours sans lettres et sans papiers publics, et il y a dans ces burcaux-lâ, comme dans tout le reste, un désordre admirable.
c Mon couleur de roee est à présent bien passé et il est changé dans le noir le plus profond. Je vois la liberté perdue; je vois la Convention nationale perdre tout à fiait la France, par oubli de tous les principes ; je vois la guerre civile allumée; je vois des armées innombrables fondre de tous côtés sur notre malheureuse patrie, et je ne vois pas d'armée â leur opposer. Nos troupes de ligne sont presque détruites ; les bataillons les plus forts sont de quatre cents hommes. Le brave régiment de Deux-Ponts est de cent cinquante hommes, et il ne leur vient pas de recrues ; tout va dans les volontaires ou dans les nouveaux corps ; en outre, le décret qui a assimilé les troupes de ligne aux volontaires les a animés les uns contre les autres. Les volontaires désertent et fuient de toutes parts ; on ne peut pas les arrêter. Et la Convention croit qu'avec de tels soldats elle peut faire la guerre â toute l'Europe. Je vous assure que, pour peu que ceci dure, elle en sera bientôt détrompée. Dans quel abîme elle a précipité la France!...
c Ma sœur ne se rendra pas â Lille, où on pourrait l'inquiéter sur son émigration; je préfère qu'elle aille habiter un village aux environs de Saint-Amand.
a Signé : Égalité. »
fa duchesse d'Orléans, frappée d'abord d'un décret d'arrestation (4 avril. Monit. du 7), comprise eusuite dans le décret du 6 coiitre tous les Bourbons, avait été laissée sous la garde de la municipalité â Bizy-sous-Vernon d'où elle fut, plus tard seulement, ramenée â Paris et enfermée au Luxembourg. L'arrête du Comité de sûreté générale est du jour de la mort de son mari, le 16 brumaire (6 novembre), et l'exécution du 29 (19 novembre). Voy. M. Mortimer-Ternaux, JfîsJ. de la Terreur, t. VU, p. 54, et les pièces qu'il a réunies, p. 433 et suiv. L'ar-
Le décret du 16 avril, qui ordonnait la translation du duc de Montpensier, comme du reste de la famille, à Marseille, enjoignit au tribunal criminel des Bouchesdu-Rhône de les interroger tous sur tous les faits relatifs à la conspiration ourdie contre la liberté française : copie des interrogatoires devait être envoyée au Comité de salut public. Ces interrogatoires eurent lieu avec une grande solennité, les 7 et 8 mai, dans une église, la paroisse Saint-Thomas, enprésencedupeuple, au milieu delà garde nationale, comme le constatait le rapport de l'accusateur public de Marseille, et comme l'annonçait, d'après ce rapport, le ministre de la justice Gohier, en transmettant, à la date du 20, les pièces au président de la Convention.
Si, en déployant cet appareil, le président du tribunal croyait répondre aux intentions déclarées du décret, il montra moins d'habileté que de zè]e. L'interrogatoire, qui porta sur le fait de conspiration et de prétentions monarchiques attribuées au duc d'Orléans, provoqua de sa part des réponses si catégoriques et si nettes, que sa cause fut gagnée aux yeux du public1 ; et la Convention n'entreprit pas, pour l'heure, d'en appeler de cette sentence. On n'y trouvait rien qui pût incriminer le prince sans faire le procès à la Révolution elle-même. Mais la Révolution marchait; on approchait des temps où il n'était plus guère question de raisons pour frapper un homme qu'on voulait perdre. On joignait bien les Girondins à Marie-Antoinette dans les revendications de la justice
rôté du Comité de sûreté générale avait-il prévenu le décret de la Convention ? Le décret qui rapporte, à l'égard de la duchc>sc d'Orléans (la citoyenne Égalité), le décret du 8 avril, et ordonne sa translation à Paris en vertu de la loi des suspects, est du 24 brumaire {Moniteur du 20, 16 novembre 1795).
1. Voy. Mortimer-Tcrnaux, ouvrage cité, et une correspondance de Marseille du il mai dans le Moniteur du 22. Cf. Mémoire* du duc de Montpensier, p, 38.